vendredi 4 septembre 2026

RÉSISTANCE DE LA POÉSIE : POUR NE PAS LAISSER S’ÉPUISER LE POÈME !

Gustav De Woestyne, Le Mauvais semeur, 1908, Collection privée Fernand Huts, Anvers

 

Vrai que le terme de poésie recouvre quantité de pratiques de mises en forme de la parole qui n’ont pas toujours grand-chose à voir les unes avec les autres. On peut appeler poésie aussi bien la simple expression d’une position au sein d’une longue coulée de vers appelés libres, que la mise en travail sous forme d’une accumulation de contraintes formelles d’un texte qui n’a d’autre objectif que d’inventer par là ses propres effets de lecture. Si personnellement j’éprouve quelque difficulté à voir la poésie dans la seule mise en forme d’un discours[1], je ne me reconnais pas non plus totalement dans la posture inverse qui voudrait qu’au fond tout ne soit qu’architecture, même géniale, de langue.

Entre ces deux extrêmes, évidemment bien des pratiques s’affirment. Et c’est à certaines d’entre elles que surtout je ressens le besoin de m’opposer. Notamment celles qui cherchent à être reconnues avant même d’être interrogées. Qui mobilisent un stock d'images, de situations, d'affects ou de symboles dont la valeur émotionnelle est déjà garantie socialement sans que rien dans le texte ne cherche à s’affranchir de cette forme de connivence. Le problème n’est pas qu’un poème joue à partir de motifs appartenant au réservoir de la poésie douce, méditative ou intimiste, c’est qu’il ne les mobilise qu’en comptant sur leur charge affective préexistante. Ce ne sont donc pas les oiseaux et les petites fleurs qui sont ici en cause[2]. C’est que tout cela n’est jamais confronté à quoi que ce soit, dans la langue au moins, qui résiste. Tout y est dès le départ donné : la fleur est vulnérable et touchante, les cœurs partagent leur intimité. Rien n’y reste d’indécidable ou de vibrant, au fond, à ressentir. Oui, je crains ces faciles recueils qui me paraissent conçus pour être consommés de la même façon qu’une musique de supermarché ou bien d’aéroport sans nous proposer de véritable expérience, active et durable, de lecture.



[1] Chose que je peux toutefois tout-à-fait respecter comme acte important de parole.

[2] Contrairement à ce que laissent entendre bien des critiques superficielles.

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