Les éditions du Castor Astral viennent d’avoir la bonne idée de nous proposer la réédition d’Une histoire passera ici, un ouvrage d’Ariane Dreyfus autrefois publié dans la célèbre collection dirigée par Yves Di Manno chez Flammarion. Je me souviens d’autant mieux de cet ouvrage que c’est en en rendant compte en juillet 1999 dans la Quinzaine littéraire, avec laquelle j’entamais une collaboration qui allait durer jusqu’à sa disparition une grosse dizaine d’années plus tard, que j’allais progressivement me mettre à consacrer de plus en plus de temps à cette activité critique de présentation et de partage que je poursuis toujours aujourd'hui avec les Découvreurs.
Relisant cet article, à la lumière bien sûr de tous les livres d’Ariane que j’ai pu lire par la suite, de ma connaissance aussi devenue plus large de la poésie contemporaine et de ses principaux enjeux, je me dis que j’aurais sûrement dû davantage insister sur l’aspect chorégraphique de cet ouvrage où l’homme, la femme, le personnage, l’auteur, tour à tour comme en même temps, nous apparaissent au principe des différents moments de vie qui se voient évoqués, sur la manière aussi dont ce livre entreprend concrètement de faire éprouver l’intérieure musique des êtres, principalement à travers la nudité des gestes et des visages, le silencieux autant que sensuel mouvement qui les relie non seulement entre eux mais à ces diverses et muettes présences composant avec eux tout le vivant immense. Je me rends également compte que j’aurais pu quand même un peu préciser la nature de ces montages auxquels recourt l’art singulier d’Ariane, faits principalement de notations sensibles, d’images brèves, d’interrogations fulgurantes, de pensées traversantes qu’elle fait se succéder souvent de façon syncopée préférant toujours dans ses changements de plans ou de focales opérer par transition affective ressentie plutôt que par enchaînements logiques. Plus un livre est riche et profond, c’est vrai, plus il y a de risques d’en laisser bien des aspects dans l’ombre. Finalement ce n’est pas si grave s’il se trouve malgré tout des lecteurs qu’on aura quand même engagé à y aller de leur côté voir. Et s’en nourrir à leur façon.










