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samedi 16 juin 2018

DITES MERCI AUX POÈTES PRÉTENDUMENT ILLISIBLES !



Oui « bien fou du cerveau » comme dirait La Fontaine qui prétendrait en quelques lignes, sinon quelques mots,  porter sur le véritable foisonnement des poésies actuelles en France, un jugement complet, impartial ou définitif. Nous sommes un certain nombre à lire sans esprit de chapelle, avec un appétit véritable, dans un esprit d’accueil et de découvertes, quantité d’ouvrages. Dont pour certains nous faisons l’effort tout aussi véritable, de rendre compte. Sans nous contenter de quelques mots hâtifs ou mensongers. Et pourtant qui d’entre nous peut se targuer de tout connaître. Partant de tout pouvoir juger. Personnellement je suis persuadé que si la poésie, les poésies d’aujourd’hui, ont quelque chose à apporter c’est précisément par l’exemple qu’elles donnent de ces multiples singularités qui chacune semble s’être autorisée à advenir comme Sujet, Sujet à part entière à l’intérieur d’une langue qui par ses multiples emplois, tend à l’inverse, de plus en plus, à travers ce qu’on appelle la communication, à nous assujettir aux discours intéressés de l’autre. Cette « fabrique » du Sujet, chacun en poésie la tente à sa manière. Plus ou moins juste. Plus ou moins aboutie. Dans son arbre généalogique. Je veux dire à partir de ce que les hasards de la vie et de ses propres lectures ainsi que les conditions générales de sa propre sensibilité, lui permettent d’atteindre. Il en résulte, considérablement accentué par l’explosion de toutes les libertés que la poésie depuis plus d’un siècle s’est attachée à conquérir, au point de ne pouvoir plus être formellement définie par personne, des œuvres ou du moins des ouvrages voire des prestations, d’une diversité, d’une hétérogénéité telle qu’il ne s’en vit jamais auparavant dans l’histoire. Et toutes loin de là ne sont pas illisibles. Et toutes ne sont pas le fait de vieux poètes rancis. Et toutes ne sont pas nombrilistes. Et toutes ne cherchent pas non plus la vaine gloire de se faire entendre en ouverture du Journal de TF1. Où elles retomberaient, je pense, nécessairement sous l’empire de ce qu’elles avaient au départ pour vocation de fuir.


lundi 11 décembre 2017

LA GUERRE REND-ELLE FOU ? LES SOLDATS DE LA HONTE DE JEAN-YVES LE NAOURS.



C'est un des multiples avantages des rencontres que nous organisons que de relancer à chaque fois notre curiosité. Pour les livres. Certes. Mais aussi au gré des conversations, des échanges, pour des lieux. Des époques. Des personnes. Des évènements. Des problèmes...


Une de nos rencontres avec Gisèle Bienne, autour de la Ferme de Navarin, a ainsi été l'occasion de nous souvenir avec elle de bien des lectures que nous avons faites autour de la première guerre mondiale - nous en ferons peut-être un jour la liste - mais aussi de nous décider à nous intéresser de plus près à cette question des "mutilés mentaux" qu'un ancien article relatif au Cimetière des fous de Cadillac (Gironde) nous avait fait, en son temps, découvrir.


dimanche 19 novembre 2017

POUVOIRS DE LA FICTION. À PROPOS DE LA MAISON ÉTERNELLE DE YURI SLEZKINE.

Il est des rêves collectifs dont nous avons malheureusement appris à trop bien nous réveiller. Ainsi de celui que nourrit au siècle dernier sur le territoire de l’ancienne Russie toute une génération d’intraitables révolutionnaires qui tenta d’y installer pour l’éternité une société sans classe et sans exploitation par la mise en place d’un régime qui ne se maintint finalement pas plus que le temps d’une courte vie humaine.

Sûrement que ce dernier dont on sait les souffrances et les atrocités dont il fut responsable ne doit pas être regretté. Mais confronté aujourd’hui à l’affirmation tellement écoeurante des inégalités que les sociétés dîtes libérales ont laissé s’établir quand elles ne les promeuvent pas, entre les fameux premiers de cordée qui ne tirent à eux que les bénéfices du travail des êtres qu’ils exploitent et la masse immense de ceux qui, de multiples façons, voient leur vie ou une partie de leur vie, sacrifiée à ce système, pour ne rien dire au passage de ce qu’il en coûte pour la survie de la planète, oui, confronté à cela, on comprendrait qu’on en vienne à regretter ces visions d’avenir radieux et que sous l’apparente résignation des comportements et malgré les efforts d’endormissement des pouvoirs de tous ordres, germent à nouveau, dans nos coins de cerveau toujours disponibles, des projets de « révolution », mûrissent dans nos cœurs des désirs de révolte, s’expriment un peu partout des impatiences et des colères qui pourraient tout emporter demain.
C’est donc avec des préventions moindres à l’égard de la tentation révolutionnaire et de ses effrayantes radicalités que je me suis lancé ces derniers jours dans la lecture du monumental ouvrage composé par l’historien américain Yuri Slezkine qui sous couvert de nous raconter un peu à la manière de la Vie mode d’emploi de Perec, l’histoire des premiers habitants de la fameuse Maison du Gouvernement construite à la fin des années 20, face au Kremlin,  pour abriter quelques centaines de privilégiés du régime, tente d’analyser les ressorts fondamentaux de la psyché bolchevique.

« Toute ressemblance avec des personnages de fiction, vivants ou morts, serait pure coïncidence »


vendredi 28 avril 2017

TOUS LES CLAVIERS SONT LÉGITIMES ! MACHINE ARRIÈRE DE SAMANTHA BARENDSON.

 Photographie réalisée par l'artiste américaine Sally Mann
Percevoir et déguster les différences, entretenir nos capacités de réaction vive et curieuse face à l’heureuse diversité aujourd’hui menacée du monde, de Montaigne voyageur à Victor Segalen, l’exote, les grandes figures ne manquent pas qui m’encouragent à ne pas rester prisonnier, comme disait aussi Francis Ponge, de ma rainure humaine. Et rien ne me déplaît tant que de voir comme à l’intérieur du petit milieu poétique qui de cette façon ne sera jamais grand, à quel point le triste esprit de chapelle fait que beaucoup s’appliquent – dans les limites d’invention bien sûr hors desquelles il n’y aurait point d’art – à dupliquer le même et s’entendent à mépriser ce qui ne ressemble pas.

Il y a loin entre le livre d’Alexander Dickow que j’ai présenté il y a quelques jours et celui de Samantha Barendson dont je compte parler aujourd’hui. Et ce qui me retient dans cette Machine arrière que Samantha Barendson vient de publier à la Passe du vent, n’est pas du ressort de l’inventivité formelle ou de la profondeur de champ. De cette espèce de conjuration élargie d’intelligence qu’on trouve à l’oeuvre dans la Rhapsodie curieuse du poète franco-américain. Non, le mérite de la suite de poèmes simples et courts qui compose Machine arrière tient justement à son immédiateté. Son évidence qui fait qu’on ne s’interroge pas sur le fond, les arrière -fonds, la préparation, les complications, les superpositions que seraient supposée présenter chacune des lignes de ces textes mais qu’on peut étaler ces derniers devant soi, avec tout le plaisir et la curiosité qu’on tire d’un jeu de photographies où se lirait l’histoire bien séquencée et pas trop difficile à reconnaître, d’une vie.

vendredi 10 mars 2017

MAIS CE DÉSIR JAMAIS REPU DE S’INVENTER POUR VIVRE... GÉRARD CARTIER. LES MÉTAMORPHOSES

Cliquer dans l'image pour lire des extraits

Gérard Cartier qui conclut son recueil par une « table » replaçant chacun de ses textes à l’intérieur d’un grand dîner aux services gourmands, appréciera sûrement que j’entame cet hommage en révélant que ses poèmes, tout comme ceux d’un poète comme Etienne Faure, dont je le sens personnellement proche, sont à chaque fois pour moi l’occasion d’une lente et attentive dégustation qui presqu’à chaque mot, chaque mouvement de pensée – mais de pensée sensible –  fait que je me sens parcouru de tout un tremblement d’ondes, qu’elles s’étendent sur toutes les surfaces de signification qu’enferme aujourd’hui mon dictionnaire intérieur, ou viennent émouvoir les multiples souvenirs d’une vie passée à lire, écrire et surtout habiter et apprendre à aimer le monde.

On sait qu’une telle poésie, intelligente, cultivée, nuancée et sensible n’est plus trop pour plaire à nos contemporains. Qui se fatiguent vite à suivre ces manœuvres de formes naviguant entre l’intelligible clarté de l’idée rassurante et la réalité toujours un peu fuyante du sentiment qui en constitue le tissu profond et tout baigné d’humeurs. Qu’importe. Nous n’écrivons pas pour les analphabètes. Qui au passage ne sont pas toujours ceux qu’on pense. Et peuvent être parfois, plus que nous, cuirassés de diplômes.

Les Métamorphoses de Gérard Cartier ne sont pas de ces livres que nourrit une réalité bien précise. Qu’ils s’acharnent à épuiser. À circonscrire. C’est au contraire un livre d’expérience par lequel l’auteur se livrant au langage, à l’aventure de la parole, cherche en quelque sorte à illimiter ses possibles, libérer ce qui peut toujours et encore en lui et par lui se dire. La hantise d’être vivant. Et de se réjouir de voir. Savoir. Approcher et toucher.  Écouter et entendre. Goûter à. Tout ce qui, bien entendu, se trouve à portée, ou pas, dans le monde.

Le titre des principales parties du livre fournit en quelque sorte le programme de cette jouissive et dévorante entreprise : Épouser le monde (partie 1), Faire de soi sa discipline (partie 2), Cultiver ses vices (partie 3), Donner sens au chaos (partie 4), Hasarder tous les sentiments (partie 5), Multiplier les formes (Partie 6). 

Des verbes donc. Des verbes. Et des résolutions. Car il y a urgence encore à vivre. Surtout pour « qui passe / Sur un pied la frontière de l’âge et vacille / De son lourd vin d’aînesse ». Et se découvre «  si tardif à célébrer le monde et courir après le temps ».

Peut-être qu’on l’aura compris sans que j’en dise maintenant davantage. Le livre de Gérard Cartier est de ces livres éternellement jeunes que seuls écrivent ceux qui en arrivent au point d’avoir à compter sur leurs doigts les belles et courtes années qu’il leur reste à bien vivre.

Sans crainte d’avoir à quitter bientôt – c’est notre lot -  la salle du banquet dont ils auront sur le papier su recueillir les restes : Bénie la table et les longs amis....