mardi 27 février 2024

MANGEZ DES PAPAYES ! PETITE NOTE SUR CONSTRUCTION D’UN IGLOO DE PASCALE PETIT CHEZ LANSKINE.


« Le poète est maintenant un guide merveilleux » affirme l’un des textes rassemblés par Pascale Petit dans construction d’un igloo qui vient de paraître aux éditions LansKine. Est-ce parce que l’auteur nous promet ici de nous apprendre à ressembler à isidra von lovedel, à savoir que faire avec notre bifteck d’amour, faire d’un plafond un ciel nocturne, chanter comme shanty goodman, nous méfier des poèmes qui viennent du japon quand ils ont un éléphant, vérifier notre palmier, devenir oiseau bleu flou, que sais-je encore, utiliser un nez en plastique, savoir que faire de nos enfants[1] etc…, etc… L’inventivité de Pascale Petit en ce domaine des savoirs faire n’importe quoi avec la langue, avec les mots, est en effet des plus merveilleuses, jouant sans presque discontinuer avec l’absurde, le nonsense, dans une démarche qui pourrait être qualifiée de carnavalesque si ce n’était qu’ici ce serait moins les choses qui porteraient un masque que les visages qui finiraient par tomber (p. 107).

Car s’il y a, d’évidence, jeu, dans sa dimension bien entendu la plus gratuite, chez Pascale Petit, ses textes n’en présentent pas moins une dimension critique, fondamentalement ironique dont l’objectif me semble être de mettre insidieusement à mal la construction dans nos esprits des représentations générées par une société qui ne cesse de chercher à tirer profit de nos angoisses, de nos manques, des malaises multiples qu’elle a soin d’entretenir. On sait pour quel profit. En nous proposant une foule d’exutoires, de remèdes, de baumes et de recettes qui n’ont d’autres fonctions que de nous abuser.

Aussi, parodier les manuels d’instruction, de montage, ces fameuses listes de conseils en dix, vingt ou cent points pour être plus heureux ou réussir sa vie, est-il aujourd’hui une œuvre de poésie salubre bien plus sans doute que celle consistant à s’occuper des mots comme s’ils étaient des parachutes ou chanter avec les oiseaux, fleurir avec les fleurs, en adressant aux étoiles des vers sentimentaux n’ayant d’autre objectif que de remporter deux fois le premier grand prix (p. 85).

On sera sûrement dérouté à la lecture de ces textes toujours inattendus qui font des étincelles. Certains sûrement confondront son auteur avec ce poète en bleu que P. Petit tourne elle-même en dérision, en le montrant incapable d’apporter quelque chose pour simplement aider/comme par exemple un extincteur (p. 76), ceux qui ne comprennent rien. Et si la quatrième de couverture ne leur était pas non plus d’un grand secours, je conseillerai simplement à ces derniers de suivre l’ultime instruction que leur donne l’auteur :

Allez go go allez

Dites-le à tout le monde

Rendez-vous à splashtown

Et mangez des papayes



[1] Cette énumération renvoie au titre de quelques-uns des 90 textes que comporte le livre.


 

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