vendredi 1 juin 2018

SUR UN POÈME D’ETIENNE FAURE TIRÉ DE TÊTE EN BAS, GALLIMARD, 2018.


De livre en livre. De poème en poème. Et dans toutes les postures, comme ici tête en bas, Etienne Faure fore un peu plus tous les bois de la langue. Jusqu’à s’y éprouver termite. Ou plutôt lucifuges, individu pluriel : ces insectes dévorant ne se vivant qu’en groupes. Pour s’entregénérer mieux. Cela nous donne une succession de galeries par lesquelles s’enfoncer en phrases toujours recommencées, dans les communs affects de la vie et des choses qui passent. Des vies, des choses ayant saveur de passé. Et d’histoire. La dure friabilité aussi de tout ce qui depuis longtemps s’est vu creusé puis évidé en nous. La seule consistance demeurant celle de ces obstinées cheminements ou pour le mieux dire, ces sapes. Par quoi le petit grand monde versicolore que fait en nous notre existence, chez lui se réduit lentement mais sûrement, c’est un maître, en sa poudre de mots.



Dimanche, les mauvais fils, intrus lucifuges

en quête de nourritures terrestres,

ingurgitaient des livres, mangeaient leur bois

vermoulu à souhait jusqu'à la sciure,

dévorant les ouvrages, les charpentes,

littératures faîtières,

et par leurs petites entrées étrangères

se propageaient, occupant l'espace,

non pas en dynasties, corps et métiers, mais

petits groupes jamais repus de ce bois

remâché, trituraient les textes

à les réduire en poudre — et puis sortaient

en perçant un trou, trêve d'ermite,

pour écrire à leur tour on ne sait quoi, reprendre

cette espèce de cycle reproducteur,

occupés longtemps par cette activité

à perpétuer leur propre saccage,

signer leurs agissements d'intrus qui firent

les vices cachés des maisons de famille.





les intrus