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vendredi 29 septembre 2017

D’UNE CERTAINE LECTURE PUBLIQUE DE POÉSIE. À PARTIR DU VOCALUSCRIT DE PATRICK BEURARD-VALDOYE.

Patrick Beurard-Valdoye lisant le Vocaluscrit , atelier Michael Woolworth, Paris, 24/11/2016

Lire, à destination d’un public physiquement présent devant soi, des textes élaborés dans l’intériorité d’une conscience n’entretenant parole qu’avec elle-même, des textes destinés à n’être entendus le plus souvent que dans la tête, est une opération qui ne va pas de soi et qu'il m'arrive malheureusement de trouver parfois déceptiveSi relativement peu d’études se sont penchées sur la question, nous ne manquons toutefois pas aujourd’hui d’éléments pour parfaire notre réflexion comme ceux, pour ne parler que des plus récents, que fournit l’important ouvrage de Jean-François PUFF paru en 2015 aux éditions Cécile Defaut, Dire la poésie ?, ou celui de Jan Baetens, À voix haute, sous-titré poésie et lecture publique, paru l’an passé aux Impressions Nouvelles.

Qu’apporte la présence du poète au texte qu’il vient lire ? Quelle relation la mise en voix et en espace qu’il en fait entretient-elle avec ce que le texte sur la page imprimé fait de lui-même entendre ? Quelles raisons de fond président au choix par le lecteur d’une diction expressive ou au contraire de cette diction détimbrée, neutre, que l’héritage d’un certain textualisme a contribué à mettre à la mode dans les cercles éclairés ? Quelle part aussi réserver au corps dans ce dispositif qui ne se veut pas en principe spectacle mais qui conduit à être vu ? Quelle place consentir au public et auquel s’adresser quand ce dernier regroupe aussi bien des lecteurs avertis, des poètes ou artistes amis, que de simples curieux peu au fait des enjeux et des pratiques qui ont cours aujourd’hui ?

À toutes ces questions, comme à bien d’autres encore qui touchent par exemple à la nature du lieu où le public se voit convier, l’intéressant livre de Patrick Beurard-Valdoye, Le vocaluscrit,  que les très actives éditions LansKine viennent de publier, ne répond pas directement. Mais constitué en fait dans sa première et plus importante section de « captures » que durant plus de vingt ans l’auteur a réalisées à partir de notes prises en cours de séance, des très nombreuses lectures auxquelles il lui a été donné d’assister - en partie d’ailleurs comme organisateur - son ouvrage dresse une sorte de tableau pittoresque et assez révélateur des diverses modalités qu’inventent ou croient inventer les écrivains-poètes pour adresser leurs textes à l’auditoire venu les rencontrer.

D’Oskar Pastior à Claude Royet-Journoud en passant par Bernard Heidsiek, Frank Venaille, Nathalie Quintane, Hélène Cixous, Bernard Noël, Ulrike Draesner ou Valère Novarina, c’est une petite quarantaine d’auteurs dont l’esprit incisif et parfois un peu malicieux de Patrick Beurard-Valdoye croque la prestation dans une suite de textes qui retravaillés après coup ont fini par lui apparaître comme susceptibles de se prêter à leur tour à des performances poétiques comme celle qu’on peut visionner sur le site de l’éditeur.

Disons-le clairement, les lectures dont il est ici question sont pour la plupart affaire d’initiés. Ne concernent plutôt que des auteurs qu’on appellera faute de mieux « patentés » et dont l’œuvre jouit d’une considération d’ordre intellectuel dans les milieux un peu branchés. Les lieux dont il est question, Musée Zadkine, Atelier Anne Slacik, Grand Palais, Université Paris-Sorbonne, Palais de Tokyo, Institut du monde arabe, librairie Tschann de Paris, Reid Hall Columbia University de Paris, ENSBA de Lyon … ne sont pas de ceux par lesquels passent le mieux les nombreuses tentatives, pas toujours des plus fructueuses d’ailleurs, visant à la démocratisation de la parole poétique et au rapprochement des publics. Bref on ne fera pas de cet ouvrage ce qu’il n’est et ne se veut d’ailleurs pas : un panorama complet de la lecture publique de poésie des années 1990 à nos jours.

Vocaluscrit : Patrick Beurard-Valdoye, dans les réflexions qui terminent son livre, propose ce néologisme pour donner nom à ce matériau résultant du travail de retournement qu’accomplit à travers la lecture l’auteur qui cherche à « extraire autant qu’abstraire du dedans du corps »  ce « texte souvent conçu depuis la seule oreille interne, muet, déconnecté de la parole », qu’il ne peut dans ces conditions livrer que transmué, oralisé, vocalisé. Ce terme qui ressemble écrit-il à ses cousins manuscrit et tapuscrit peut sembler en effet légitime. On remarquera toutefois que dans l’ensemble des textes que Patrick Beurard-Valdoye consacre à recréer à sa façon la note d’ensemble des évènements de parole auxquels il a assisté, et qu’il désigne d’ailleurs à un moment par l’expression de « photos mentales », la part qu’on dira « vocale » ne l’emporte qu’assez rarement finalement sur la part « visuelle ». Et ce n’est d’ailleurs pas l’un des moindres intérêts de l’ouvrage que de pointer l’importance que revêtent à l’intérieur de ces dispositifs de lecture ces éléments adventices qui détournent l’attention du dit. Ainsi de la « tenue » que l’auteur aura choisie pour témoigner plus ou moins subtilement de sa liberté par rapport aux codes vestimentaires en vigueur dans le milieu artiste. Raffinée ou plus ou moins ostensiblement négligée, la nature et la couleur de la panoplie d’auteur avec laquelle chacun choisit de se présenter est bien l’un des éléments extra-vocaliques qui compte dans ce type de rencontre, comme le sont la gestuelle, le choix et le maniement des supports dont la lecture s’accompagne, les éclairages et la nature des fonds sur lesquels se détache le corps assis ou debout, immobile ou remuant, du poète lisant.

Attirée, sinon détournée, vers nombre d’éléments ou de signes qu’on dira si l’on veut parasites, l’attention que le public accorde à ce qui se joue dans l’espace complexe de la lecture publique est donc assez loin de ne se concentrer que sur ce qui lui est donné à entendre. Les textes de Patrick Beurard-Valdoye sont sur ce plan plus que révélateurs qui ne négligent pas non plus la capacité de présence et d’interpellation de l’espace jamais totalement neutre et étanche dans lequel chacune des interventions dont il rend compte est plus ou moins clairement ou ostensiblement d’ailleurs mise en scène. Sans oublier – voir la mention qu’il fait de Jacques Roubaud auditeur - celle des diverses personnalités de premier rang dont certains ne peuvent pas plus éviter que les personnages de Balzac réunis au théâtre, de guetter la possible réaction.

Comme il ne manque pas aujourd’hui par la grâce de l’hébergeur de vidéos You Tube de possibilités de visionner certaines lectures – j’en citerai en particulier deux de tonalités tout-à-fait différentes : celle de la poète américaine Marjorie Welish et de Joseph Julien Guglielmi qui vient malheureusement de disparaître – le lecteur se rendra par lui-même compte du talent et de l’heureuse et réjouissante liberté avec lesquels Patrick Beurard Valdoye est parvenu à archiver ces moments de réalité qu’il est l’un des premiers à ma connaissance – il est vrai après l’immense auteur d’Illusions perdues à s’être mis en tête de capter par des moyens littéraires.

J’ajouterai cependant pour terminer que son livre présente aussi pour le lecteur qui s’intéresse à ces questions une seconde partie intitulée le métier de poète qui dans la ligne d’un ouvrage de Joël Bastard dont j’ai en son temps rendu compte, montre au public peu au fait de ces pratiques, l’envers du décor et dénonce à l’aide d’anecdotes grinçantes, l’abîme parfois vertigineux qui sépare le prestige au moins symbolique que confère l’invitation faite au poète de venir en public lire ses œuvres et le peu de considération ou la désinvolture avec lesquels les conditions qui lui sont nécessaires pour accomplir ce travail sont parfois envisagées et traitées par des médiateurs culturels à l’ignorance quand même un peu crasse.


Un grand merci donc aux éditions LansKine de nous avoir adressé ce livre et de permettre à tous ceux qui s’intéressent comme nous à la lecture publique de poésie d’étoffer leur réflexion.

lundi 1 août 2016

ÉCART OU DE LA FOLLE PRÉTENTION DES POÈTES RATÉS.

Les récriminations incessantes des ratés m'excèdent. Parmi elles il en est que je supporte moins encore : celles de ces poètes qui n'ayant rien à dire, rien à nous faire éprouver qu'une profonde commisération pour leur piètre maîtrise, s'offusquent de l'absence d'écho que suscite dans les media leurs œuvres ridicules. Je ne sais qui est ce T. Deslogis dont j'ai découvert il y a quelque temps qu'il nourrissait l'ambition de sauver l'humanité humaine (sic) en publiant chaque jour un poème de sa composition dans un quotidien qui aurait l'intelligence de lui ouvrir enfin ses colonnes ! Mais en matière de dénonciation quant au scandale qu'il y a à frustrer le bon Peuple de sa voix immortelle, ce monsieur ne fait pas dans la dentelle et il semble que son obstination tout comme l'aveuglement de certains de ceux à qui il s'adresse, paient: chacun peut désormais régulièrement se délecter sur le site d'une revue dédiée à la culture (!!!), d'un poème de M. Deslogis traitant d'une actualité aussi capitale que le fut, par exemple, naguère, la sortie de l’ouvrage signé par Dame Trierweiler !

Voici les toutes premières strophes du fabuleux poème, justement intitulé Ecartèlement, que M. Deslogis consacre à cet évènement. Nous y verrons comment, pour reprendre ses mots, notre Archiloque "polit la graine de la pensée et nourrit la part la plus profondément humaine du citoyen":
"Du dénudé nappé d'art, tant la star brille,/ Au contre-vent qui mis à nu tous nous les brise -/Écart...
J'ai vu la rue a vu l'aveugle aussi par mime / A vu la nue qui prudemment titille /À la normale à peine. Alors, là, fallait-il/ Aliéner l'humanique esthétisme ?/ En s'écartant.
Et cependant si les seins ne sont qu'aux filles/ L'émasculé, lui, est Président Où est la crise ? / En Syriak islamisque au commandant Poutine ?/ Ou en Chomdu ? Et non ! En #gateàpine ! / Écart..."
(sic, sic et resic!!!)

vendredi 6 novembre 2015

DE L’OCCUPATION DU CHAMP LITTÉRAIRE. L’EXEMPLE DE LA RELATION HUGO – SAINTE-BEUVE.


Il y a quelques années j’ai accepté à la demande de l’Association Ça-et-Là de tenir, dans le cadre de son Festival Sainte-Beuve (BSB), le rôle de Victor Hugo dans la reconstitution publique - qui devait être improvisée – d’une séance du Cénacle sensée se tenir entre lui, Victor Pavie et Sainte-Beuve à la fin des années 1820.
Cette manifestation se déroulant à Boulogne-sur-Mer, ville natale de Sainte-Beuve devait bien entendu servir les intérêts de notre grand critique national. Relisant dernièrement l’entretien que j’avais à l’époque rédigé pour les organisateurs en témoignage de cette manifestation, il m’a semblé qu’il pouvait toujours intéresser les lecteurs de ce blog par ce qu’il dit par exemple de l’engagement des poètes et de leur manière d’occuper le champ de la création.

BSB : Georges Guillain, vous avez tenu le rôle de Victor Hugo lors de la soirée inaugurale des Journées de la critique où  était évoquée l’atmosphère du fameux Cénacle qui réunissait chez Hugo les poètes romantiques de la fin des années 1820. Qu’avez-vous pensé de cette expérience ?

G.G. : Intéressante. Mais c’est trop dire que j’ai tenu ce rôle. En fait j’ai un peu l’impression d’être tombé dans un double traquenard. Comédien d’un soir, je devais improviser face à de véritables comédiens qui eux venaient lire leur texte. Non spécialiste de Hugo, je devais réagir comme si j’étais lui. Au début je me suis senti un peu mal en me demandant comment j’allais m’en sortir et effectivement j’ai commencé à parler à la troisième personne, un peu comme si je faisais cours. Mais j’ai écouté mes voix intérieures ( !) qui m’ont conseillé de me lâcher et alors j’ai vraiment commencé à m’amuser comme un fou car j’ai pris conscience aussi qu’en en en faisant parfois des tonnes je correspondais assez bien à l’image que la manifestation voulait donner de mon personnage : le méchant Hugo tout gonflé de lui-même et de son génie face à un Sainte-Beuve chlorotique certes mais infiniment lucide. La pauvre petite fleur des champs. Le garçon réfléchi et modeste.

BSB : C’est comme ça vous voyez ces deux auteurs ?

G.G. : Non.

BSB : Vous pouvez en dire plus ?

G.G. : Oui.

BSB : Mais encore.