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Paysage d'Anselm Kiefer, Source : Wikimedia Commons Photos
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Je n'ai rien contre les textes qui célèbrent l'été, les nuages ou la douceur des jours. Il m'arrive même d'en lire avec plaisir. Mais plus le temps passe, plus je me demande si la poésie a pour tâche d'enjoliver le monde ou de nous aider à l'habiter dans toute sa complexité.
Cette interrogation rejoint une autre question qui me retient souvent de publier : pourquoi ajouter un texte de plus au grand flux des réseaux sociaux ? Une conversation récente avec mon ami Martin, lecteur exigeant et quelque peu philosophe, m'a permis d'y voir un peu plus clair, m’autorisant à redonner à lire (voir ) certains passages de Compris dans le paysage, ce petit livre de 2010 dont j’aime à répéter qu’il m’aura fait comprendre ce qu’est réellement écrire de la poésie. Je reprends ici les grandes lignes de cette conversation.
Entre Martin et moi
— Tu devrais le publier.
— Quoi ?
— Ton extrait de Compris dans le paysage.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il mérite des lecteurs.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une raison. Aujourd'hui tout le monde publie. L'acte de publier est devenu presque aussi spontané que celui de parler. On écrit quelques lignes, on les poste, elles traversent quelques écrans, recueillent quelques réactions puis disparaissent. Je ne vois pas pourquoi j'ajouterais ma propre trace à ce flot.
— Je crois que tu confonds deux choses : la facilité de publier et la nécessité de ce qui est publié.
— Peut-être. Mais précisément : qu'est-ce qui rendrait nécessaire la publication d'un poème ?
— C'est une étrange question pour quelqu'un qui en écrit.
— Pas tant que cela. Je comprends qu'on publie une information parce qu'elle informe, un essai parce qu'il développe une idée, un témoignage parce qu'il documente une expérience. Mais un poème ? Surtout sur Facebook ?
— Justement. Tu te souviens de ce petit poème dont nous avons l’autre jour parlé. Le poème sur l'été que tu m’as présenté comme l’exemple même de ce que tu appelles les poèmes photoshopés.
— Oui. Celui avec le fard, les mèches et des sources plein les poches?
— C’est ça.
— Je l'ai trouvé quand même sympathique.









