Un important entretien accordé par l’auteur à Stéphane Duchêne dans le cadre d’une rencontre organisée à la Villa Gillet de Lyon, me dispense de présenter à mon tour ce livre dont beaucoup déjà ont parlé dans tous les media possibles. Il me suffira de dire que j’ai tant corné de pages au cours de ma lecture que cette opération qui visait à me permettre de revenir aux éléments pour moi les plus importants et nécessaires du livre en vue d’un commentaire sur ce blog, en est devenue ridicule, revenant à me faire relire l’ouvrage dans sa quasi-totalité. Mais l’important dans un livre n’est-il pas ce qu’il vous fait plutôt que la façon dont il est fait qui n’est une question après tout que pour les professeurs. Ou les professionnels de l’écriture.
J’ai lu pourtant quelque part que Sidérations qui joue avec les limites qui séparent le roman disons réaliste du récit de S.F. manquait de la force que cette dernière donnait chez certains de ses auteurs à la réflexion, se contentant d’effleurer des questions qu’il ne poussait jamais à leurs limites. Peut-être. Mais qui sait si ce n’est justement pas là, la force de Powers qui se contente de nous raconter une histoire sans jamais nous enfermer dans des structures qui rendues trop démonstratives viendraient réduire leurs puissantes capacités de suggestion. Et d’émotion. C’est dans le tact avec lequel l’auteur aborde ici, sans les cacher, les questions aujourd’hui pour nous les plus profondes, que se trouve sans doute le vrai pouvoir de sidération du livre. Un livre qui à la manière des plantes dites sidérales, qui s’approprient grâce au soleil, l’azote de l’air pour le fixer dans leurs racines, projette vers nous sa lumière pour nous aider à retenir les énergies positives et les représentations actives qui nous feront enracinés un peu plus dans l’univers élargi dont nous tenons notre existence. Sans rien nous dissimuler non plus de ces choses qui, potentiellement aussi sidèrent, c’est-à-dire nous accablent, médusent, stupéfient, par l’inintelligence crasse – oh, ce Président des Etats-Unis que met en scène Powers - dont elles témoignent de la vie.[1]
Et c’est là ce que je retiens et voudrais partager ici de ce livre : que c’est à travers une conscience renouvelée de la toute puissance autant que de la fragilité du vivant, le sentiment lucrécien aussi « de la variété infinie des mouvements de la matière » que nous serons le mieux capables de ne pas nous abandonner aux puissances mortifères qui donnent l’impression de gouverner notre présent.
Cliquer dans l'image ci-dessus pour lire notre extrait.
[1] Je ne résiste pas ici à l’envie de partager cette remarque du très beau livre de Baptiste Morizot, Manières d’être vivant dont j’ai déjà dit à diverses reprises tout le bien que j’en pensais : « Tous les vivants, en fait, sont pour nous des aliens familiers, au sens où « familier » signifie qu’ils font partie de la famille élargie, mais leur altérité est à certains égards incompressible, comme des civilisations d’une autre planète ». Le roman de Powers s’ingéniant régulièrement à imaginer des formes de vie radicalement différentes des nôtres, sur toutes sortes de planètes dispersées dans les milliards de galaxies qui composent l’univers, me paraît consonner avec les réflexions du jeune philosophe français.

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