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mercredi 12 février 2020

NAGER VERS LA NORVÈGE HIER AU LYCÉE BRANLY DE BOULOGNE-SUR-MER.


Comme toujours grand plaisir d’avoir hier pu accompagner un nouvel auteur de la Sélection du Prix des Découvreurs au lycée Branly de Boulogne-sur-Mer. Et d’avoir ainsi pu découvrir moi-même la personnalité de Jérôme Leroy, un poète à la fois filial - par la reconnaissance qu’il voue à la riche tradition poétique qui l’a précédé - et singulier - par la façon qu’il a de savoir faire résonner à partir d’elle la relation intime et engagée qu’il entretient avec le monde contemporain.

Merci et bravo à l’importante équipe des professeurs de lettres et des professeurs documentalistes d’avoir pu maintenir en dépit des difficultés, la plus grande partie des 7 rencontres initialement prévues.


vendredi 10 janvier 2020

ACTUALITÉ DE L’ŒUVRE D’ART. LE RADEAU DE LA MÉDUSE DE GÉRICAULT.

CLIQUER POUR LIRE LE TEXTE DE P. WEISS


« Lorsque l'incompétence et l'irrationalité, piétinant toute décence, continuent à mettre en danger des vies de 'moindre valeur', alors nous pouvons chercher avec une énergie et une attention accrues la connaissance que prodigue l'art. »
Oui, le regard qu’il est légitime de porter sur les grandes créations de l’imagination artistique ne peut s’abstraire de toute interrogation sociale et politique. Si le tableau nous parle, en lignes comme en couleurs, en formes et proportions, l’esprit qui le contemple a le devoir aussi de questionner la relation qu’il entretient avec les grandes idéologies et les divers systèmes de domination à l’œuvre dans son époque.
Le Radeau de la Méduse n’est pas seulement la prouesse artistique d’un jeune homme de 28 ans qui s’affirme comme l’un des peintres les plus doués de sa génération. Il est aussi pour chacun une image dans laquelle peut se lire quelque chose de la destinée d’une société abandonnée par ceux qui ont mission de la secourir ou de la piloter. C’est la raison pour laquelle la grande romancière américaine que nous citons ci-dessus, en a fait l’œuvre emblématique du travail mené par elle au Louvre en 2006, sous le titre Etranger chez soi. On sait que cet immense tableau qui fit l’objet de longues et méticuleuses recherches, suscita dès sa présentation au Salon de 1819 diverses polémiques du fait de ce qu’il donnait à voir et surtout à comprendre des effets désastreux d’un système politico-social accordant pouvoir aux individus les moins compétents sur la foule innombrable de ceux qui, comme on dirait aujourd’hui, ne sont rien. Cette contenance hautaine et méprisante, qu’on appelle la morgue, bien des hommes malheureusement toujours la manifestent. Elle fut celle de ce vicomte Duroy de Chaumareys, ce royaliste émigré et parfait incapable, auquel fut confié le sort de la Méduse qu’ignorant les conseils avisés de ses subalternes, il envoya s’échouer sur le banc de sable d'Arguin, au large de la Mauritanie. Condamnant plus de cent de ses hommes dont 15 seulement survécurent, à dériver sans vivres sur un radeau, ce premier de cordée trouva tout aussi naturel après avoir embarqué les hommes qui lui étaient confiés dans cette catastrophique aventure, d’assurer sa survie et celle des quelques privilégiés qui l’accompagnaient en montant, sous la protection de la troupe, dans un des rares canots dont il avait pensé à équiper son navire…

C’est le propre des chefs-d’œuvre de pouvoir être toujours réinterprétés. Qui ne voit qu’aujourd’hui l’œuvre de Géricault conserve sa capacité à alimenter nos réflexions comme à soutenir nos révoltes et nos indignations. Et je m’étonne – sans vraiment m’étonner - que notre époque si prompte à la commémoration ait à ce point négligé le bicentaire d’une des œuvres les plus marquantes de l’histoire de notre peinture. Puissent les quelques pages du commentaire éclairant qu’en donne Peter Weiss dans son Esthétique de la Résistance inciter ceux qui les liront à ranimer en eux l’esprit de ce sombre et terrible tableau.

jeudi 29 mars 2018

AMANDINE MAREMBERT, PRIX DES DÉCOUVREURS 2018.


C’est à Né sans un cri, un ouvrage d’Amandine Marembert  publié aux éditions des Arêtes, qu’ira le prix des Découvreurs 2018. J’ai eu déjà l’occasion de dire ici le bien que je pensais de cet ouvrage qui au-delà de ses grandes qualités littéraires, ce qui n’est pas toujours le souci premier de la plupart de nos jeunes lecteurs, témoigne d’une profonde sensibilité à une question à laquelle ces derniers se montrent généralement plus réceptifs, qui est celle de la différence. De notre capacité aussi à comprendre, à accueillir l’altérité. De la plus ou moins grande plasticité intérieure qui nous est nécessaire pour ne pas ériger notre mode particulier et plus ou moins commun d’être, en absolu.


Amandine Marembert
Ce sont les poètes, les vrais, qui parlent le mieux de leurs confrères. Ainsi c’est à Christiane Veschambre, à la façon dont elle a su me donner envie de la lire, que je dois de m’être penché avec plus d’attention sur le travail d’Amandine Marembert. Aussi, rien ne me réjouis donc plus aujourd’hui que la perspective de voir Amandine et Christiane, rassemblées le vendredi 13 avril à Boulogne-sur-Mer, la première pour recevoir son Prix, la seconde pour nous parler avec son compagnon Aimé Agnel, de Paterson, ce beau film de Jarmusch auquel elle vient de consacrer Ils dorment, un court mais bien émouvant texte, à l’Antichambre du Préau.

mardi 31 mai 2016

POUR UN ÉLARGISSEMENT D’ÊTRE. DOSSIER DU PRIX DES DÉCOUVREURS 2016-2017.

Cliquer dans l'image pour ouvrir le dossier
Les extraits que nous proposons avec cette vingtième sélection du Prix des Découvreurs visent d’abord à donner une image significative des livres mis en compétition. 

À travers eux se lira sans difficulté la conception ouverte que nous avons de la poésie et tout ce qu’elle peut aujourd’hui présenter de différent, de nouveau, de singulier par rapport aux conceptions malheureusement trop étroites dans lesquelles on l’enferme traditionnellement.

Apparaîtra aussi, du moins nous l’espérons, outre la grande diversité rendue aujourd’hui possible des écritures, la capacité que possède la poésie actuelle d’interroger le monde sous tous les aspects que nous lui connaissons. Du plus intime au plus collectif. Du plus lointain au plus proche.

Bien entendu, la poésie reste un art du langage. À ce titre, on ne peut la réduire, comme un simple article de journal, à ses significations. Il importera donc toujours de rester attentif à ce qu’on appelait autrefois « la manière », c’est-à-dire ici les choix particuliers d’écriture, plus ou moins singuliers, plus ou moins manifestes, par lesquels chaque auteur se donne en principe, sa voix propre. Proposant du même coup au lecteur d’inventer sa lecture elle aussi singulière.

Nous avons bien conscience encore qu’il n’est pas toujours facile d’entrer dans des formes d’écriture auxquelles on n’est pas préparé. C’est pour cela que plutôt que d’un appareil critique aux explications forcément réductrices nous accompagnons ces extraits d’un certain nombre d’illustrations dont l’objectif n’est pas seulement de rendre ce dossier visuellement attractif. Sans en être le commentaire ou l’illustration l’image peut ici établir une sorte de dialogue avec le texte, soit en en favorisant l’entrée, soit en lui offrant un prolongement possible.

Nous aurons le sentiment d’avoir réussi notre pari si, partant des extraits, chacun éprouvait la curiosité de prolonger sa lecture en allant découvrir les livres en leur totalité. Et y trouvait aussi, pourquoi pas, pour lui, des possibilités inédites d’écriture.

Lire / écrire, à la condition d’accepter de sortir de ses circuits d’habitude, sont une seule et même activité. D’elle nous tirons, c’est une certitude, le plus sûr élargissement d’être. La promesse d’une existence adulte. 

jeudi 31 mars 2016

LE PRIX DES DÉCOUVREURS 2016 À LA POÈTE SYRIENNE FADWA SOULEIMANE !

Fadwa Souleimane au lycée Branly de Boulogne-sur-Mer
Ainsi que l’annonçaient bien les premiers résultats qui nous sont parvenus, c’est sur À la pleine lune, le livre de Fadwa Souleimane publié par les toutes jeunes éditions du Soupirail, que se sont très largement portés les suffrages des quelques 2000 lycéens et collégiens qui cette année ont participé à l’édition 2016 du Prix des Découvreurs.

On ne s’en étonnera pas, tant la nature de ce livre et la personnalité de son auteur avaient de quoi retenir l’attention de ces jeunes pour qui la poésie n’a rien à voir avec un jeu gratuit d’esthète ou d’intellectuel avant tout soucieux de distinction. Découvrant À la pleine lune et le parcours si particulier de son auteur ils ont, je crois, compris le caractère profondément vital pour ce dernier de ces poèmes marqués par la guerre et l’exil, par la volonté de ne pas laisser le dernier mot au silence, celui de la défaite et de la résignation.

Habitués à ce qu’on leur parle de poésie engagée et plus familiers certainement du Melancholia de Victor Hugo ou du trop fameux Liberté d’Eluard, que des écrits des poètes d’aujourd’hui qui sont – de par la force actuelle des choses – presque tous des textes de résistance, ils ont ainsi pu comprendre à quelles nécessités répond toujours et en profondeur la poésie de notre temps. Quand elle est animée d’un désir authentique de parole. D’un besoin fondamental de dire.

Comme l'écrit quelque part Ariane Dreyfus, le poème « n’est pas une succession de mots, mais l’élan d’une parole dans la relativité d’un corps ». Et en ce sens il ne peut exister autrement qu’engagé. Surtout si ce corps, appréhendé dans l’exil, ayant perdu son environnement familier, ses racines d’enfance, est condamné à se vivre désormais dans une culture, un espace et une langue autres.


Ce n’est qu’une fois installée en France pour fuir l’arrêt de mort promulgué par le tyran syrien Assad, que la comédienne Fadwa Souleimane a éprouvé pour la première fois la nécessité de retrouver sa langue en se mettant à écrire de la poésie. Tombeau des morts qu’elle a laissés derrière elle, des innocences de la paix saccagée, ses textes tout en désignant clairement les responsables, restent toutefois habités par la volonté farouche de ne rien céder aux multiples formes de violences qui se concurrencent aujourd’hui un peu partout dans le monde. Certaine que les divisions, quelles qu’en soit la nature, ne font aller l’humanité qu’un peu plus vite vers sa perte, Fadwa Souleimane, en dépit de tout, nous invite au chant réconcilié de l’Un.



lundi 8 février 2016

RENCONTRES AVEC FADWA SOULEIMANE.

Dans le cadre de l’édition 2015-2016 du Prix des Découvreurs, nous venons d’accompagner la poète syrienne Fadwa Souleimane dans deux grands lycées de Boulogne-sur-Mer, les lycées Mariette et Branly. Nous reviendrons sur ces rencontres qui seront suivies prochainement par des interventions dans d’autres établissements de l’Académie de Lille, notamment à Calais, Denain et Valenciennes.

Disons simplement ici que ces interventions ont particulièrement touché les nombreux jeunes qui ont eu la chance de rencontrer celle qui s’est surtout présentée comme une porte-parole du peuple syrien victime d’une guerre qui dépasse largement les enjeux de politique intérieure auxquels certains voudraient la réduire.

Tout comme le public, venu rencontrer l’auteur à la librairie l’Horizon, chacun a pu se rendre compte de la forte personnalité de Fadwa Souleimane, une femme artiste qui après  s’être engagée au service d’une révolution pacifiste n’a rien renié de ses idéaux et continue, envers et contre tout, son combat de justice et de fraternité.

dimanche 27 décembre 2015

HOMMAGE. DEUX BEAUX COMPATRIOTES DE L’AILLEURS : ERNEST HAMY ET AUGUSTE PINART.

BALTHUS
BALTHUS
J’ai vécu mes premières années dans une rue de Boulogne-sur-Mer dont le nom, seulement maintenant, plus d’un demi-siècle plus tard, évoque autre chose que ces associations qui forment le fond ensommeillé, parfois plein de poésie, des esprits encore mal contrôlés que sont les esprits d’enfance.  
Ernest Hamy, cet élément de signalétique que je recopiais avec ma date de naissance sur les étiquettes de mes cahiers d’écolier, n’était pour moi qu’une séquence graphique intellectuellement vide  qui, même plus tard, lorsque je fus devenu moins ignorant et alors même que les hasards de l’existence m’eurent conduit à m’installer à deux pas du beau manoir  du Waast qui fut la résidence d’été de mon lointain compatriote, me laissa sans curiosité. Stupidement, ma pensée le rangeait parmi les vieilles notabilités, sans histoire et sans gloire. Pourtant Hamy fut dans la seconde moitié du XIX ème siècle, un de ces enfants de Boulogne que son époque et son tempérament généreux portèrent, pour reprendre les mots merveilleux de Montaigne à embrasser l’univers comme sa ville, à jeter ses connaissances, sa société, ses affections à tout le genre humain, persuadé aussi qu’il était, comme nombre de ses contemporains éclairés, des indiscutables bienfaits de la science, des sciences devrais-je dire, et de la marche irrésistible, juste un peu ralentie parfois, du Progrès.