Plaisir de recevoir ce matin « à la demande de James », la récente publication par Anne Brosseau et sa maison d’édition Potentille, du joli livret cousu main que le poète montpelliérain James Sacré a consacré à l’évocation de diverses linogravures d’un de ses voisins artiste, Raphaël Segura. Certes, dans l’espace limité d’un tel ouvrage on ne retrouve pas l’ampleur des grands James Sacré que sont, parmi la très longue suite d’ouvrages publiés par notre poète depuis La femme et le violoncelle, chez J.C. Valin en 1966 ou Cœur élégie rouge au Seuil en 1972, ses trois livres marocains repris par Tarabuste[1] ou le magnifique America solitudes de chez André Dimanche pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit. Mais tout poème de James Sacré donne au lecteur que je suis l’impression d’une sorte de conversation, de rencontre continuée pour reprendre le titre de l’ouvrage de poche paru au Castor Astral en 2022. La même impression toujours d’une forme, totalement ouverte et libre, d’attention demeurant incertaine de son pouvoir et de ses vérités. Ainsi devant une linogravure de Raphaël Segura :
Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des grands circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.
mercredi 25 février 2026
jeudi 21 janvier 2021
POÈMES VS PHOTOGRAPHIES. POUR PROLONGER NOTRE PLAISIR À LIRE JAMES SACRÉ.
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Pour compléter notre tout récent Cahier de Poésie en Partages consacré à James Sacré, je vous propose de découvrir un texte extrait d’un de ses livres que je préfère, America solitudes, paru chez André Dimanche il y a maintenant un peu plus de 10 ans. Tous les textes dans ce gros livre qui se présente comme une sorte de road movie poétique à travers l’Amérique des États-Unis, sont intéressants. J’en ai choisi un évoquant avec humour l’un de ces objets qui nous est aujourd’hui devenu de plus en plus indispensable, notamment au cours de nos voyages : l’appareil photo. Dont on voit, quand on est par exemple un habitué de Facebook, que les productions sont infiniment plus populaires que les meilleurs poèmes. On y retrouvera facilement le rapport complexe que James Sacré entretient avec ce grand réel qui nous déborde ainsi qu’avec le temps qui n’en est finalement qu’une composante particulière.
Enfin j’aimerais adjoindre à ce moment Sacré, cette belle réflexion du philosophe Paul Audi sur ce qu’on appelle en art comme en poésie « l’expression » : « Exprimer quelque chose veut d’abord dire (ce « d’abord » est ici essentiel) s’exprimer soi-même et s’exprimer soi-même, manifester un pathos. Quel pathos ? Celui de la vie venant en soi au gré de son auto-affection incessante, mais qui ne souffrirait plus de se souffrir soi-même ». Créer, Paul Audi, éditions Verdier, 2010, page 356, dans le chapitre intitulé Prendre la parole.
N.B. La photo de James Sacré est de Jean-Louis Estèves.
mardi 11 octobre 2022
RECOMMANDATION DÉCOUVREURS. UNE RENCONTRE CONTINUÉE DE JAMES SACRÉ AU CASTOR ASTRAL.
J’aime la poésie de James Sacré. Comment d’ailleurs ne pas l’aimer, elle qui noue depuis plus d’un demi-siècle une relation à la vie toute d’ouverture, d’attention, de sensibilité sans jamais élever la voix, adopter de grands airs ou renvoyer son lecteur à sa prétendue nullité. Certes il y a parfois quelque complaisance et une certaine facilité dans l’œuvre si généreuse de Sacré, mais c’est aussi ce qui nous la rend plus humaine et familière[1], dans sa toute confiante et voisine prodigalité.
D’autant que le souci de langue, l’inquiétude vraie qu’il en a, empêche chez lui à chaque fois l’image de se figer, la fragile rencontre qu’établit le texte avec le monde de, comment dire, se vernisser, se vitrifier et qu’il est à mon sens un des rares chez qui la parfaite clarté toujours de l’expression, qui ne va pas comme on le sait, chez lui, sans bien des libertés, ne se berce d’aucune illusion de maîtrise ou d’appropriation.
vendredi 30 juin 2023
REPRISE DES TROIS LIVRES "MAROCAINS" DE JAMES SACRÉ AUX EDITIONS TARABUSTE !
Les éditions Tarabuste redonnent à lire l'ensemble des trois livres "marocains" autrefois séparément publiés par André Dimanche sous des couvertures signées d'Olivier Debré, Jean Degottex et Jean-Jacques Ceccarelli. C'est un plaisir pour moi qui ai particulièrement aimé ces ouvrages de les voir ici rassemblés avec une intéressante postface de Serge Martin. Pour saluer cette parution que j'invite chacun à se procurer sans attendre afin de mieux s'en régaler dans la chaleur de l'été, j'ai tenu à reprendre l'article que j'ai publié dans la Quinzaine Littéraire à la sortie d'Un Paradis de poussières, le dernier titre de cette trilogie.
Depuis une quarantaine d’années cet
ancien petit garçon de la campagne vendéenne, devenu instituteur à Saint-Pierre
à Champs dans les Deux Sèvres, a la chance de pouvoir ouvrir les yeux sur bien
d’autres parties de notre vaste monde. Aux États-Unis, où il a enseigné durant
près de 30 ans les langues et la littérature française ; au Maroc, où il
aime à se rendre régulièrement pour en revenir avec des livres dont la force
toute particulière est justement de s’abstenir de toute prétention sur les
choses comme de toute affirmation exagérée sur les pouvoirs de l’écriture.
mardi 21 février 2023
VIVRE, ÉCRIRE, AVEC LA PEINTURE : À PROPOS DE DEUX LIVRES RÉCENTS DE JAMES SACRÉ ET DE MYRIAM ECK.
Accompagner avec ses mots l’œuvre d’un peintre est une des tentations parmi les plus fréquentes du travail poétique. Inversement les peintres apprécient le plus souvent de voir leurs amis poètes prêter voix à ces choses muettes dont comme disait Poussin ils font profession [1]. Sans remonter aux célèbres ekphrasis tant prisées de la littérature antique, chacun a toujours bien en tête le dialogue entre Baudelaire et Delacroix, Mallarmé et Manet, Apollinaire et Derain, Cendrars bien sûr et Sonia Delaunay, Chagall ou Fernand Léger ou plus proche de nous Charles Juliet et Bram Van Velde … C’est que pour paraphraser le célèbre rhéteur Lucien de Samosate, quiconque voit se présenter sous ses yeux un spectacle ou une œuvre admirable ne peut faire autrement que d’éprouver en lui le besoin de s’en pénétrer et ne pouvant demeurer muet devant tant de beautés, de tenter de les exprimer « par une parole reconnaissante ».[2] Aujourd’hui peintres et poètes, s’ils continuent d’entretenir entre eux cette stimulante complicité voient surtout dans cette démarche un moyen de sortir un peu de la solitude où les enferme leur art, tant poésie comme peinture à l’exception de quelques rares grandes exceptions restent toujours dans la cruelle réalité imposée par nos univers marchands, terriblement confidentielles.
lundi 18 janvier 2021
POÉSIE/PARTAGES N°3. UN FIL DE VIVRE-ÉCRIRE PAR JAMES SACRÉ ACCOMPAGNÉ PAR JEREMY SOUDANT.
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On ne présente plus James Sacré dont Jean-Claude Pinson dans le long article qu’il lui consacre dans le Dictionnaire de la Poésie de Baudelaire à nos jours, paru en 2001 au PUF, écrit que face au littéralisme dominant de son époque, son œuvre persiste à tenir pertinente « le lyrisme, la représentation et la narration » occupant ainsi « une position décalée dans le champ de la poésie française ». Depuis ce champ a beaucoup évolué et nombreux sont devenus les auteurs qui se sont reconnus et continuent de se reconnaître dans cette poésie singulière qui, écrit encore Pinson, « puisant dans les us et manières roturières de la langue et dans la non-finition du parler quotidien » pour mieux exprimer le désordre du monde, se situe aux antipodes aussi « des canons de la haute poésie du XXème siècle (celle d’un Saint-John Perse, d’un Char ou d’un Bonnefoy) ».
vendredi 29 avril 2022
ANTHOLOGIE DÉCOUVREURS. BROUETTES DE JAMES SACRÉ. OBSIDIANE.
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« Forcément qu’un livre est trace de par où est passé moins ton pied que ta pensée ou l’incertitude inquiète et désireuse de ta rêverie. Aucun lecteur pourtant, ni même toi quand tu relis, ne sera le fin chasseur qui saurait lire d’emblée quel corps et quel esprit vivants ont laissé des marques dans ces fragiles bouts d’écriture que la pluie du temps bientôt défait. »
James Sacré, Figures de solitudes, Tarabuste,
2018
Comme l’écrit avec sa coutumière justesse Jacques Josse, « où qu’il se trouve, James Sacré aime se saisir, dès qu’il en a l’occasion, d’une image brève et animée qui ne semble là que pour s’offrir à son regard.
samedi 22 mars 2025
DEUX BELLES ANTHOLOGIES EN COLLECTION DE POCHE !
Ce sont deux poètes que
nous aimons. Et dont nous avons à plusieurs reprises sur ce blog salué l’œuvre.
James Sacré et Hélène Sanguinetti sont de ces auteurs qu’on ne présente plus et
quoi qu’il arrive désormais laisseront une trace. Il y a quelques années nous
avons eu avec les Découvreurs l’idée de créer une petite collection rassemblant
des ouvrages dans lesquels un certain nombre des poètes que nous apprécions présenteraient
une sélection de leurs propres poèmes pour introduire les jeunes à la
singularité comme à l’évolution de leur univers d’écriture. Ainsi sont nés, Moi aussi d’Ariane Dreyfus et Aumailles de Pascal Commère, deux belles anthologies
que nous sommes fiers d’avoir pu éditer. Malheureusement le manque de soutien
efficace dont nous continuons de souffrir a fait que nos attentes auront été en
bonne partie déçues. Ce qui nous a conduit à mettre un terme à cette opération.
J’espère alors que ces deux ouvrages dont je souligne la parution, qui reposent
sur le même principe que celui que nous avions imaginé, rencontreront le succès
que devrait leur permettre mieux qu’à nous, le soutien de deux éditeurs dont l’engagement,
la valeur ne peuvent être ignorés.
jeudi 11 mars 2021
POÉSIE/PARTAGES N°5. GRANDE LIBERTÉ DE L’AIR AU-DESSUS DU FLEUVE PAR JEAN-MARIE PERRET. ACOMMPAGNÉ DE TROIS PEINTURES DE L’AUTEUR.
J’ai rencontré la poésie de Jean-Marie Perret il y a près de 20 ans. Il venait de publier chez Obsidiane un ouvrage qui m’a immédiatement retenu par l’intensité avec laquelle il s’efforçait de rendre jusque dans ses évocations de la mort la puissante vitalité à l’œuvre dans le monde. Celui de la nature comme celui des hommes qui l’habitent, la parcourent et par leur industrie, leur art, la transforment. Et je me suis toujours étonné que ce poète habité par toute une bibliothèque dont il partage quotidiennement sur les réseaux sociaux l’infinie richesse, ne soit pas davantage considéré. Mais rien peut-être d’étonnant à cela : la poésie de Jean-Marie Perret ne cherche pas à faire mode. À se produire sur les tréteaux. Elle ne cherche qu’à être. À dire, rien que pour soi peut-être, ce qu’il y a d’unique, de rayonnant, de déchirant finalement, à se sentir au monde. Parmi tout ce qui traverse.
C’est pourquoi je suis heureux de l’avoir convaincu de nous livrer une sélection des poèmes publiés en 2002, chez Obsidiane, sous le beau titre de Grande liberté de l’air au-dessus du fleuve et d’avoir à cette occasion découvert qu’il était aussi peintre, graveur et je crois même musicien. Un artiste complet donc que le souci de l’art n’aura pas empêché d’exercer le métier de postier ce qui le rapproche à mes yeux d’un autre poète que tout particulièrement j’estime, Jacques Lèbre dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog.
Ces Cahiers numériques de Poésie en Partages sont donc ici l’occasion de redonner une nouvelle vie, une nouvelle chance à des textes qu’on aurait tort d’avoir oubliés. Et de les mettre en relation avec un autre domaine artistique qui dans le cas présent, comme on le verra, témoigne à sa manière aussi du dynamisme, de la vitalité, du puissant élan vers la vie qui anime leur créateur. J’espère que ce numéro trouvera le même écho, large, que ceux que nous avons consacrés à Stéphane Bouquet, Milène Tournier, Mary Oliver et tout dernièrement à James Sacré. En attendant ceux que nous devons prochainement réaliser avec notre amie Lili Frikh, la jeune Marine Riguet et bien d’autres dont nous aurons à reparler.






