mardi 27 janvier 2026

COLLECTION DÉCOUVREURS : UN POÈME DE DENISE LE DANTEC TIRÉ DE COMMENT ENTRE LA LUMIÈRE CHEZ UNICITÉ.


On aimerait tous les jours pouvoir partager ici un texte de Denise Le Dantec tant comme l’indique le titre de son récent ouvrage paru chez unicité, son travail fait entrer en nous de lumière. Celle justement dont elle s’attache dans ce poème à nous indiquer les sources : lecture des grands éveilleurs de notre humanité, sans restriction ni d’espace, ni de temps et bien entendu de genre, attention à l’actualité, conscience de nos fragilités propres et des enjeux dramatiques du temps, sentiment aigu de notre appartenance cosmique et de notre capacité à transfigurer chacune des présences ordinaires pouvant illuminer notre quotidien… Oui avec Denise le Dantec, la poésie, certes ne sauvera pas le monde mais est bien de ces choses qui par l’énergie qu’elles nous communiquent, l’incessant appel qu’elles nous lancent d’ouvrir toujours davantage et notre intelligence et notre sensibilité, font digues à l’ensemble aujourd’hui des puissances obscures qui s’appliquent, comme on le voit mieux chaque jour, à nous déshumaniser.

 EXTRAIT : 

 Tu lis et tu relis Spinoza - et souvent Lucrèce 
Tu penses la poésie comme un pharmacôn : un remède et un poison 
Tu te méfies du « nous » quand bien même tu dis avec Isidore Lucien Ducasse : « La poésie doit être faite par tous. Non par un » 
Tu comprends la « mélancolie de Gauche » 
Tu ne perds pas de vue # KiiyiyaVuranInsanlik, 
« l’humanité échouée » : Aylan Kurdi, 3 ans, plage de Bodrum, Turquie, Marie et Fati Dosso, 6 ans et 30 ans, enlacées sur le sable, Fax, Tunisie 
Tu dis : « Nos fantômes sont les vôtres » 
Tu mets à la mer un des sept « tombeaux de la dignité » soufflés par la Tunisienne Sadika Keskes 
Tu regardes Green Border 
Tu penses que chacun de nous a une liste de morts à dresser 
Tu sais que savoir ne fait pas nécessairement agir 
Tu mesures le risque de ta propre incarnation 
Tu constates que le concept de progrès est fondé sur l’idée de la catastrophe 
Tu comprends que « la ruine est au commencement»
Tu dis « montage, mon beau souci » 
Tu penses que la poésie ne changera pas le monde, mais qu’elle le rendra plus habitable 
Tu sais que « l’espoir n’est espoir que lorsqu’il n’est plus permis»
Tu songes à la « survivance des lucioles » 
Tu lis dans le Calendrier de prison de Rosa Luxemburg : « 18 avril (1918) : Aujourd’hui à 11 heures 30 j’ai entendu le premier loriot » 
Tu songes à l’insomnie de l’univers, et aussi à la rotation de la Voie lactée 
— L’énergie nucléaire jaillit des conduites d’eau 
— Les tilleuls sont ouverts comme des étoiles 
— Le verre d’eau brille comme un diamant 
Tu lis L ‘Éternité par les astres écrit par Auguste Blanqui dans le fort du Taureau 
II t’arrive de te promener dans le Jardin des Tarots ou de lire Le Livre des champignons ou d’accompagner le Ger Abraham sous le térébinthe de Moré ou de parler perse au milieu des pavots jaunes de la nuit

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