Nous sommes accablés d’images. D’images transitives par quoi le monde nous est donné à voir dans une fausse et illusoire transparence. Destructions, guerres, attentats, accidents, catastrophes, notre cerveau de plus en plus est saturé d’images qui finissent par ne plus trouver en nous de résonance. Si ce n’est d’engendrer cette diffuse et paralysante angoisse nous persuadant peu à peu que nous avançons inexorablement vers notre fin.
C’est pourquoi aux images disons mimétiques, purement spectaculaires du monde, il est toujours bon de préférer les images secondes, réflexives, vibrantes que leur évidente matérialité de toile, d’encre, de pigments, de papier… , nous oblige à interpréter non plus comme la flagrance même du monde, mais un acte sensible de pensée figurante qu’il nous appartient, touchés singulièrement que nous serons en profondeur par leur possible puissance, de reconstruire dans le commun cette fois disputable d’une parole.
Considérant aujourd’hui le magnifique dessin réhaussé à la craie rouge du peintre du cinquecento Daniele da Volterra, représentant une simple femme courbée, apparemment en pleurs et exprimant à mes yeux d’aujourd’hui toute la douleur du monde, je ne sais si je dois parler à son propos de litote ou d’euphémisme. Affirmer qu’il dit le moins pour faire entendre le plus ne me semble pas, à propos de ce dessin, plus approprié que de penser qu’il pourrait simplement évoquer ce qui accable depuis toujours notre souffrante humanité en évitant de mettre sous nos yeux ce qui risquerait de nous paraître insupportable.









