Médecin des princes, anatomiste et inventeur, Guido de Vigevano fut l'un des hommes les plus estimés de son temps. Aujourd'hui presque oublié, il rappelle que le progrès des idées, comme celui de la poésie, repose autant sur d'innombrables précurseurs effacés que sur les quelques grands noms sauvés par la mémoire collective.
Qui connaît encore aujourd'hui Guido de Vigevano ? Peu de monde sans doute. Pourtant, les puissants de son époque connaissaient bien son nom. Médecin de l'empereur Henri VII, puis de la reine de France Jeanne de Bourgogne, diplomate autant qu'anatomiste et ingénieur, il comptait parmi ces hommes de grand savoir dont les conseils étaient recherchés dans les plus hautes sphères du pouvoir.
De cette renommée, ne reste presque rien.
Je l'imagine penché sur son pupitre, dans la lumière un peu confuse d'un atelier. Son traité se couvre de croquis : ici un squelette aux os minutieusement détaillés, là un appareil digestif ouvert comme pour révéler les secrets du corps humain ; plus loin encore apparaissent des chars protégés par un blindage, des engins de siège et même un étonnant véhicule dont les roues seraient mises en mouvement par la force du vent transmise au moyen d'un moulin. Rien encore de la maîtrise éclatante ni de la puissance visionnaire que l'on associera plus tard à la Renaissance. Les dessins demeurent parfois maladroits, les mécanismes souvent hypothétiques. Pourtant, en les regardant aujourd'hui, on a le sentiment d'assister à quelque chose de rare : l'avenir en train d’élaborer ses tout premiers croquis.
Guido ne sait rien de ceux qui viendront après lui. Il ne sait rien de Léonard de Vinci. Il travaille simplement avec les moyens de son temps, ajoutant une pierre à un édifice dont il n'apercevra jamais l'achèvement. Ses dessins ressemblent à des rêves encore incertains, à des intuitions cherchant peu à peu leur langage.






