Absent au cours de ces derniers mois, je n’ai pas rendu compte ici du bien sympathique éloge que le poète François Coudray a fait dans En attendant Nadeau du blog des Découvreurs. Cela fait toujours bien plaisir de voir son travail reconnu à l’extérieur des étroites limites de son cercle local ou régional et de le voir légitimé par des personnes et des institutions dont l’autorité ne souffre pas la discussion.
Depuis la parution de cet article, le blog des Découvreurs a passé le cap du million de vues, franchi assez régulièrement celui du millier de visites par jour et s’est enrichi de quelques nouveaux billets consacrés à des poètes majeurs comme Ariane Dreyfus ou Camille Loivier.
Je remercie chaleureusement François Coudray d’avoir qualifié mon entreprise d’«utopie humaniste ». En effet, à travers ces milliers de pages qu’ils mettent depuis plusieurs années gratuitement à la disposition des lecteurs, Les Découvreurs ont patiemment construit, sans aucun esprit de chapelle, hors de toute logique de promotion ou d’autopromotion, dans un esprit permanent de découverte, d’accompagnement et de partage, une bibliothèque critique unique, consacrée à des centaines de poètes vivants et à la diversité des écritures contemporaines. Là finalement s’est construit un véritable espace de réflexion et de transmission où, je l’espère, l’exigence intellectuelle, la clarté pédagogique ne sont jamais coupées de la sensibilité du lecteur.
Aujourd’hui, je constate avec bonheur que nombre d’anciens articles continuent leur chemin. Qu’il s’agisse de Jacques Pautard, poète, mort il y a quelques années, presque totalement ignoré de tous, ou de Fernand Pelez, peintre méprisé qui m’a fourni l’occasion de dire ce que je pensais de la critique bourgeoise, leurs pages trouvent encore des lecteurs. Quelques centaines, parfois quelques milliers. Ce ne sont pas des chiffres spectaculaires à l’échelle du vacarme numérique contemporain. Mais ce sont autant de regards, de curiosités éveillées, de rencontres rendues possibles. Au fond, si Les Découvreurs ont servi à cela, je peux me dire que ce temps consacré à la poésie, aux arts, aux autres, n’aura décidément pas été perdu.
VOIR L’ARTICLE DE FRANÇOIS COUDRAY : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2026/05/12/traits-dunion-poetiques-finck-gregoire-miermont-chornohuz-el-amraoui/
Lançant en 1998 l’aventure des Découvreurs, Georges Guillain a ouvert de nouveaux horizons à des générations de lecteurs. Son projet a tout d’une utopie humaniste : faire « lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques » afin de permettre à tous de « ne pas se voir dicter ses goûts, ses pensées, sa vie, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. » Et force est de constater qu’il l’a merveilleusement réalisée : son blog compte à ce jour 900 articles pour un nombre de vues total de plus de 930 000. Parallèlement, il aura mis à disposition plus de 200 dossiers contenant des présentations détaillées accompagnées de longs extraits dialoguant avec des représentations picturales. Ajoutons à cela ses Cahiers de Partages et les Dossiers réalisés pour le Prix des Découvreurs (150 poètes sélectionnés entre 1998 et 2024). Une somme : des milliers de pages de poètes vivants ! Et un partage actif : 500 à 600 et jusqu’à 1000 visiteurs par jour !
Humaniste, ce projet surtout le demeure par la conception de la poésie qu’il défend, « restitu(ant) au langage un peu de sa forme et de sa force primitives » pour « artistiquement se colleter en vivant, au vivant » : « on n’écrit pas pour faire joli. On écrit pour voir clair. Plus clair. » Par l’exigence de sa posture critique, d’une profonde acuité, d’une bouleversante finesse, d’une absolue sincérité. Toujours assumant sa sensibilité de Sujet, l’ambition de ses choix, son ouverture aux « diverses formes prises par les écritures actuelles ». Par son érudition, la précision de ses analyses et le dialogue qu’il entretient entre la poésie et la théorie littéraire, l’histoire, les sciences humaines et sociales, les autres genres littéraires et les autres mediums artistiques, en particulier la peinture. Par la générosité enfin d’un geste dédié à ses pairs mais par la force aussi de sa propre voix de poète, à qui je souhaite laisser les derniers mots : « marchant nous n’usons pas la terre ne fatiguons ni l’air ni le soleil l’espace où nous entrons ne le déplaçons pas mais sommes à cet instant parcelle aussi du feu caillou roulant du sol puis atteint le sommet grande paroi de souffle ailes planant glissant tout ensemble marchant ».
François Coudray.

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