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vendredi 30 décembre 2016

JACQUES LÈBRE. L’IMMENSITÉ DU CIEL.


RUISDAEL VUE DE HARLEM  Détail MAURITSHUIS
 « 
père, même pas dans la terre / (il a neigé à gros flocons pendant la crémation) / réduit, désormais, / à l’immensité du ciel. »

Que devient l’être lorsque la vie le quitte et que ce qui l’animait se voit arracher à son enveloppe charnelle ? Qu’y a t’il d’être toujours, autour de nous ? Et quelles limites d’espace, de temps, la conscience peut-être, la parole, le geste, et la mémoire encore, peuvent-ils nous aider – même un peu - à franchir ?

Organisé autour de la disparition de son père, Lucien, (1926-2008), le dernier livre de Jacques Lèbre, demeure tout entier habité par cette forme supérieure et inquiète de sensibilité qui fait d’un certain nombre de moments vécus, le frémissant lieu de passage et l’éphémère réceptacle de tout ce qui, dans la vie et par le monde nous déborde. Éprouve notre vulnérabilité. Réactive le sentiment de l’essentielle porosité de notre être intérieur.

mercredi 6 juillet 2016

À LIRE CHEZ POTENTILLE : DE NOUVELLES « PICTURAE LOQUENTES » D’HENRI DROGUET.

CHRONIQUE DE NUREMBERG, 1492
Palimpsestes et rigodons, du poète Henri Droguet, vient d’être publié aux éditions Potentille. Le lecteur, que ne séduisent pas trop les fadasseries plus ou moins habiles que nous servent les petites mains intéressées de la mode, se délecteront, je pense, de cette occasion de voir rouvert ici le grand opéra de langues par lequel Henri Droguet met en scène, à sa manière, toute charnelle et de matières, le puissant dynamisme cosmique au sein duquel sont engagées nos interloques et ô combien fragiles humanités.

On y appréciera comme, sans les grands épanchements lyriques dont il s’est tôt délivré, ce poète parvient à donner à entendre la note sourdement existentielle d’une conscience qui, aléatoirement retournée sur elle-même, se découvre simplement assurée de sa seule réalité multiple, jubilatoire et passagère. Dans un souci évident non de représentation réaliste du monde mais de compositions et recompositions incessantes de substances verbales – chaque poème pouvant passer pour le palimpseste du suivant – l’ouvrage célèbre effectivement de la façon la plus vive cette danse à deux temps, cet effréné rigodon toujours à relancer, que nous exécutons – macabres - avec la vie. La vie prise. Reprise. Et toujours à réinventer.

 À moins que par la grâce d’une formule, d’une illusion, d’un moment brusquement arrêté, ne naisse l’impression d’avoir mis dans le mille – rigodon ! -  même s’il n’existe pas de cible. Que des signes d’exister.


À cette occasion, et pour aller plus loin dans le commentaire, je pense intéressant – l’oeuvre d’Henri Droguet reposant sur des choix d’écriture, dans l’ensemble assez stables – de redonner l’article que j’ai consacré il y a une dizaine d’années dans la Quinzaine Littéraire, à son ouvrage Avis de passage, paru chez Gallimard.

PROTOCOLES CHARIVARESQUES

« Voilà[…]ça flaire/ça fouit ça fouine/ça graillonne/ça enfourne estropie/défonce ça/choute et chagne/ça machine/ça exproprie/c’est imminent.// ÇA ?QUOI ? »

Cet extrait du poème intitulé L’ENTREVU qu’on trouvera dans AVIS DE PASSAGE qui succède à  48°39’N-2°01’W, titre indiquant les coordonnées géographiques de la ville de Saint-Malo où réside, entre pluies, vents et mer, sous l’incessante battue des éléments, le poète Henri Droguet, nous permettra peut-être de mieux saisir le cadre de l’acharné travail de langue et de célébration malgré tout, que ce dernier mène en littérature depuis de nombreux livres. Placé sous le signe de la peinture, par une double épigraphe, empruntée à Pierre Soulages et à Nicolas de Staël, Avis de passage est bien d’abord un livre qui donne à voir, une pictura loquens, comme en témoigne l’abondance des titres à vocation picturale, sinon cinématographique ou théâtrale qu’il donne à ses poèmes: « Grisaille, Petit tableau parisien, Panorama, Scénographie, Petit format, Trompe-l’œil, Extérieur nuit, Polyptique, Encre, Marine… ». Plus encore, ce livre grouille de matières, de formes, d’espaces assemblés que viennent animer de vigoureuses métaphores, par quoi s’acquiert tout un effet de profondeur, de mouvement surtout, qui ne sont effectivement pas sans rappeler le geste de l’artiste sur sa toile. Anch' io son' pittore semble nous dire Henri Droguet qui face à l’ombre désespérante conçoit ici « des protocoles / pour mettre savamment  / l’invisible en couleurs / rouge hérissé  vert pointu  bleu tempête »

jeudi 23 juin 2016

UNE PENSÉE DE TOUT LE CORPS.


KANDINSKY Accord réciproque, 1942
Dans le prolongement de notre précédent billet sur le beau livre de Christiane Veschambre, Basse langue, nous redonnons ces quelques réflexions susceptibles de faire peut-être un peu mieux comprendre la spécificité d’un certain langage poétique irréductible à la simple communication conceptuelle.

Il y a dans un musée de Londres « la valeur d'un homme » : une longue boîte-cercueil, avec de nombreux casiers, où sont de l'amidon — du phosphore — de la farine — des bouteilles d'eau, d'alcool — et de grands morceaux de gélatine fabriquée. Je suis un homme semblable écrit dans une lettre de 1867 le poète Stéphane Mallarmé à Eugène Lefébure, son ancien condisciple du lycée de Sens, après avoir remarqué qu'a contrario, pour être bien l’homme, la nature se pensant, il faut penser de tout son corps, ce qui donne une pensée pleine et à l’unisson comme ces cordes de violon vibrant immédiatement avec sa boite de bois creux.

Oui. C'est peut-être cela - comme le remarque bien ici Mallarmé - qui œuvre finalement au cœur de l'écriture ou de la parole poétique. Une pensée de tout le corps. Pas seulement de la tête ou du cerveau. Des cases et des casiers qui décomposent. Mais une mise en vibration pleine et à l'unisson de toutes les cordes de l'être dans la caisse profonde, résonante et unifiée du monde. Déjà, comme l'écrivait Baudelaire, à un certain niveau de perception des choses, les parfums les couleurs et les sons se répondent dans une sorte de synesthésie permettant toutes sortes de correspondances. 
Mais il importe de reconnaître que chacune de ces sensations s'inscrit pour commencer dans une dimension plus large et sans doute aussi plus confuse moins aisément représentable du sensible qui est celle de l'intensité mais aussi du mouvement, du rythme. Affectant le corps-esprit bien avant que n'interviennent pour la conscience les classiques différenciations que lui imposent l'inévitable taxinomie sensorielle ainsi que les élaborations conceptuelles produites par la culture. Un peu comme, ainsi que le rapporte un intéressant article de Claire Petitmengin, ce qui se passe chez l'enfant qui n'expérimente pas un monde d'images, de sons et de sensations tactiles mais un monde de formes, de mouvements, d'intensités et de rythmes, c'est-à-dire de qualités transmodales transposables d'une modalité à l'autre qui lui permettent d'expérimenter un monde perceptuellement unifié (où le monde vu est le même que le monde entendu ou senti ) ce qui permet la résonance, l'accord entre deux univers, base de l'intersubjectivité affective.

Ce qui signifie de manière un peu réductrice peut-être que le poème parle, touche, émeut, s'éprouve en tout premier lieu par sa dimension profondément musicale, unifiée, non comme succession clairement identifiable de sonorités porteuses ou non de sens mais comme variation continue d'intensités, modulation colorée de rythmes intérieurs, la capacité qu'il possède de commencer là où la plupart des autres écrits jamais n'atteignent: dans l'espace infra-sensoriel, vibrant, spirituel, de l'expérience non encore intellectualisée et séparée. Qui fut celui des origines. Et que nous retrouvons dans chaque moment d'ouverture ou de co-naissance au monde, arraché à l'ensemble construit des représentations différenciées qui normalisent.

mardi 31 mai 2016

POUR UN ÉLARGISSEMENT D’ÊTRE. DOSSIER DU PRIX DES DÉCOUVREURS 2016-2017.

Cliquer dans l'image pour ouvrir le dossier
Les extraits que nous proposons avec cette vingtième sélection du Prix des Découvreurs visent d’abord à donner une image significative des livres mis en compétition. 

À travers eux se lira sans difficulté la conception ouverte que nous avons de la poésie et tout ce qu’elle peut aujourd’hui présenter de différent, de nouveau, de singulier par rapport aux conceptions malheureusement trop étroites dans lesquelles on l’enferme traditionnellement.

Apparaîtra aussi, du moins nous l’espérons, outre la grande diversité rendue aujourd’hui possible des écritures, la capacité que possède la poésie actuelle d’interroger le monde sous tous les aspects que nous lui connaissons. Du plus intime au plus collectif. Du plus lointain au plus proche.

Bien entendu, la poésie reste un art du langage. À ce titre, on ne peut la réduire, comme un simple article de journal, à ses significations. Il importera donc toujours de rester attentif à ce qu’on appelait autrefois « la manière », c’est-à-dire ici les choix particuliers d’écriture, plus ou moins singuliers, plus ou moins manifestes, par lesquels chaque auteur se donne en principe, sa voix propre. Proposant du même coup au lecteur d’inventer sa lecture elle aussi singulière.

Nous avons bien conscience encore qu’il n’est pas toujours facile d’entrer dans des formes d’écriture auxquelles on n’est pas préparé. C’est pour cela que plutôt que d’un appareil critique aux explications forcément réductrices nous accompagnons ces extraits d’un certain nombre d’illustrations dont l’objectif n’est pas seulement de rendre ce dossier visuellement attractif. Sans en être le commentaire ou l’illustration l’image peut ici établir une sorte de dialogue avec le texte, soit en en favorisant l’entrée, soit en lui offrant un prolongement possible.

Nous aurons le sentiment d’avoir réussi notre pari si, partant des extraits, chacun éprouvait la curiosité de prolonger sa lecture en allant découvrir les livres en leur totalité. Et y trouvait aussi, pourquoi pas, pour lui, des possibilités inédites d’écriture.

Lire / écrire, à la condition d’accepter de sortir de ses circuits d’habitude, sont une seule et même activité. D’elle nous tirons, c’est une certitude, le plus sûr élargissement d’être. La promesse d’une existence adulte. 

vendredi 11 mars 2016

CENDRARS ENCORE ET ENCORE ! UNE ÉTUDE DE LA PROSE DU TRANSSIBÉRIEN PAR COLETTE CAMELIN.

CENDRARS RUSSIE
KANDINSKY, LA VIE MÉLANGÉE, 1907
À la demande des Découvreurs Colette Camelin a accepté de livrer le texte d’une étude consacrée à la Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, publiée en 1913 par Blaise Cendrars et Sonia Delaunay. Occasion pour nous de revenir dans ce blog sur celui qui se disait « un fort mauvais poète ».

Cette étude qui a vocation à éclairer le lecteur « bénévole » sur les multiples aspects de ce texte en bien des points fondateur de la modernité poétique a été complétée par nos soins de diverses références à la peinture de l’époque ainsi que d’images provenant de diverses publications qui permettront aussi de réfléchir sur la guerre russo-japonaise qui tient une place si importante dans la thématique complexe de ce poème initiatique.