vendredi 28 septembre 2018

HONNEUR À CHARLOTTE DELBO ! UN ARTICLE DE CÉCILE VIBAREL.


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Je suis heureux de publier sur ce blog le bel article que Cécile Vibarel m’a envoyé sur la magnifique figure de Charlotte Delbo.



Comme l’écrivait, en 2013, dans le Monde, le célèbre écrivain et journaliste  Jean Hatzfeld, c’est bien « une trilogie d'une beauté littéraire à couper le souffle » qu’au début des années 70, les Editions de Minuit publiaient, sous le titre d’"Auschwitz et après". L'auteur, Charlotte Delbo, ne faisait pas qu’y témoigner de toute l’horreur des camps où, communiste résistante, arrêtée en 1943, elle fut déportée. Elle y faisait preuve d’un formidable talent d’écrivain. D’une telle capacité à comprendre et à répondre aux si complexes enjeux humains et mémoriels que pose l’élaboration d’une parole de vérité sur ces réalités qui excèdent le champ de compréhension de l’intelligence et de la sensibilité ordinaires que l’on ne peut que s’étonner et même s’indigner de la voir toujours aussi mal reconnue.



Car en de telles matières, c’est peu de dire que le savoir abstrait, technique, intellectuel ne suffit pas et comme le dit cette autre grande figure féminine de la déportation, l’historienne Germaine Tillon, à propos de Ravensbrück  : « Combien y-a-t-il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues – les spécialistes de l’homme – qui lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate ».



Ainsi face à ceux qui rechignent à associer l’idée de style ou de littérature à son travail sur les camps, le rabattant régulièrement au plan du témoignage, Charlotte Delbo n’aura de cesse de proclamer non seulement son droit à en faire, comme elle l’entend, usage, mais sa nécessité ! « Il serait interdit d’avoir un style d’écrivain, d’écrire dans une forme poétique à propos d’Auschwitz » répond-elle à un journaliste de Combat qui l’interroge, « mais seule cette forme, seul ce style permettent de communiquer ce que j’avais à communiquer, de faire voir ce que je voulais faire voir ».



Oui. Charlotte Delbo a un style. Un style qui au contraire de beaucoup d’autres qui encombrent aujourd’hui les étals, n’a jamais été conduit par le besoin de se faire valoir, compatissant mais de loin et pour la galerie, aux tristes malheurs du monde, Oui, Charlotte Delbo a un style. Un style qui au contraire de beaucoup d’autres qui encombrent aujourd’hui les étals, compatissant, mais de loin et pour la galerie, aux tristes malheurs du monde, n’a jamais été conduit par le besoin de se faire valoir. Et ses lecteurs, je veux croire, y sentiront à chaque page,  comme le montrera par ailleurs le billet que nous lui avons il y a quelque temps déjà,consacré, à quel point ses livres sont faits de douleur et d’amour, réellement partagés.




Merci donc à Cécile Vibarel de donner ici l’occasion à nos lecteurs de découvrir ou de se remémorer un des auteurs qui nous sont chers et auquel nous souhaitons de tout notre cœur que les établissements scolaires fassent un bien plus large accueil.