Il est des ouvrages de poésie qu’on aimerait voir lus par ces jolis fabricants de vers qui recyclent à longueur de pages des images, des formes et des sentiments convenus. Peut-être y apprendraient-ils à se montrer un peu moins satisfaits d’eux-mêmes et se mettraient-ils à comprendre que le poème vraiment commence quand il cesse de rassurer.
De Précis d’indécision, paru en à l’Atelier La Feugraie jusqu’à l’État des ciels à l’approche de la mer, en passant par Le Temps que tombent les papillons, parus quant à eux chez Rehauts, Jean-Pierre Chevais aura introduit son lecteur dans un univers poétique fortement personnel où les relations pourtant étroites de l’être avec le monde, notamment à travers la parole, sont choses essentiellement mouvantes, prêtes toujours à nous désarçonner. Son dernier recueil Les Hauts-fonds, toujours chez Rehauts, me semble aller toujours plus loin dans cette direction.
Derrière cette image des hauts-fonds qui parlent de soulèvements, d’affleurements mais aussi de recouvrements, de relations en partie invisibles entre ces deux éléments de la terre et de l’eau, se découvre l’image d’un espace d’expression toujours imprévisible, pris entre le vouloir dire d’une parole habitée par son propre désir et sur elle le poids de toute la matérialité insistante et fluante des choses. Jean-Pierre Chevais avec ses papillons, ses ciels qui n’en finissent pas de varier, sa mer qui n’est que mouvements, refus définitif de s’enfermer dans ses propres limites, est justement de ces poètes que leur obstinée volonté d’expression n’aura jamais conduit à prétendre avoir prise arrêtée sur la forme des choses.










