mardi 25 avril 2017

REPRENDRE PIED DANS SA PAROLE. ZONE INONDABLE DE FRANÇOIS HEUSBOURG.

BILL VIOLA LE DELUGE


Oui nous avons besoin de parole. C’est la vie. Et c’est le propre des poètes ou de façon plus générale de ceux qui entretiennent une relation dynamique à la parole que de témoigner de cette nécessité profonde dont chaque jour, pour ma part, je m’émerveille. Ne sommes-nous pas dans tout le vaste univers connu, la seule parmi ces millions et ces millions, ces milliards, peut-être, d’espèces vivantes, la seule à disposer de cette capacité de prolonger notre existence en paroles. Des paroles qui nous survivent. Et que pour les plus abouties d’entre elles et les plus nourrissantes, nous pouvons nous transmettre de générations en générations.

Que la poésie soit une parole avant tout liée à la vie, à cette pression que sur nous elle exerce, j’en trouve encore aujourd’hui comme preuve le petit livre de François Heusbourg que les éditions AEncrages & Co viennent de faire paraître sous le titre de Zone inondable. Comme l’indique le site de l’éditeur, François Heusbourg y aborde « les inondations terribles qui ont eu lieu en octobre 2015 dans le Sud littoral », entraînant la mort de 21 personnes et provoquant dans plus d’une trentaine de communes des dégâts considérables.

C’est en victime lui-même de cette catastrophe que François Heusbourg élabore une parole s’efforçant de rendre compte de cette situation proprement irreprésentable dans laquelle il se trouve dans un premier temps plongé. Bouleversement des repères d’espace et de temps. Tout, le corps, la pensée, les cloisons d’habitudes et les définitions d’ordinaire bien convenues entre les choses, voilà que tout est devenu d’un seul coup différent. Perméable. Et c’est bien comme un moment de sidération que les mots du poème tentent de conjurer, réservant au blanc, le soin d’inonder l’espace de la page où ne surnagent que quelques notations factuelles, des impressions déboussolées, un sentiment particulier d’impuissance et de vulnérabilité de l’être qui finit par n’avoir d’autre issue, après avoir tenté quelques gestes dérisoires, que de se laisser emporter par le flot désarmé du sommeil.

Difficile effectivement de mettre des mots sur tout ce qui renverse. Comme l’écrit Alexander Dickow dans l’ouvrage dont j’ai précédemment rendu compte, « Les mots passent sans cesse entre ce qu’ils visent, ils passent au plein milieu de la parole, c’est à justement dire là où n’est jamais l’objet qu’on croyait vouloir dire. » D’où la vigilance et l’attention que leur emploi réclame. Car les mots pourraient bien n’être, si nous n’y prenions garde, qu’une sorte de débordement destructeur de la parole. Une façon pour elle de submerger toute réalité. Comme on voit bien qu’elle est par ces temps de discours creux et d’impudent déferlement de mensonges médiatiques.

Et c’est aussi cela que me paraît vouloir cibler le livre de François Heusbourg. Il n’y a pas que des territoires géographiques qui ont le malheur de se retrouver en zone inondable. Notre conscience et tout particulièrement celle de l’être humain moderne est tout aussi menacée par ces flots et ces flots d’images et de commentaires assurés qui prétendent nous dire la vérité sinon la réalité de tout ce qui nous est proposé à vivre ou à subir. Ainsi des reportages qui accompagnent la catastrophe dont il parle. Et la chasse qu’il dénonce des journalistes venus dans le but d’alimenter ce mortifère déversement d’images qui passent ensuite et repassent, dans l'étourdissant tourbillon des boucles télévisées.

Nous sommes des êtres poreux. Sensibles. Ce qui nous touche nous en gardons l’empreinte. Dont la parole ininterrompue et aliénante des discours collectifs qui se répandent comme on dit sur les ondes déguise, recouvre,  noie plutôt qu’elle ne révèle, éclaire, la nature profonde. Oui, dans les images que le monde de l’information propose de ce que vivent ou ont vécu vraiment les gens, écrit François Heusbourg « nous sommes / disparus ».


À chacun alors singulièrement – c’est ce que fait Heusbourg - du fond de son irréductible solitude, dans la limite de ses possibilités créatrices, de reprendre un peu pied dans sa parole. Et par là dans sa vie. Sachant qu’elle est et restera toujours plus ou moins vulnérable. C’est à cela que peut servir – non je n’ai pas peur du terme -  la poésie. À ce petit quelque chose qui vaut beaucoup plus qu’elle : la santé. La santé retrouvée de l’esprit. Son équilibre. Un art. Qui pour reprendre les termes du poète Jean-Paul Michel, n’efface sans doute pas la perte, mais, supérieurement, lui répond.

lundi 24 avril 2017

UNE BIEN GOÛTEUSE CHAIR DE PAROLES. RHAPSODIE CURIEUSE D’ALEXANDER DICKOW.

MU-QI 6 kakis 
« On ne parle pas les choses mais autour ». Non cette phrase n’est pas tout-droit tirée de Montaigne. Elle vient du dernier livre du poète Alexander Dickow qui, sous le titre de Rhapsodie curieuse, semble consacré à l’éloge du kaki, ce fruit mal connu chez nous du plaqueminier dont nous disent les encyclopédistes il existerait dans le monde plus de 600 espèces, sous-espèces et variétés. 

Écrivons-le d’emblée. De tous les livres que j’ai reçus dernièrement, l’ouvrage de Dickow publié par les intéressantes et exigeantes éditions louise bottuest sans doute celui qui m’aura fait la plus forte impression. Procuré le plus de plaisir vrai. Et le plus convaincu de l’intérêt de ces oeuvres de parole, qui, conduites de l’intérieur, nourries d’une véritable curiosité et science des choses, savent profiter de toutes les libérations produites par plus d’un siècle de renouvellements et d’expérimentations littéraires, d’interrogations aussi sur le dire, pour ouvrir toujours davantage nos sensibilités et nous aider à comprendre, approcher, un peu différemment et pour en mieux jouir, l'obscure évidence ou l'évidente obscurité du monde...

Intitulée Rhapsodie le petit grand livre d’Alexander Dickow coud effectivement ensemble des formes et des registres dont le rapprochement peut sembler a priori curieux. Hymne à la diversité – celle des choses et des langues – éloge du goût et de la connaissance,  satire en creux des conformismes auxquels nous nous laissons paresseusement aller dans nos vies quotidiennes, réflexion philosophique sur les complexes relations existant entre le penser et le sentir, entre le corps et l’esprit, les choses et les mots sensés les définir ... sans oublier contes rapportés, inventés, fantaisistes, pastiches, et surtout maladresses syntaxiques voulues, comme d’un qui viendrait d’une autre langue, tout concourt à produire un livre totalement d’aujourd’hui, où le lecteur bien que confronté à tout un choix décalé et délicieusement imparfait de matières, étrangement, ne se perd pas. Se trouve à chaque page comblé. Assuré qu’il se trouve d’être en présence d’une oeuvre véritable. Visiblement pensée. Sentie. Portée. Riche en saveurs diverses. Multiples. Contrariées.

vendredi 21 avril 2017

AU DIAPASON DE L’ÊTRE. VOLTIGE ! D’ISABELLE LÉVESQUE.

Honneur et Vertu fleurissent après la mort Véronèse 


On ne connaît que trop bien la fameuse expression de nos anciens romantiques – que les lecteurs retrouveront aisément, n’en doutons pas, dans l’une des 17000 pages du Journal du philosophe suisse Henri-Frédéric Amiel ! - selon laquelle tout paysage est un état d’âme. Me proposant aujourd’hui de dire quelques mots d’un des nombreux ouvrages que leurs auteurs ou leurs éditeurs – ne les oublions pas – ont eu l’attention de me faire parvenir, il ne me semble pas inutile de partir de cette formule qui possède le mérite de souligner que les frontières n’ont rien d’étanches entre ce que nous croyons être la pure physicalité du monde extérieur et ce que nous envisageons comme relevant du domaine propre de nos singulières intériorités.

Voltige ! d’Isabelle Lévesque est de ces livres où la perméabilité entre le dehors et le dedans qui fonde tout texte en paysage se présente au lecteur avec la plus nette, pour ne pas dire la plus déroutante évidence. Chaque motif ici, qu’il soit fleur, souffle, couleur, forme, inclinaison, battement, ombre ou acuité lumineuse, y apparaît comme intimement noué à ces tremblements intérieurs, ces palpitations vitales, ces tensions et retentions, spasmes et contractions, libérations, volettements, halètements, vertiges, voltiges...  à travers quoi s'éprouvent les diverses intensités d’une relation amoureuse passionnément vécue.

Surgissent alors de ces compositions, une suite de vibrations rendues d’autant plus singulières que le paysage de langue ainsi produit, par ses condensations, sublimations, ses ruptures ou ses ellipses, s’affranchit à son gré de l’ordre imposé des grammaires pour imprimer au poème son allant, ses pas de danse, voire ses aériennes, diffuses et quelque peu énigmatiques acrobaties.

« En chacun tu bats » affirme Isabelle Lévesque en référence à une longue liste de termes par elle écrite, regroupant, comme elle dit, « l’immense et le fragile ». Et c’est bien à une sorte d’assemblage vif et libéré des contraires que s’efforce la poésie de cet auteur qui, à travers chaque détail observé, chaque présence retenue, tente de hisser sa parole au diapason de l’être. Afin qu’au-delà de tout manque, de toute disparition, sa source n’en tarisse pas. Et que tel jour d’été – mettons que ce soit un 25 août – tel moment  de la journée – mettons que ce soit un matin à onze heures – restent, comme l’est bien le paysage, ou le bleu d’un ciel de Véronèse : ineffaçables, inabolis. À jamais toujours-là.

mercredi 22 mars 2017

DÉCOUVREZ LA SÉLECTION DU PRIX DES DÉCOUVREURS 2017-2018 !

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LAURENCE VIELLE PRIX DES DÉCOUVREURS 2017.


OUF ! Non ce n’est pas un soupir de soulagement que je pousse aujourd’hui pour marquer la fin de l’édition 2016-2017 de ce qui fut je crois la vingtième édition du Prix des Découvreurs. Non. Cette action que nous menons grâce au concours actif de dizaines et de dizaines de professeurs qui n’hésitent plus à faire entrer dans leurs classes des poètes pour une fois bien vivants afin de faire comprendre à la jeunesse qu’ils forment que la poésie s’écrit toujours au présent, qu’elle parle de notre humanité actuelle, du monde bien réel qui nous entoure, est certes, une tâche prenante, qui accapare une bonne partie de mon énergie et de mon temps mais elle n’a rien d’épuisant, d’accablant, au vu surtout de tout ce qu’elle apporte.

Non. OUF, c’est le titre qu’auront plébiscité plus d’un tiers des jeunes qui cette année de Calais à Bastia – salut aux élèves du lycée Vicensini – auront eu l’occasion de découvrir comment la poésie d’aujourd’hui a pu se renouveler, étendre ses horizons, élargir ses thématiques et multiplier ses formes d’apparition de manière à ouvrir, pour chacun d’entre nous, de nouvelles voies dans la parole.

Le livre de Laurence Vielle qui est donc notre toute fraîche lauréate aura sûrement plu par ce dynamisme constant qui appliqué à un vécu que chacun peut aisément reconnaître, communique cette envie de vivre et surtout d’affronter dont les jeunes ont tant besoin dans le monde difficile que nous leur transmettons. Sans rien cacher des misères de ce dernier, Laurence sait replacer nos existences dans le cadre élargi d’un univers qui ne se limite jamais aux étroites frontières du moi, donnant ainsi de l’air à nos destinées momentanément essoufflées. Les amenant par l’intensité de ses rythmes à redécoller. S’inventer de nouveaux espaces. S’approprier des ressources jusque-là inédites.

Bien entendu nous avons une pensée pour chacun des auteurs de notre sélection qui ont bien voulu accepter de participer et de rencontrer des classes parfois bien éloignées de chez eux. Laurent Grisel, Christiane Veschambre, Geneviève Peigné, tout particulièrement, se sont montrés parfaits dans ce difficile exercice d’écoute, de partage et de communication que nous avons eu le plaisir d’accompagner. Et c’est à juste titre que leurs livres ont aussi trouvé de nombreux défenseurs. Grâce à leur ouverture et à leur engagement, la poésie sort renforcée dans l’esprit de nombreux jeunes mais aussi de nombreux professeurs qui en ont découvert la vitalité, la nécessité et pris davantage conscience que cette forme d’écriture ne peut se réduire à n’être à l’école qu’un support d’exercice destiné à préparer les épreuves anticipées du bac.

Autre sujet de satisfaction en cette semaine de la Langue française et de la francophonie : après le grand poète algérien Mohammed Dib couronné en 2001, le poète liégeois Eugène Savitzkaya en 2008, la luxembourgeoise Anise Koltz en 2012, c’est une poète bruxelloise qui remporte cette année le prix. Un prix que par ailleurs auront aussi remporté un poète espagnol, Juan Antonio Gonzales Iglesias et deux poètes d’origine syrienne : Maram Al Masri et tout dernièrement cette belle figure de la résistance aux dictatures de tous ordres qu’est Fadwa Souleimane.

Oui, nos jeunes et les courageux professeurs qui les encadrent n’ont que faire des limitations. Désireux de s’affranchir de ce qui, de partout, nous étouffe, ils sont de ceux qui méritent que nous ne plaignions pas, comme on dit, nos efforts. Et que nous poursuivions, plus convaincus que jamais, notre folle entreprise. OUF !


À noter que le prix sera remis le jeudi 6 avril prochain au Carré Sam à Boulogne-sur-Mer lors de notre Journée Découvertes dont on peut consulter le programme ici

vendredi 10 mars 2017

MAIS CE DÉSIR JAMAIS REPU DE S’INVENTER POUR VIVRE... GÉRARD CARTIER. LES MÉTAMORPHOSES

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Gérard Cartier qui conclut son recueil par une « table » replaçant chacun de ses textes à l’intérieur d’un grand dîner aux services gourmands, appréciera sûrement que j’entame cet hommage en révélant que ses poèmes, tout comme ceux d’un poète comme Etienne Faure, dont je le sens personnellement proche, sont à chaque fois pour moi l’occasion d’une lente et attentive dégustation qui presqu’à chaque mot, chaque mouvement de pensée – mais de pensée sensible –  fait que je me sens parcouru de tout un tremblement d’ondes, qu’elles s’étendent sur toutes les surfaces de signification qu’enferme aujourd’hui mon dictionnaire intérieur, ou viennent émouvoir les multiples souvenirs d’une vie passée à lire, écrire et surtout habiter et apprendre à aimer le monde.

On sait qu’une telle poésie, intelligente, cultivée, nuancée et sensible n’est plus trop pour plaire à nos contemporains. Qui se fatiguent vite à suivre ces manœuvres de formes naviguant entre l’intelligible clarté de l’idée rassurante et la réalité toujours un peu fuyante du sentiment qui en constitue le tissu profond et tout baigné d’humeurs. Qu’importe. Nous n’écrivons pas pour les analphabètes. Qui au passage ne sont pas toujours ceux qu’on pense. Et peuvent être parfois, plus que nous, cuirassés de diplômes.

Les Métamorphoses de Gérard Cartier ne sont pas de ces livres que nourrit une réalité bien précise. Qu’ils s’acharnent à épuiser. À circonscrire. C’est au contraire un livre d’expérience par lequel l’auteur se livrant au langage, à l’aventure de la parole, cherche en quelque sorte à illimiter ses possibles, libérer ce qui peut toujours et encore en lui et par lui se dire. La hantise d’être vivant. Et de se réjouir de voir. Savoir. Approcher et toucher.  Écouter et entendre. Goûter à. Tout ce qui, bien entendu, se trouve à portée, ou pas, dans le monde.

Le titre des principales parties du livre fournit en quelque sorte le programme de cette jouissive et dévorante entreprise : Épouser le monde (partie 1), Faire de soi sa discipline (partie 2), Cultiver ses vices (partie 3), Donner sens au chaos (partie 4), Hasarder tous les sentiments (partie 5), Multiplier les formes (Partie 6). 

Des verbes donc. Des verbes. Et des résolutions. Car il y a urgence encore à vivre. Surtout pour « qui passe / Sur un pied la frontière de l’âge et vacille / De son lourd vin d’aînesse ». Et se découvre «  si tardif à célébrer le monde et courir après le temps ».

Peut-être qu’on l’aura compris sans que j’en dise maintenant davantage. Le livre de Gérard Cartier est de ces livres éternellement jeunes que seuls écrivent ceux qui en arrivent au point d’avoir à compter sur leurs doigts les belles et courtes années qu’il leur reste à bien vivre.

Sans crainte d’avoir à quitter bientôt – c’est notre lot -  la salle du banquet dont ils auront sur le papier su recueillir les restes : Bénie la table et les longs amis....

mercredi 8 mars 2017

GÉNÉROSITÉ DE L’ATTENTION. RENCONTRES AUTOUR DE LA POÉSIE AU LYCÉE ARTHUR RIMBAUD DE SIN-LE-NOBLE.

Le groupe d'élèves de Secondes du lycée Rimbaud de Sin-le-Noble


Oui, patente, c’est ainsi que je qualifierai l’attention avec laquelle les jeunes gens du lycée Arthur Rimbaud de Sin-le-Noble ont accueilli l’intervention que nous venons d’y effectuer Geneviève Peigné et moi dans le cadre de leur participation au vingtième Prix des Découvreurs.

On sait que l’attention, la capacité d’attention des jeunes est de plus en plus difficile à capter de façon autre que superficielle, tant on les a habitués, conditionnés, à répondre aux mille et une éphémères et débiles sollicitations des objets, des images qu’entretient une société qui tend à les plonger dans un état de plus en plus visible chez certains de confusion et de dispersion mentales. 

Et c’est vrai que, pour reprendre les mots qu’employait, à la fin du XIXème siècle, dans son maître livre, le philosophe et psychologue américain William James, « sans intérêt sélectif, l’expérience est un pur chaos ». Seules les choses que je remarque,  en m’appuyant sur une certaine concentration de ma conscience, forment mon esprit, constatait-il.

Nous ne pouvons alors qu’être heureux d’avoir bénéficié de cette capacité des jeunes que nous venions rencontrer à se focaliser sur ce nous avons tenté avec plus ou moins de bonheur de partager avec eux. Ce qui est assurément la marque d’esprits, de personnalités, réellement attachés à leur propre et durable enrichissement. Et comme le déclarait la grande Simone Weil une preuve authentique aussi de générosité.

Et nous félicitons bien chaleureusement les responsables de l’établissement ainsi que leur professeur de lettres, Madame Fanny Cambron Huvelle, à qui sûrement ces jeunes doivent d’avoir pu manifester devant nous leurs hautes qualités.

mercredi 1 mars 2017

OÙ SE TROUVE TOUJOURS LA POÉSIE. TÉMOIN DE SOPHIE G. LUCAS.

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À quoi donc correspond cette poésie dépoétisée dont parlent aujourd’hui certains et qui s’élaborerait indépendamment des propriétés d’image et de chant sur lesquelles ce genre s’est, depuis les origines, construit ?

vendredi 24 février 2017

PARMI TOUT CE QUI RENVERSE. UN MONDE OUVERT PAR LA PAROLE.

CLIQUER POUR SE RENDRE 
SUR LE SITE DE L'EDITEUR
Je me permets d’annoncer la sortie de parmi tout ce qui renverse aux éditions du Castor Astral.

Merci tout d’abord à Jacques Darras et à Jean-Yves Reuzeau d’avoir sauvé ce livre que la malencontreuse disparition, en janvier 2016, des éditions de l’Amandier - où il devait, grâce au concours du CNL, primitivement paraître –  risquait de condamner à ne voir le jour qu’après de longues années encore de sommeil et d’attente.

Je n’accable pas les revues, comme les maisons d’édition, de mes propositions. C’est pourquoi, occupé le plus souvent à tenter de donner ce que je peux de visibilité aux livres et aux auteurs que j’estime, je me sens autorisé aujourd’hui à demander aux lecteurs de ce blog qu’ils prêtent un peu d’attention à l’ouvrage que je propose et l’aident ainsi à échapper à la cruelle indifférence qui frappe en général le travail des poètes.

Je le dois tout d’abord à la maison qui m’accueille. Ensuite à toutes les ressources de vie et de pensée que l’écriture de ce livre m’aura conduit sur tant d’années à employer.

parmi tout ce qui renverse, sous-titré Histoire d’Il, vient prolonger et terminer la phrase commencée avec Compris dans le paysage (Potentille, 2010), complétée par avec la terre au bout (Atelier La Feugraie 2011) et emprunte un peu de sa forme générale à Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme de Charles Augustin Sainte-Beuve ! Oui. C'est en effet à ce livre injustement méprisé qu'on doit, au moment où naît ou va naître notre poésie moderne, de voir pour la première fois le poète se dégager de la coûteuse illusion de la transparence du sujet pour inventer et induire une lecture "romanesque" de la poésie lyrique.

jeudi 23 février 2017

INQUIÈTE PRÉOCCUPATION D’HUMANITÉ. NÉ SANS UN CRI D’AMANDINE MAREMBERT.


"Je suis professeure de français. J'apprends à mes élèves à mieux parler et à mieux écrire. Pour autant, je ne sais comment t'apprendre à parler cette langue étrangère que sont les mots, pour te rendre le monde moins imprévisible et effrayant. C'est toi qui m'enseignes la grammaire de tes gestes, la syntaxe de tes postures, la ponctuation de tes respirations, l'accentuation de tes sourires. C'est toi qui m'apprends à lire, écrire et compter tes silences."

Bien sûr, il est important de voir le beau livre d'Amandine Marembert comme un tendre et douloureux témoignage de mère confrontée à l'énigme de son enfant autiste. Et j'entends bien ce que me dit l'auteur des difficultés de tous ordres qui du plan matériel, institutionnel au plan psychologique, intellectuel voire même métaphysique, jalonnent le parcours d'une vie radicalement transformée par la nécessité d'avoir à se continuer, se déployer, s'approfondir, le cœur saisi d'une telle détresse.

samedi 18 février 2017

ABATTOIRS. ON N'A PAS LE DROIT DE COMBINER LES MAUX DE L'ÂGE ATOMIQUE AVEC LA SAUVAGERIE DE L'ÂGE DE PIERRE !



https://drive.google.com/open?id=0Bzp8y58gwcB3TlZ2SlhIak9qTWM
CLIQUER DANS L'IMAGE POUR DECOUVRIR LES TEXTES
Les scandales récents concernant le traitement des animaux dans les abattoirs m’incitent à mettre aujourd’hui en ligne un extrait des entretiens que Marguerite Yourcenar a donné en 1980 au journaliste Matthieu Galley.

On appréciera, j’espère, la largeur de vue de la Dame de Mount Desert. Et comme elle s’y montre capable de donner sens à une forme d’habitation du monde  dont il semble que nous nous éloignions chaque jour à grands pas.

Nous avons complété ses propos par un extrait tiré de l’oeuvre de Jean-Christophe Bailly dont nous ne saurions trop recommander sur le sujet, le livre intitulé Le Versant animal.

Et pourquoi ne pas redécouvrir aussi l’extraordinaire ouvrage d’Upton Sinclair, La Jungle (1906), consacré aux célèbres abattoirs de Chicago, un livre dont on dit qu’il amena le Président des Etats-Unis de l’époque, à renoncer à consommer des saucisses à son petit déjeuner !

dimanche 5 février 2017

POUR UNE HYGIÈNE DE L’ESPRIT. UNE PENSÉE SANS ABRI. CHRISTIANE VESCHAMBRE AVEC LES LYCÉENS DE BOULOGNE ET CALAIS.

Christiane Veschambre au lycée Branly de Boulogne-sur-Mer
L’école peut-elle se limiter aujourd’hui à des savoirs arrêtés ? À la transmission de modèles ? De listes. De connaissances ou de dogmes à réciter. Non. Et de moins en moins non ! À l’heure où la menace de l’enfermement des esprits dans des systèmes de croyances visant à nier le droit de chacun à sa propre différence alerte à juste titre sur ce que nous voulons sauver de nos démocraties, il est bon de rappeler que la pensée véritable, celle qui fait avancer, est toujours sans abri.

jeudi 2 février 2017

MERCI À LA REVUE DÉCHARGE !

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La très riche et attentive revue en ligne Décharge vient de consacrer sous la plume d'un de ses principaux animateurs, le poète Claude Vercey, une intelligente et utile présentation de notre toute récente anthologie de l'auteur bourguignon Pascal Commère.

Merci à elle ! Et réjouissons-nous qu'existent toujours ces fidèles espaces où le travail des poètes est vraiment accueilli dans un esprit d'ouverture qui n'exclut pas le dialogue, éventuellement la critique et l'heureuse simplicité.

mardi 31 janvier 2017

HERBES. CONJOINDRE À NOUVEAU NATURE ET CULTURE ! AUGUSTIN BERQUE.

Herbes sur les bords du lac de Trakkai
On le sait. Durant des lustres, notre enseignement s'est complu  à organiser son approche de la littérature et principalement de la poésie autour de grands thèmes tels l'amour, la rencontre, l'engagement, la femme et plus largement encore celui de la nature !!! Et c'est de cette passion immodérée pour les concepts vagues et leur illustration caricaturale qu'a fini sans doute par apparaître autour de nous des générations d'esprits manipulateurs et bavards davantage occupés de l'effet de leurs paroles que de la relation qu'elles devraient entretenir avec ce que nous appellerons, pour aller vite, le réel foisonnant qui non pas nous entoure mais de fait, en partie, nous construit. 

Alors, lisant l'ouvrage passionnant que les éditions Champ Vallon viennent de me faire parvenir, un ouvrage collectif consacré au motif de l'herbe et dirigé par un spécialiste du cinéma, le professeur Jean Mottet, je me dis que nous serions bien avisés de renouveler nos approches esthétiques en nous tournant comme il l'écrit vers "l'éprouvante simplicité" comme disait René Char, des motifs élémentaires : le nuage, le rocher, l'arbre, l'herbe…  Pour m'inspirer régulièrement du merveilleux petit livre de Véronique Brindeau sur les mousses, ou de certaines connaissances que j'ai pu recueillir sur la neige, sans parler effectivement de la classification des nuages élaborée par l'anglais  Luke Howard, j'ai pu constater comment cette approche par le motif était en mesure de susciter réellement tout d'abord l'étonnement, puis la curiosité,  la réflexion active enfin, de la plupart des jeunes qu'il m'arrive de rencontrer.

J'aurais aimé ici évoquer chacune des 12 contributions qui à travers le regard du paysagiste, du critique d'art, du philosophe, du géographe, de l'orientaliste, du jardinier, du botaniste, de l'écrivain, du musicologue …. renseignent l'inépuisable réalité de ce qui se trouve recouvert par l'idée en apparence si transparente et docile de l'herbe. La profondeur et l'intérêt si divers de la plupart de ces textes font que chacun comprendra qu'il fera mieux d'aller y voir de lui-même. Je m'attarderai simplement dans ce billet sur la proposition de l'auteur de Poétique de la Terre. Histoire naturelle et histoire humaine, Augustin Berque, qui, partant de l'expérience du philosophe japonais Watsuji Tetsurô (1889-1960)présente à mes yeux le grand mérite non seulement de souligner, ce qu'on sait bien, à savoir, le relativité des cultures, mais celui surtout de nous entraîner à partir de là, à repenser notre relation à la nature qu'il s'agit de retrouver non par un retour à la sauvagerie primitive mais tout à rebours par un lent travail de réciproque reconstruction.

Non, pour Augustin Berque, l'homme ne se conçoit pas comme individu occupant une place centrale dans un environnement conçu comme système interrelationnel d'objets qui lui resteraient extérieurs, mais comme être fondamentalement, constitutivement, engagé dans un milieu qu'il crée à travers les innombrables relations qu'il entretient, tant sur le plan physique que symbolique avec le monde. Ainsi rien ne serait plus faux qu'imaginer, pour parodier la trop célèbre formule de Gertrude Stein, que l'herbe est de l'herbe est de l'herbe et serait partout toujours de l'herbe.  Comme le découvrit  Watsuji Tetsurô lorsqu'il aborda - au printemps ! - la côte de Sicile, l'herbe d'Europe n'a pas comme dans son propre pays soumis, lui au régime plus violent des moussons, ce caractère de brousse impénétrable qui là-bas la fait figurer en bonne place parmi les symboles du wilderness, c'est-à-dire de la nature sauvage. Elle est amène et souple et se laisse aisément dominer. Induisant un rapport particulier de la culture à la nature. Rapport dont la tondeuse à gazon dont nous faisons tant de bruyants et ravageurs usages dans nos jardins comme aux bords des chemins, me semble toujours le très affligeant emblème.

De fait, en faisant du cosmos un univers-objet et en soumettant le vivant à notre mécanique, la science occidentale nous a coupés du monde. Et nous fait vivre chaque jour un peu plus dans un monde de signes et d'abstractions qui certes, nous confère une impression accrue de puissance, mais nous a fait perdre la multiplicité des liens sensibles qui nous attachaient à l'ensemble des réalités élémentaires avec lesquelles s'est tissé au cours des millénaires le milieu qui constitue notre humaine et flexible habitation. Cela, on commence à s'en rendre peut-être un peu tardivement compte, n'est pas sans affecter tant l'équilibre psychique des individus que les grands équilibres naturels dont dépend la survie plus ou moins harmonieuse des sociétés.

C'est pour cela qu'à la manière des calligraphes japonais, qui distinguent 3 degrés successifs d'écriture, il nous appartient sans doute, conclut Berque, après avoir appris à écrire le monde en lui imposant la régularité (zhen) de nos lois, de retrouver une forme d'écriture moins entravée, plus allante (xing) puis de passer à une forme cursive, justement appelée "herbue" (cao), par quoi nous parviendrons peut-être enfin à conjoindre à nouveau cette double dimension de l'être et bien évidemment du monde que sont nature et culture.

Non à partir des idées pures. Mais des réalités sensibles. De l'herbe. Évidemment. 

mardi 24 janvier 2017

PUISSANCE DE LA POÉSIE. APOLLINAIRE ET CHARLOTTE DELBO. AUCUN DE NOUS NE REVIENDRA.


Egon Schiele, La Jeune Fille et la Mort


Oui, amis enseignants. Il pourrait être intéressant à l’école, plutôt que de trop chercher à vouloir découvrir ce que peut bien signifier, en soi, tel poème écrit il y a maintenant des siècles, de réfléchir à la nature de l’écho que des lecteurs actuels, en fonction de leur situation propre, peuvent toujours percevoir en lui.

C’est le 30 ou 31 mars 1902, un dimanche donc ou un lundi de Pâques, jour de résurrection, que Guillaume Apollinaire, pénètre pour la première fois dans l’Alter Nördlicher Friedhof de Munich dont les tombes aux allures parfois inattendues semblent surgir d’un flot de mousses et de verdure. De ce qu’il ressent alors, découvrant - à l’intérieur de ce qu’on appelait autrefois l’obituaire, mot disparu remplacé dans notre franglais d’aujourd’hui par l’expression Funeral Home - une troupe impassible de morts, gentiment préparés et bien allongés dans leur bière et qui semblent l’attendre, on n’en saura rien que la fantaisie qu’après quelques vicissitudes, il intégrera à son recueil Alcools, sous le titre de La Maison des morts.

mardi 3 janvier 2017

EN 2017. L’ÉDUCATION ! POUR LA CONSTRUCTION D’UN AVENIR MEILLEUR, DURABLE ET FRATERNEL.

Tout sépare cette allégorie du feu peinte en 1566 par Arcimboldo qui célèbre la puissance guerrière de l’Empereur Maximilien II de Habsbourg, à l’époque en lutte contre Soliman le Magnifique, du tableau qu’à 14 ans, en pleine guerre mondiale, Giacometti intitula La Paix et qu'on peut découvrir à l’Albertina de Vienne.

Que les enfants qui tiennent ici entre leurs mains, non une colombe blanche mais un merle sans doute - ce qui me fait personnellement penser à l’admirable texte de Fabienne Raphoz sur le merle de son jardin (dont on trouvera un extrait page 30 de notre Dossier Découvreurs 2013) - soient ce que nous avons de plus précieux et que l’avenir que nous leur construisons constitue l’interrogation fondamentale qui devrait nous habiter tous, voilà ce qui pour moi ne souffre plus discussion.