J'ai découvert il y a quelques années l'existence de l'ouvrage composé au XIIIᵉ siècle de notre ère en Syrie par le savant et juriste d'origine iranienne Qazwīnī. C'était au Pergamon de Berlin où se trouvait exposée une version manuscrite richement enluminée de son grand ouvrage encyclopédique intitulé Les Merveilles des choses créées et les singularités des choses existantes. Rapidement traduit en persan puis en turc, l'ouvrage fit l'objet de nombreuses copies manuscrites jusqu'à la fin du XVIIIᵉ siècle. C'est dans le nord de l'Inde, précisément, que fut réalisé l'exemplaire qui, en raison de la beauté de son illustration, fait la fierté, parmi bien d'autres trésors, du musée berlinois. Quelque 460 images, si je me souviens bien, figurent dans ce manuscrit magnifiquement calligraphié qu'une exemplaire restauration aura permis de nous rendre aujourd'hui dans toute son originale fraîcheur.
Ma curiosité me poussant toujours à en savoir davantage, j'ai découvert depuis que l'ouvrage de Qazwīnī fut illustré au cours des siècles par de nombreux artistes et que nombreuses aussi sont les bibliothèques et les institutions qui en conservent un exemplaire. C'est le cas notamment de la BnF, de la British Library de Londres, de la Chester Beatty Library de Dublin, de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich ou encore du Metropolitan Museum de New York qui, sur leurs sites respectifs, donnent parfois à voir quelques-unes de ces images. Feuilleter ces manuscrits dispersés aujourd'hui aux quatre coins du monde, c'est mesurer l'immense fortune d'un livre qui voulut accueillir dans ses pages aussi bien les réalités observables que les créatures de l'imagination, les savoirs hérités des Anciens que les traditions populaires, les animaux familiers que les êtres les plus étranges.
L'idée m'étant venue, peu après une visite du Musée archéologique de Narbonne, de donner forme à mes découvertes dans de courts poèmes afin de leur conférer une présence plus durable, j'ai eu envie d'écrire aussi sur mon souvenir des images de Berlin.
Des innombrables enluminures qui ornèrent au fil des siècles le livre
De Zakarīyā ibn Muḥammad al-Qazwīnī qui dans la Cité ronde des Califes
décrivit les Merveilles des choses créées et les étrangetés des choses existantes
montrant soleils à visage humain hommes à tête de chien peuples poussant sur les arbres
béliers suspendus dans les sphères anges ailés oiseaux Simurgh témoins déjà de trois
destructions du monde montagnes d'émeraude mers sans rivages astres vents nuages
j'aime cette tranquille hospitalité qui les fait recevoir sans crainte tout ce que l'univers
offrait en ces temps de lointain d'invisible quand aujourd'hui nos écrans n'accueillent
plus que ciels traversés de missiles villes ouvertes comme des plaies foules errantes
sur les routes embarcations chavirées et que du monde où tout faisait compagnie
ne restent que de pâles clartés qui vont se perdre dans la nuit


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