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lundi 11 décembre 2017

LA GUERRE REND-ELLE FOU ? LES SOLDATS DE LA HONTE DE JEAN-YVES LE NAOURS.



C'est un des multiples avantages des rencontres que nous organisons que de relancer à chaque fois notre curiosité. Pour les livres. Certes. Mais aussi au gré des conversations, des échanges, pour des lieux. Des époques. Des personnes. Des évènements. Des problèmes...


Une de nos rencontres avec Gisèle Bienne, autour de la Ferme de Navarin, a ainsi été l'occasion de nous souvenir avec elle de bien des lectures que nous avons faites autour de la première guerre mondiale - nous en ferons peut-être un jour la liste - mais aussi de nous décider à nous intéresser de plus près à cette question des "mutilés mentaux" qu'un ancien article relatif au Cimetière des fous de Cadillac (Gironde) nous avait fait, en son temps, découvrir.



Le livre de l'historien Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte, qu’on peut facilement trouver en collection de poche, s'ouvre précisément sur une évocation de ce cimetière qu'un maire soucieux de ne plus entretenir une image supposée dévalorisante pour sa commune a voulu, il y a quelques années, transformer en parking! On trouvera sur la toile, bien utile pour ce genre de choses, comment ce lieu fut finalement sauvé. Et protégé par une inscription aux Monuments historiques. Mais ce mépris manifesté, au-delà de leur mort, à des êtres souffrants dont la démence doit probablement beaucoup aux monstrueux délires des sociétés dans lesquelles ils auront vécu, en dit long sur la façon dont nous accueillons toujours ceux qui ont le malheur d'être différents de nous. De s'écarter des voies que nous avons tracées pour eux.


Le livre de Le Naour, centré sur les problèmes posés au cours de la première guerre mondiale par les soldats victimes au front d'affections neurologiques graves, convoque au fond la question des droits de l'individu face aux exigences de la société. Question que, bien entendu, un contexte de guerre ne peut trancher qu'en sacrifiant l'individu un peu plus qu'à l'ordinaire. Mais c'est parce qu'il pose cette question en envisageant la façon dont le corps médical, supposé être avant tout au service du malade, a réagi face aux chocs provoqués sur la personne des soldats par les horreurs de la guerre, que ce livre mérite d'être lu. On y verra comment, prisonnière de son idéologie, de ses certitudes, enfermée dans son narcissisme, ses préjugés de caste, une bonne partie du personnel médical de l'époque, indifférente à la folie propre de la guerre, ancrée dans l'illusion de la profonde santé mentale de la nation française, s'est persuadée que la plupart des affections contractées ne pouvaient provenir que de l'autosuggestion, voire de la plus hypocrite des simulations et a réinventé pour la plus grande gloire de notre civilisation, rien d'autre que la question, ce supplice qu'on croyait pourtant disparu avec les philosophes des Lumières. Allant, par exemple, sur la personne de pauvres bougres stupéfiés par ce qui leur est arrivé au combat, jusqu'à vouloir débusquer le démon de la lâcheté, de la couardise, à grands coups de décharges électriques.

vendredi 17 novembre 2017

SUR NOTRE INCAPACITÉ À NOUS SOULEVER CONTRE CE QUI EST DÉTESTABLE.

Pour des raisons que chacun comprendra et qui débordent largement le parallèle que je faisais entre les mutineries de 1917 et « le délire officiel » de Noël, au moment où d’aucuns se sentent malgré eux, enrôlés dans la défense d’un modèle social dont on voit de plus en plus clairement qu’il ne profite qu’à une minorité d’individus qui se sont, semble-t-il, donnés comme objectif d’exploiter le plus possible leurs semblables, pour ne pas parler des ressources communes de la terre, je crois bon de revenir sur le livre de l’historien André Loez, que j’ai présenté sur mon ancien blog en décembre 2013. Il offrira peut-être à chacun de quoi comprendre en partie les raisons actuelles de notre incapacité à nous soulever contre un état des choses que nous sommes, je pense, de plus en plus nombreux à trouver détestable.

Tout vrai lecteur le sait. À l'intérieur de soi, c'est tout un jeu de configurations et de reconfigurations qui se produit durant le temps de la lecture. Là s'échangent des temporalités. Des situations. Des préoccupations. Celles bien entendu de l'ouvrage et des récits qu'il met en œuvre. Celles aussi qui nous sont propres et qu'aucune lecture même la plus captivante n'est en mesure de suspendre totalement.

Il en résulte parfois des mises en relation surprenantes.

Lisant le très important livre d'André Loez sur les mutins de 1917, que nous ne saurions trop conseiller en prévision des commémorations tous azimuts à venir, tandis que nous subissions la terrible pression commerciale correspondant à ce que Baudelaire appelait déjà dans les Petits Poèmes en Prose, l'"explosion du nouvel an", quelque chose en nous, malgré l'évidente différence des matières, malgré le caractère paradoxal et même possiblement choquant de leur rapprochement, nous enjoignait à chercher ce que ces refus de la guerre étudiés de façon si attentive par l'historien, un peu dans la lignée des préconisations du Michel de Certeau de l'Invention du quotidien, s'efforçaient aussi de nous faire entendre sur notre propre attitude à l'égard de ce qu'il est possible de considérer aujourd'hui comme l'obligation sociale de fête.

jeudi 15 septembre 2016

AUTOUR DE LA GUERRE 14-18. DES RESSOURCES POUR LA CLASSE. UNE BELLE RÉUSSITE ENCORE DU LYCÉE BERTHELOT DE CALAIS.


Nous recevons aujourd’hui,  suite à la commande que nous a passée l’an dernier le lycée Berthelot de Calais, le petit livre que nous avons réalisé autour des paysages de la Grande Guerre. Conçue par Martine Resplandy, professeur de lettres et référente culturelle de l’établissement, l’opération qui a bénéficié de l’aide du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais et a obtenu le label de la Mission du Centenaire de la guerre 14-18, a conduit une 50 d’élèves de Calais sur les traces de quelques-uns des poètes et artistes du début du XXéme  jetés dans ce qu’on a pu appeler « l’enfer du front ».
  
Accompagnés par 3 écrivains qui se sont efforcés de les aider à mettre des mots sur cette expérience particulièrement difficile, ces élèves ont pu approcher de façon plus significative et profonde des lieux comme le Mémorial de Thiepval dans la Somme, le célèbre Chemin des Dames dans l’Aisne ou encore celui de la Main de Massiges dans la Marne par où passèrent, entre autres, le caporal Cendrars et le sous-lieutenant  Apollinaire. 

Nous donnons ci-dessous à découvrir le PDF de ce petit ouvrage qui témoigne de la qualité que peuvent atteindre les actions menées à l’intérieur d’un établissement scolaire dès lors qu’elles trouvent à s’appuyer sur de véritables compétences et sur des structures animées par une réelle ambition culturelle.

Ceux qui voudraient en savoir plus, voire s’approprier à leur tour de nouvelles ressources, pourront aussi télécharger les importants et très complets documents pédagogiques fournis aux élèves pour préparer leur voyage (cliquer pour cela sur les liens ci-dessous).






jeudi 12 mai 2016

MIEUX CONNAÎTRE LE PASSÉ POUR COMPRENDRE LE PRÉSENT. RENCONTRE AVEC CLÉMENTINE VIDAL-NAQUET.

Comme le remarque justement le grand historien Lucien Febvre que Clémentine Vidal-Naquet cite en exergue de son livre sur les correspondances de guerre, « prétendre reconstituer la vie affective d’une époque donnée, c’est une tâche à la fois extrêmement séduisante et affreusement difficile » que l’historien toutefois « n’a pas le droit de déserter ».

Mais pourquoi ? Pourquoi toujours aujourd’hui, cet échange de millions et de millions de lettres - on parle de plus d'un million par jour - par lequel les couples que formaient nos arrières grands-parents ont répondu à leur séparation massive, peut-il intéresser des jeunes gens qui dépendent de technologies tellement différentes pour communiquer un quotidien qui n'a apparemment rien à voir avec celui vécu, il y a tout juste un siècle, par leurs lointains ancêtres.

C’est à cette question que la jeune et talentueuse historienne Clémentine Vidal-Naquet est venue répondre, à l’invitation de la Médiathèque de Calais, face à une vingtaine d’étudiants de BTS du lycée Berthelot. Je ne reviendrai pas sur le contenu de la première partie de son intervention que le lecteur pourra s’il le désire retrouver dans la vidéo que nous avons mise en ligne. C. Vidal-Naquet y explique la façon, fort inattendue, dont elle a pris possession de son sujet, la méthode particulière qu’elle a suivie – toutes choses passionnantes pour comprendre un peu la façon dont les choses se font ou pas dans notre esprit. Elle insiste également sur la façon dont en dépit des différences sociales et des singularités individuelles ces innombrables correspondances brassent à peu près toutes, en fait, les mêmes lieux communs, tournant inlassablement autour des grands thèmes de l’organisation de la vie matérielle, de la santé, de la famille et aussi de l’amour. Pour ce qui est de ce dernier elle explique en quoi la menace constante de la guerre, liée à l’éloignement des conjoints a peu à peu libéré chez certains une parole au départ entravée par toutes sortes de conventions...

dimanche 24 janvier 2016

IMMENSITÉ DES PLUS HUMBLES MATIÈRES !

JARDIN DE MOUSSES KYOTO
De retour d’une rencontre avec des élèves d’une classe de premières du lycée Berthelot de Calais je voudrais leur dédier ce billet que j’ai consacré il y a deux ou trois ans déjà à l’ouvrage de Véronique Brindeau, Louanges des mousses.

Il y a un usage du monde qui permet chaque jour de l'inventer davantage. Les vrais livres, nés d'une connivence profonde avec les choses de la vie et capables d'exprimer avec une même profondeur, la jouissance, l'émotion mais aussi la sagesse que son auteur en a retirées, nous éclairent ainsi de fenêtres nouvelles. Diffusant leur lumière, avec plus ou moins d'éclat. Et de retentissement. Louange des mousses de Véronique Brindeau appartient à la catégorie des ouvrages discrets, modestes mais dont la découverte ouvre paradoxalement sur des horizons de pensée vastes. Sinon illimités. Ce qui n'est pas sans rappeler les propos de Witold Gombrowicz dans Cosmos, "J'ai dû, vous le comprenez, recourir toujours davantage à de tout petits plaisirs, presque invisibles. Vous n'avez pas idée combien, avec ces petits détails, on devient immense, c'est incroyable comme on grandit".


Nous ne disposons pour distinguer les quelques trois cents variétés de mousse que de trois mots !

dimanche 1 novembre 2015

PROPOSITIONS DE RENTREE


Prenant la suite du 

LES DÉCOUVREURS 2  

continuent d’accompagner les enseignants dans leur recherche d’actions originales, créatrices à la fois de sens et de valeurs, autour de la littérature vivante.




Prix des Découvreurs 2015-2016


Il s’ouvre largement à l’international avec les ouvrages, en édition bilingue, d’un poète chinois et d’une poète irlandaise. Signalons aussi celui d’une poète syrienne, Fadwa Souleimane qui réfugiée en France tente de mettre des mots sur l'expérience profonde qu'elle a du conflit qui ensanglante son pays depuis de nombreuses années.
Le Dossier comprenant d'importants extraits et de nombreuses illustrations peut être téléchargé directement en quelques minutes
Ils offrent de nombreuses possibilités d’exploitation dans les classes même pour celles qui ne participeraient pas à l’ensemble de l’opération.

Découvrir un poète contemporain :