mercredi 19 décembre 2018

POUR SALUER UN ÉDITEUR : ANTOINE GALLARDO.


Je me suis promis de ne pas laisser passer la fin de l’année sans au moins signaler l’intérêt que présente à mes yeux la nouvelle petite collection que l’éditeur quelque peu dysorthographique de la Boucherie littéraire, Antoine Gallardo, a tenu, par souci, cette fois, de cohérence métaphorique, à nommer Carné poétique. Ces Carnés, nous prévient-il étant constitués « de la viande des auteurs et des lecteurs souvent écrivants eux-mêmes ».




La belle idée est, ici, de proposer, à l’amateur qui aime à consigner ses pensées ou les notes qui les précèdent, dans de beaux carnets faits pour être classés et conservés, un espace d’une quarantaine de pages n’attendant que d’être couvert de sa propre écriture tout en l’accompagnant d’une sorte de cahier central qui propose les textes d’un auteur choisi pour son caractère inspirant. Ainsi se trouve, pour moi, comme matérialisée, cette idée essentielle qui veut que lecture et écriture puissent, dans une démarche liée, apparaître comme une forme supérieurement élaborée d’ouverture à tout ce qui du monde a besoin de parole.



Depuis quelques années, Antoine Gallardo tend à travers son engagement quasi-total au service du livre et des auteurs qu’il publie, à élargir le rayonnement d’une poésie qui, non seulement, soit en prise sur les réalités d’aujourd’hui mais soit aussi mise à la portée d’un plus grand nombre. S’efforçant, en particulier, de la sortir de l’espace chichement mesuré qu’on lui octroie d’ordinaire pour que lui soit accordé la place qui devrait lui revenir si les media littéraires jouaient vraiment leur rôle, non plus de caisse de résonance des produits de grande consommation mais de découvreurs avertis, réellement singuliers et pluriels, Antoine Gallardo sillonne régulièrement les grandes et petites routes de la province française pour placer ses ouvrages auprès de libraires éclairés. Et il semble bien, si l’on en croit les nouvelles que régulièrement il en donne sur le net, que cela porte ses fruits.



J’imagine aisément que cet obstiné mais sympathique démarchage ne va pas sans de nombreux sacrifices. Dont j’espère que les auteurs dont il élargit ainsi sensiblement l’audience lui tiennent chaleureusement gré. D’autant que les productions de la Boucherie littéraire, comme peut-être leur intitulé ne le fait pas directement entendre, sont toujours des plus soignées avec un choix étudié de formats, de couleurs, de matières. Et des tirages qui pour la poésie sont relativement ambitieux.



J’aurais bien, cela dit, écrit quelques mots sur les Notes de bois de Thomas Vinau qui, avec les Cent lignes à un amant de Laure Anders, constituent l’une des toutes premières réalisations de cette sympathique collection dont je parlais au départ. Mais j’aurais sûrement l’occasion de revenir à ce poète à la fois profond et lumineux, que j’espère bien intégrer à l’une des toutes prochaines éditions du Prix des Découvreurs pour le faire aussi connaître à ces jeunes des écoles auxquels nous nous adressons comme au public de demain qui peut-être posera un regard neuf, plus curieux que celui d’aujourd’hui, sur la poésie de son temps.



Mais, une fois n’est pas coutume, restons sur la rare personnalité de notre éditeur : il est bon de savoir aussi honorer ces femmes et ces hommes généreux dont l’essentiel talent, trop souvent négligé, consiste à savoir mettre au jour, accompagner et diffuser dans sa meilleure lumière, la création des autres. Ils sont comme les Saint-Christophe de l’art. Ce qui pour ce grand gaillard qu’est aussi Gallardo ne me paraît, somme toute, pas être une si déraisonnable ou arbitraire comparaison.