Là où ce grand pin et ce blanc peuplier aiment à marier l’ombre hospitalière de leurs rameaux, et où cette source fuit et murmure en luttant contre son bord oblique,
Ordonne d’apporter les vins, les parfums, les fleurs éphémères des frais rosiers, tandis que ta richesse et ton âge, et les noirs fils des trois Sœurs le permettent encore.
Tu seras privé de ces bois achetés, de cette demeure, de cette villa que baigne le Tibre jaune ; tu en seras privé, et un héritier s’emparera de ces biens longtemps accrus.
Je relisais ce matin ce court texte d’Horace, passage d’une Ode adressée à un certain Q. Dellius, passage où se dit l’attachement des poètes latins du tout début de notre ère à ce qu’il est convenu d’appeler la Nature, qui serait plutôt la campagne ou même encore le jardin. Et je me disais qu’en fait ce qui s’exprimait surtout dans ces vers c’était la grande fragilité de nos destinées humaines, le caractère puissamment éphémère du lien que nous entretenons avec les choses qu’on aime, celles qui s’offrent tout gratuitement à notre vue, celles surtout que nous nous ingénions à aménager, pour, les possédant, en jouir à notre guise, de manière solitaire ou en les partageant avec notre famille et quelques rares amis. Notre besoin de paysage ne serait-il finalement que l’une des façons pour nous de ralentir pour l’embellir le temps. Et de nous éprouver vivant bien à l’écart du fracas et des tensions de la société humaine, dans le monde élargi des éléments présidant à l’existence autour de nous de l’univers.
Bon. Pas trop étonnant quand on s’appelle Leloup – je plaisante - de s’intéresser un peu plus que les autres aux arbres, aux bois, aux bergeries anciennes, à tout ce qui autour d’une vieille ferme familiale a de sauvage mais se voit habité de cette forme de présence humaine qui en dépit bien sûr des difficultés, aura appris à faire corps avec son lieu.









