Je n'ai rien contre les textes
qui célèbrent l'été, les nuages ou la douceur des jours. Il m'arrive même d'en
lire avec plaisir. Mais plus le temps passe, plus je me demande si la poésie a
pour tâche d'enjoliver le monde ou de nous aider à l'habiter dans toute sa
complexité.
Cette interrogation rejoint
une autre question qui me retient souvent de publier : pourquoi ajouter un
texte de plus au grand flux des réseaux sociaux ? Une conversation récente avec
mon ami Martin, lecteur exigeant et quelque peu philosophe, m'a permis d'y voir
un peu plus clair, m’autorisant à redonner à lire (voir ) certains passages de Compris
dans le paysage, ce petit livre de 2010 dont j’aime à répéter qu’il m’aura
fait comprendre ce qu’est réellement écrire de la poésie. Je reprends ici les
grandes lignes de cette conversation.
Entre Martin et moi
— Tu devrais le publier.
— Quoi ?
— Ton extrait de Compris dans
le paysage.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il mérite des
lecteurs.
— Je ne suis pas sûr que ce soit
une raison. Aujourd'hui tout le monde publie. L'acte de publier est devenu
presque aussi spontané que celui de parler. On écrit quelques lignes, on les
poste, elles traversent quelques écrans, recueillent quelques réactions puis
disparaissent. Je ne vois pas pourquoi j'ajouterais ma propre trace à ce flot.
— Je crois que tu confonds deux
choses : la facilité de publier et la nécessité de ce qui est publié.
— Peut-être. Mais précisément :
qu'est-ce qui rendrait nécessaire la publication d'un poème ?
— C'est une étrange question pour
quelqu'un qui en écrit.
— Pas tant que cela. Je comprends
qu'on publie une information parce qu'elle informe, un essai parce qu'il
développe une idée, un témoignage parce qu'il documente une expérience. Mais un
poème ? Surtout sur Facebook ?
— Justement. Tu te souviens de ce
petit poème dont nous avons l’autre jour parlé. Le poème sur l'été que tu m’as
présenté comme l’exemple même de ce que tu appelles les poèmes photoshopés.
—
Oui. Celui avec le fard, les mèches et des
sources plein les poches?
— C’est ça.
— Je l'ai trouvé quand même sympathique.