Élargir le champ du visible, tel semble être le projet de cet ouvrage de la poétesse américaine Aracelis Girmay que les éditions lurlure viennent de me faire parvenir. Tirant son titre des plaines sombres de la Lune que les premiers astronomes, comme Galilée et Giovanni Riccioli, ont prises à tort pour des mers, black maria, nous informe la quatrième de couverture, explore les histoires de la diaspora africaine pour se constituer finalement en une sorte d’autobiographie collective et une célébration lucide de la vie. Je n’ai pas encore eu le temps de lire vraiment ce recueil qui constitue le tout premier volume d’une collection dédiée à la poésie étrangère contemporaine mais celui-ci déjà fait écho chez moi à ce beau texte déjà un peu ancien de mon amie Sylvie Kandé La Quête infinie de l’autre rive (Gallimard Continent noir) que je continue de fortement recommander. J’aime par ailleurs sans réserves qu’un livre s’adresse directement aux absents, interroge les limites de notre perception, se confronte à l’expérience fondamentale de la distance, ici apparemment distance entre les générations, distance entre les continents, distance produite par le racisme, distance entre ceux qui sont visibles et ceux qui ne le sont pas, sans renoncer au souci de la relation. Que la poésie ne se présente ici ni comme ornement, ni comme bavard recouvrement idéologique du monde mais devienne pour chacun instrument de connaissance, capable de rendre perceptible ce qui demeurait dans l'ombre, la part cosmique aussi présidant à chaque existence humaine, voilà qui mérite d’être défendu.
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