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jeudi 29 novembre 2018

MIROIR DE LA POÉSIE. LA GAUFRE VAGABONDE DE JACQUES DARRAS.


« Cuisiniers de l’image » c’est ainsi que Jacques Darras qualifie les poètes, dans le merveilleux petit ouvrage qu’il consacre aujourd’hui à la gaufre. La gaufre, comme il dit, vagabonde. Sa gaufre pourrait-on dire aussi, de paroles, si l’on ne craignait avec ce clin d’œil à la figue de Francis Ponge, cet ancien normand retiré sur les hauteurs du Bar-sur-Loup (Alpes maritimes), de  figurer, courant d’emblée au Sud, à ses vins, ses huiles et ses à-plats solaires, le puissant imaginaire du blanc, du beurre, de la levure et de la bière, tout cet imaginaire convaincu d’Européen du Nord, qui depuis si longtemps anime notre auteur.  

Composé à la demande des éditions Cours toujours, une petite maison associative de l’Aisne, sise entre Château-Thierry et Crépy-en-Valois, entre les ombres chères donc de La Fontaine et de Gérard de Nerval, ce nouveau livre de Jacques Darras, est livre de recettes où le lecteur certes, apprendra à travers force « digressions, égressions, régressions » à réaliser une douzaine de gaufres bruxelloises mais découvrira surtout, s’il ne le sait déjà, bien entendu, comment pétrir, les unes par les autres, toutes les figures de la langue et les mille et une matières de connaissance que rassemble une vie, pour élaborer une forme sans pareille de poésie, nourrissante et délectable. Qui aurait ce goût, si nécessaire aujourd’hui, de l’intelligence et de la culture. 

Vagabonde, l’écriture de Darras nous emporte d’abord en effet, par autoroutes et chemins, par fleuves et rivières, de villes en villages, de fermes en musées dans cette extraordinaire grande région à la fois historique et mentale dont il aura appris à bien de ses fidèles lecteurs à découvrir la carte. Mais, de son bourg natal du Ponthieu et de celle patronyme d’Arras à la Vienne autrichienne en passant par Bruxelles et Liège, et la Meuse, l’Escaut, les grandes plaines betteravières aussi qui recouvrent les bords hauts du bassin parisien, Jacques Darras fait parcourir à son lecteur des territoires qui sont en fait tout autant d’espace que de temps. Historiques comme biographiques. C’est que travaillant d’inimitable façon le commun et le singulier, l’individuel et le collectif, l’hier et l’aujourd’hui, le texte qui jamais n’aura mieux mérité son nom, cherche à redonner à tout, lien, compréhension et racines. Retissant à sa façon notre humaine et lointaine condition. Avec ses permanences et ses évolutions.

De cette opération subtile, la gaufre pourrait n’être ici qu’un prétexte. Or elle est pour Darras miroir. Ou comme on disait autrefois, mirëor. Elle qui voit ici se raconter non plus ce mélange d’ingrédients simples sensé produire l’aérien gâteau que l’on sait, mais s’élaborer tout un pétrissage encyclopédique et parfois curieux d’associations gourmandes à travers lesquelles vient se lire tout le devenir poète de l’auteur. Qui, par ses propres tours de main, ses gestes accomplis de parole, travaille, amalgame, fond puis transmue en belle pâte d’écriture, les matériaux divers de sa vie et de son expérience.  Pour en faire image poétique du monde.

Mais il n’est pâte qui n’exige son feu. Ce feu qui lui communiquant sa consistance et sa couleur dernières, la rendra croustillante  et dorée. Prête enfin à se voir accueillie en bouche. On savait bien jusqu’ici, depuis l’entame en fait de son cycle phénomène de la Maye, que Jacques Darras était homme de l’eau. Ce livre ici nous montre qu’il est aussi de feu. Homme-éléments en fait chez qui toutefois, me semble-t-il, prime l’ardeur. La brulure. Rien de froid. Rien de cru chez Darras. Savoirs, souvenirs, expériences, tout chez lui est comme passé à la flamme d’une rayonnante et généreuse sensibilité, d’un imaginaire aussi de la langue qui lui font imprimer sa marque sur le monde comme les mâchoires de fonte du gaufrier, à la chaleur du foyer, impriment leur marque sur la pâte devenant ainsi plus que livre, « Bible symétrique d’elle-même » qu’on lira « bouche ouverte. Comme d’une prière à l’envers ».

Arrêtons là sur ce livre. De peine de le voir refroidir.


mercredi 7 novembre 2018

LES ÉDITIONS LD RÉÉDITENT COMPRIS DANS LE PAYSAGE.


Paru en 2010 chez Potentille, un de ces éditeurs dont on ne dira jamais assez ce qu’on leur doit pour continuer, envers et contre tout, à faire un peu reconnaître dans l’espace de nos sociétés ces travaux singuliers de parole, appliqués non seulement à élargir comme à approfondir les possibilités de la langue commune mais à résister comme ils peuvent aux divers formatages dont notre existence fait aujourd’hui de plus en plus l’objet, Compris dans le paysage, ce long poème dont je dis volontiers que c’est avec lui que j’ai enfin compris ce qu’était pour moi la poésie, reparaît sous une autre forme et sans doute avec de nouvelles significations, aux éditions LD.


dimanche 25 juin 2017

SÉLECTION DÉCOUVREURS. LES OISEAUX FAVORABLES DE STÉPHANE BOUQUET.


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Paru en 2014 aux éditions Les Inaperçus, l’ouvrage que Stéphane Bouquet a intitulé Les oiseaux favorables semble avoir effectivement peu retenu l’attention du petit nombre de ceux qui continuent à vouloir rendre la poésie qui s’écrit aujourd’hui, non seulement un peu plus visible mais surtout plus intelligible. Et par là nécessaire.

Pourtant ce livre ou plutôt ce livret qui selon le principe des Inaperçus qui est de faire se rencontrer deux univers et de trouver l’alchimie entre une écriture poétique et une création plastique contemporaines, dialogue avec une quinzaine de photographies du journaliste, écrivain et photographe Amaury da Cunha, peut constituer pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore une excellente porte d’entrée sinon dans l’œuvre, assez diverse, de Stéphane Bouquet, du moins dans l’esprit qui pour une grande part l’anime.