vendredi 2 novembre 2018

AUJOURD'HUI CENDRARS : HOMMAGE À APOLLINAIRE ET À TOUS LES "ÉTRANGERS" !



Hommage à Guillaume Apollinaire


Le pain lève


La France

Paris

Toute une génération

Je m'adresse aux poètes qui étaient présents

Amis

Apollinaire n'est pas mort

Vous avez suivi un corbillard vide

Apollinaire est un mage

C'est lui qui souriait dans la soie des drapeaux aux fenêtres

Il s'amusait à vous jeter des fleurs et des couronnes

Tandis que vous passiez derrière son corbillard

Puis il a acheté une petite cocarde tricolore

Je l'ai vu le soir même manifester sur les boulevards

Il était à cheval sur le moteur d'un camion américain et

brandissait un énorme drapeau international déployé

comme un avion

VIVE LA FRANCE !

Les temps passent

Les années s'écoulent comme des nuages

Les soldats sont rentrés chez eux

A la maison

Dans leur pays

Et voilà que se lève une nouvelle génération

Le rêve des MAMELLES se réalise !

Des petits Français, moitié anglais, moitié nègre, moitié

russe, un peu belge, italien, annamite, tchèque

L'un à l'accent canadien, l'autre les yeux hindous

Dents face os jointures galbe démarche sourire

Ils ont tous quelque chose d'étranger et sont pourtant bien

de chez nous

Au milieu d'eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil,

le père des eaux, étendu avec des gosses qui lui coulent de

partout

Entre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe

Ils ressemblent à leur père et se départent de lui

Et ils parlent tous la langue d'Apollinaire

Paris, novembre 1918

Blaise Cendrars

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