De Franck Doyen, je me souviens avoir découvert il y a maintenant une poignée d’années, un livre qui m’avait donné l’envie de le rencontrer et de le faire intervenir avec moi dans un certain nombre de classes afin qu’il puisse rendre davantage sensible aux jeunes qu’on immerge de plus en plus dans les mondes artificiels de la technologie numérique qu’il existait ou avait existé des formes de relations plus puissamment tissées avec les éléments fondamentaux de la nature. Les Chants de Kiepja, qui évoquent l’univers aujourd’hui disparu des populations Selk’nam des côtes sud-ouest de l’Amérique du sud, sonnaient en effet comme un émouvant rappel de ce que nous avons perdu, pas simplement une vie infiniment plus difficile, mais une vie dans laquelle tout, de l’eau aux pierres en passant par les étoiles, la lune, la lumière, les plantes, l’homme et les animaux, pouvait encore communiquer, se mêler, voire échanger avec nous de multiples et généreuses énergies. (Voir : https://lesdecouvreurs2.blogspot.com/2022/06/nous-sommes-tous-des-ruisseaux-dune.html )
Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.
vendredi 30 janvier 2026
jeudi 29 janvier 2026
DIVAGATION. QUATREMÈRE DE QUINCY, MUSÉES, DOMINIQUE QUÉLEN, TROUS NOIRS.
Je ne raconterai pas ici par quels tortueux chemins j’en suis arrivé ce matin à parcourir cet ouvrage de 1815 dans lequel Antoine Chrysostome Quatremère, dit Quatremère de Quincy, qui, architecte de formation, fit une longue carrière en politique sans trop dévier malgré la rigueur des temps de ses convictions royalistes, expose ses idées sur l’Art, l’argent, la critique et les conditions qui lui semblent nécessaires pour que le public en particulier puisse vraiment jouir d’une œuvre d’art. Au moment où tendent à se développer les grands musées de Peinture qu’il compare assez méchamment à des magasins de tableaux qui ne font finalement que retenir des œuvres leur unique matière, les ayant isolés des cadres divers pour lesquels ou au sein desquels ils ont été créés, ses positions ne sont pas toujours sans pertinence. D’autant que contrairement à bien des réflexions d’aujourd’hui elles s’expriment au moyen d’une langue des plus claires et à travers des raisonnements on ne peut plus limpides. Moi-même amateur quelque peu obsédé de musées, je ne suis d’ailleurs pas loin parfois de penser, qu’il y a bien quelque chose de pathologique dans ce désir glouton et dans le fond absurde qui nous pousse à se faire accroire que passer des heures et des heures à déambuler de salle en salle et d’une toile à l’autre, nous rapprochera quelque peu des Célestes Hauteurs, des désirables et singulières appréhensions de Tout le Grand Inconnu du Monde, dont nous imaginons naïvement, que l’œuvre d’art est le medium.
mardi 27 janvier 2026
COLLECTION DÉCOUVREURS : UN POÈME DE DENISE LE DANTEC TIRÉ DE COMMENT ENTRE LA LUMIÈRE CHEZ UNICITÉ.
On aimerait tous les jours pouvoir partager ici un texte de Denise Le Dantec tant comme l’indique le titre de son récent ouvrage paru chez unicité, son travail fait entrer en nous de lumière. Celle justement dont elle s’attache dans ce poème à nous indiquer les sources : lecture des grands éveilleurs de notre humanité, sans restriction ni d’espace, ni de temps et bien entendu de genre, attention à l’actualité, conscience de nos fragilités propres et des enjeux dramatiques du temps, sentiment aigu de notre appartenance cosmique et de notre capacité à transfigurer chacune des présences ordinaires pouvant illuminer notre quotidien… Oui avec Denise le Dantec, la poésie, certes ne sauvera pas le monde mais est bien de ces choses qui par l’énergie qu’elles nous communiquent, l’incessant appel qu’elles nous lancent d’ouvrir toujours davantage et notre intelligence et notre sensibilité, font digues à l’ensemble aujourd’hui des puissances obscures qui s’appliquent, comme on le voit mieux chaque jour, à nous déshumaniser.
EXTRAIT :
mardi 20 janvier 2026
À PROPOS DE SAINT-JUST, ROMAN, DE VÉRONIQUE BERGEN AUX ÉDITIONS TINBAD.
![]() |
| Cliquer pour ouvrir le PDF |
L’ouvrage s’ouvre de façon plaisante par les théâtrales lamentations d’un perruquier se désolant de voir les inépuisables raffinements de son art définitivement ruinés par les changements de mode entraînés par la Révolution : « Une Cour sans perruque, c’est comme un arbre étêté, décapité, une église sans sa nef. Une nation qui abandonne le style rococo, le néo-classique, qui désavoue l’extravagance capillaire retombe à l’état sauvage. Voyez ce crapaud de Marat ou le peintre David ! Il n’y aura bientôt plus de différence entre un nanti et un sans-culotte. Un cheveu naturel n’est pas un cheveu. »
On savait que notre Révolution, celle bien sûr de 1789, avait fait tomber bien des têtes. On n’avait pas suffisamment perçu qu’elle s’était aussi attaqué au cheveu[1] !
Saint-Just, roman, de Véronique Bergen, récemment paru aux éditions Tinbad, est un livre singulier dont le titre est quelque peu trompeur. Loin d’être centré sur la figure du jeune révolutionnaire décapité à l’âge de 26 ans, un jour de juillet 1794 en compagnie comme on sait de Robespierre et de 20 de leurs amis, l’ouvrage, bien que relativement court, se propose, renonçant à toute velléité de narration suivie, de couvrir un champ bien plus large, empruntant pour cela un corps d’énonciation particulièrement diversifié nous permettant d’entendre successivement par l’intermédiaire de petits chapitres de deux à cinq pages, aussi bien les voix de certains des grands acteurs de la période révolutionnaire allant de la prise de la Bastille à la réaction thermidorienne, que celles des sans-grades, sans-culotte ou paysans vendéens, celles plus inattendues du chien de Robespierre, mais aussi des Pierres du Panthéon, quand ce n’est pas celle encore plus surprenante de l’Oxygène, identifié et baptisé en 1778 par celui qui introduisit la révolution en chimie, l’ancien Fermier-Général, Antoine Lavoisier. À côté de ces voix qui tiennent bien sûr largement de la prosopopée, l’auteur n’hésite pas à convoquer celles d’autres grandes figures historiques comme Brutus ou Ravaillac, philosophiques comme le Temps, mythologiques comme les Moires. Sans oublier, les voix de ces réalités a priori plus pittoresques mais non dépourvues de conséquences que furent celles du nouveau calendrier révolutionnaire avec ces noms nouveaux de mois, ces noms nouveaux de jours et sa nouvelle organisation moins profitable au Peuple, de la semaine.
Plus qu’un roman cela compose ce qu’on pourrait appeler un panorama, le caractère circulaire de la chose s’adaptant assez bien à cette notion fondamentale de révolution autour de laquelle tourne la réflexion de l’auteur qui compare les révolutions historiques à celles cosmiques qui nous ramènent régulièrement au même point. Ce qui l’amène à se demander, n’hésitant pas établir des rapprochements avec l’époque actuelle, principalement l’épisode pas si lointain des gilets jaunes, si les hommes peuvent vraiment changer l’Histoire et a fortiori le monde. L’entreprise, certes est rien moins qu’aisée. Tant les points de vue, les intérêts, les ambitions, les personnalités, divergent. Et c’est le mérite de l’ouvrage de Véronique Bergen, de nous le faire éprouver. À travers par exemple l’opposition de caractère entre un Saint-Just voluptueux qu’on n’a pas trop l’habitude de voir ainsi représenté et un Robespierre de pierre à qui son chien même – c’est un privilège de la fiction – reproche de ne s’amuser qu’avec les raisonnements, les idées et d’avoir un sens du plaisir égal à zéro ! À travers aussi la prise en compte non seulement des grands conflits d’idées ou de valeurs mais comme on l’a vu avec notre perruquier des petites choses sans doute pas si négligeables que cela, du quotidien.
Gouverner l’ingouvernable est la mission première du politique. Qui en période de révolution se doit d’œuvrer à un avenir meilleur[2] en empêchant les forces diverses de la réaction, des conservatismes divers, des égoïsmes multiformes, de réduire à néant son action. Mais il y a tant de mécontents. Tant de gens qui vocifèrent. Parce qu’on supprime leurs privilèges. Parce qu’on ne va pas assez loin. Qu’on ne coupe pas suffisamment de têtes. Qu’on introduit des changements difficiles à comprendre : ô le remplacement des vieilles unités de mesure par le système décimal à caractère universel ! Dans ce prétendu roman placé sous la figure de Saint-Just pour nous liée à l’idéal d’une exigence de bonheur universel, le monde apparaît comme un bruissant et discordant appareil d’âmes dont on comprend assez bien qu’il n’est pas fait en somme pour atteindre un jour l’harmonie. Surtout quand on remarque que même les meilleurs ou les plus généreux possèdent tous leur point aveugle. Ainsi la magnifique Déclaration universelle des Droits de l’Homme ne va pas jusqu’à s’étendre en fait à la Femme, encore moins aux animaux[3], voire à l’ensemble des composantes, comme le voudraient aujourd’hui certains, de la Nature.
Le livre de Véronique Bergen, pourtant richement documenté, ne creuse bien entendu pas toutes les graves et complexes questions, qu’il agite. Il a le mérite toutefois de nous les rendre perceptibles. Dans une recherche aussi de langue qui s’attache à mettre en valeur la relative singularité des voix nombreuses et truculentes parfois qui le composent. Ainsi ce livre, qui n’est pas un livre d’Histoire et pas non plus tout-à-fait un roman, reste-t-il à nos yeux une bien intéressante œuvre littéraire. Qui poussera chacun à la réflexion. Je recommande.
[1] A propos de cheveu, je me permets de signaler le petit roman ma foi bien intéressant d’Adrien Goetz, Le Coiffeur de Chateaubriand, qui évoque lui aussi de façon à la fois érudite et plaisante la carrière d’Adolphe Pâques, personnage ayant réellement existé – il est né à Calais - qui eut l’honneur de coiffer le grand homme et de pénétrer quelque peu dans son intimité.
[2] Encore que l’on doit bien reconnaître que les révolutions qui se mènent aujourd’hui ne sont pas toutes dictées par ce souci réel du bien commun. Je pense en particulier à cette révolution qu’est en train de conduire Trump tant à l’intérieur de son propre pays qu’à l’échelle internationale.
[3] Ô cette bien comique conférence des chevaux que l’on pourra lire pages 119 à 121 de l’ouvrage où se rejouent sur leur terrain propre les mêmes affrontements que ceux qui opposent les hommes. Mais où l’auteur se laissant aller à sa verve fait défendre par l’un des équidés présents une réforme de l’orthographe proposant de généraliser le préfixe hippo en adoptant des mots comme hippothèse, hippocrisie, hippogée, hippatant, hippicurien, hippanouir, hippoustouflant, hippousailles…
mercredi 14 janvier 2026
À PROPOS DE SAUF LA POÉSIE DE SÉBASTIEN MÉNARD AUX CAILLOUX DU CHEMIN. LE VRAI POUMON DE NOTRE VIE.
J’ai mis un peu de temps à accuser réception du petit livre de Sébastien Ménard que son éditrice Christine Saint-Geours m’a gracieusement adressé de Bruges en août 2025 ! J’avais apprécié ce Quelque chose que je rends à la terre, paru chez Publie.net que j’avais d’ailleurs sélectionné pour l’édition 2021-22 du Prix des Découvreurs. Ici l’ouvrage centre sa réflexion sur ce que représente, pour l’auteur, la poésie, sa nature, sa fonction, ses possibles pouvoirs ou impouvoir, son origine aussi, ses lieux … Comme c’était déjà le cas dans Quelque chose que je rends à la terre, le texte de Sébastien Ménard n’avance pas seul mais lie sa voix, sa pensée à celles d’autres dont il cite quelques-uns au tout début de son ouvrage tels que Nicolas Bouvier, Jim Harrison, Gary Snyder, Karel Čapek, Rachel Carson, Jean Giono, qui à côté d’autres nombreux, indiquent clairement à quelle famille de pensée, soucieuse autant des mots que de la Terre qui nous porte, se rattache notre poète.
lundi 12 janvier 2026
POÉSIE COMBUSTIBLE. MANIFESTE POUR UNE PAROLE MOBILE. . L’EXISTENCE . DE VINCENT THOLOMÉ AU DERNIER TÉLÉGRAMME.
Puissant et très ouvertement hors-normes, l’ouvrage de Vincent Tholomé, intitulé . L’EXISTENCE . est de ces livres comme on en lit peu : un livre électrisant, galvanique, dont chaque ligne, page après page, se prend comme une décharge, la poésie ne visant plus ici à faire joli, joli, sinon intéressant, mais à secouer, réanimer, ne serait-ce qu’une poignée de secondes, notre animal humain.
Divisé en quinze constellations qui regrouperaient une série de lettres adressées à toute une liste d’amis désignés par des pseudos à consonance russe, Danil Danilov, Anton Artov, Martina Tinskaya… le livre de Vincent Tholomé se présente comme la réécriture en forme de 882 poèmes d’un ensemble hétéroclite de « papiers divers, lettres manuscrites » d’un certain Anton Nijkov que l’auteur aurait par hasard découverts lors d’une exploration urbaine en compagnie de Gauthier Keyaerts, « au troisième étage d’un immeuble en ruine d’un site industriel à l’abandon ».
mardi 6 janvier 2026
RECOMMANDATION DÉCOUVREURS : LE FOUET DE L’ÂME OU LE RIRE ÉDIFIANT. PETIT CABINET MÉDIÉVAL DE CURIOSITÉS POÉTIQUES PRÉSENTÉS ET TRADUITS PAR BERTRAND ROUZIÈS-LÉONARDI CHEZ LURLURE.
La peinture, avec Bruegel en particulier, nous l’aura fait comprendre ; les extraordinaires compositions en marge des manuscrits aussi : il fut un temps dans notre lointaine histoire qui ne s’encombrait pas de retenue, ne se souciait pas trop, bien au contraire des règles de la bienséance, ignorait le bon goût, faisait saveur de tout, et confronté à la tyrannie des puissants, les innombrables vices de la nature humaine, les maux de toutes sortes accablant chaque jour potentiellement nos vies, s’inventa des réponses de rire, libéra dans sa parole tout un génie comique témoignant sans doute par là non pas de la grossièreté, voire de la bestialité de son être mais de son irréductible vitalité.
Les lecteurs quelque peu avertis le savent depuis longtemps. Notre littérature dite du Moyen-Âge, écrite en Moyen français, n’est pas qu’une littérature de sermons édifiants sensés nous préparer bien chrétiennement à la mort. Elle n’est pas non plus qu’une littérature héroïque accablant ses lecteurs, à l’époque surtout ses auditeurs, d’exploits époustouflants. Cela fait longtemps que nous aurons appris à aimer, d’abord à travers Joseph Bédier l’histoire romanesque de Tristan et Iseut, puis que nous sommes plus à la lecture des beaux Lais de Marie de France, pouvons réciter par cœur des poèmes de Charles d’Orléans, de Rutebeuf, certains vers extraits des chansons de Guillaume IX d’Aquitaine ou du pauvre Prince de Blaye célébrant son Amor de lonh. Nous connaissons l’existence aussi par exemple de La Ressource du petit peuple, de ce Jehan Molinet originaire de Desvres, à quelques lieues seulement de chez nous, que nous aimerions bien faire lire à tous ces dirigeants voyous qui « perturbent le monde, par guerre immonde et criminels assauts » et qui « tempêtant et terre et mer profonde par feu, par fronde et glaive furibonde » oublient que dans peu de temps, par la mort, puissante égalisatrice, sous terre enfin « ils seront tous pourris ».
samedi 3 janvier 2026
IL N’Y A PAS QUE VAN GOGH. ÉLOGE DES ARTISTES DE « SECOND PLAN ». ANTON MAUVE.
Non, il n’y a pas que Van Gogh dans la vie. Pas que ces grands inventeurs de formes, ces artistes radicaux aux destinées broyées qui font courir le monde et se multiplier à l’envie les produits dérivés. L’art avance aussi ou se maintient – c’est nécessaire aussi – grâce à des personnalités sensibles, des talents de second plan, attentifs, sérieux et investis, qui savent retenir des plus grands, quelque chose des vibrations qui les ont animés et s’engagent à leur tour à suivre ces chemins que certes ils n’auront pas par eux-mêmes ouverts, mais qu’ils s’efforcent, pour les meilleurs d’entre eux, d’élargir et de prolonger.
Chaque jour je découvre de ces innombrables artistes dont les images me touchent. Me touchent parce qu’elles me font signe de l’infinie puissance de vie et d’émotion au sein desquelles nous nous mouvons. De l’existence la plus quotidienne aux expériences les moins ordinaires, ces artistes à la réputation pour la plupart modestes donnent corps à ces vitales rencontres où l’être en nous accueille quelque chose de la réalité du monde quand il ne s’efforce pas d’un mouvement autre d’en inventer c’est-à-dire d’en mettre pour nous à jour quelque fragile et provisoire facette. C’est au Rijksmuseum que j’ai vu il y a quelques années ma première œuvre de cet Anton Mauve qui fut cousin par alliance de Van Gogh et lui enseigna un temps la peinture à La Haye. Il peignit cette plage de Scheveningen, ses dunes, dont je conserve pour m’y être plusieurs fois promené un souvenir puissant qu’aura encore accru la visite que je recommande du Panorama Mesdag. C’est dans ce paysage bien reconnaissable qu’il situe la scène de cette belle aquarelle représentant une femme accrochant son linge à des piquets de bois, sous le vent chassant les oiseaux plus loin vers la mer. Certaines de ses allées au fond desquelles s’enfonce entre de hauts arbres, une silhouette confuse, me rappellent la célèbre Allée de Middelharnis de Hobbema. Il y a du Millet, du Corot et de l’école de Barbizon dans un grand nombre de ses tableaux. Et qui sait si les fameux corbeaux qui criaillent au-dessus du dernier champ de blé de Van Gogh à Auvers sur Oise ne sont pas quelque peu cousins de ceux qui planent au-dessus du sombre marais dont il aura montré les lumières qui s’allument dans la plate solitude d’un soleil couchant. Oui, ce que j’ai vu des toiles d’Anton Mauve, comme de tant d’autres dont la grande Histoire de la Peinture me semble faire peu de cas, m’encourage à continuer de penser que l’art est de nature filiale. Que la beauté des choses dans notre regard ne tient pas qu’à l’instant qui d’un coup la saisit. Mais qu’elle vient toujours de plus loin. Qu’elle ne procède pas du génie comme de la solitude d’un être seul. Mais de ce que j’aime à considérer comme la magnétique conspiration d’une suite ininterrompue d’attentions que les arts de partout se seront ingéniés à porter sur le monde.







