Il est des romans qui ouvrent des mondes. Déploient avec ampleur des thèmes multiples, invitant le lecteur à s’y perdre pour mieux se retrouver. Leur richesse, leur densité, leur capacité à laisser affleurer de nombreuses interprétations en font le terrain d’élection des lecteurs exigeants, avides d’élargir leur regard sur le réel. À l’autre extrémité, prolifèrent de petits récits plus rapides, insipides, qui recyclant sans scrupule des ressorts éprouvés, donnent parfois l’impression d’une littérature produite à la chaîne, soucieuse moins d’interroger que d’occuper l’espace. Et faire semblant d’exister.
Le premier roman d’Ursula Lenseele, Gravir la mer, ne s’inscrit dans aucune de ces catégories. Et c’est peut-être là sa singularité. Sans prétendre aux vertiges des grandes fresques, il échappe pourtant à la fadeur des récits interchangeables. Tout commence par un titre — beau, intrigant — qui agit comme une promesse. Car il faut bien, pour ouvrir ce livre, accepter d’entrer dans un paradoxe : comment gravir ce qui n’a ni prise ni sommet ?
Le récit, d’une structure relativement simple et porté par une écriture claire, directe, sans affèterie, se laisse lire avec une aisance qui n’exclut ni l’émotion ni la réflexion. Deux figures féminines, séparées par le temps mais réunies par un même espace, celui d’une mer maintenant montée jusqu’aux terres, s’y répondent. Elles contemplent ce qui fut autrefois la côte, désormais engloutie, comme on scrute un passé devenu inaccessible.










