vendredi 24 juillet 2026

AUTEURS À PRÉTENTION OU NOS MODERNES FALEMPIN.


 

Qui ne connaît le fameux Panthéon Nadar qui en 1854 croque de façon plaisante les principales célébrités littéraires de son temps. Beaucoup des 249 noms qui y figurent, identifiables chacun par un numéro, sont bien sûr oubliés depuis longtemps tels ces Louis Lurine, Cretineau-Joly, Antonio Watripon, Benjamin Tilleul, Théodore Pelloquet, Jules Deumier-Lefèvre… qui font pourtant cortège aux Musset, Nerval, Vigny, Balzac, Hugo, George Sand[1] en particulier, qui ouvrent le défilé.

Nos chercheurs bien entendu se sont ingéniés à nous fournir quelques lignes de biographie pour chacun de ces malheureux abandonnés par la postérité. Un toutefois leur résiste : Falempin. Numéro 174. Qui semble bien être le seul ici à n’avoir pas existé.


C’est que, comme l’expliquera plus tard Théodore de Banville, Falempin en fait n’est personne. Juste un sobriquet railleur dont on affublait à l’époque les auteurs à prétention, dépourvus de talent.  Au moment où Nadar compose son Panthéon, le nom même de Falempin est devenu ridicule. George Sand elle-même s’excuse dans une lettre adressée à Alexandre Dumas fils, d’avoir pour avoué un certain Falampin, patronyme devenu à l’époque importable pour être celui d’un personnage de vaudeville, particulièrement grotesque, popularisé par l’acteur Alcide Tousez !

Falempin ne désigne donc pas un auteur en particulier, mais une espèce. Celle de ces imbéciles ou de ces médiocrités qui se poussent du col pour avoir rang parmi les célébrités.

Cette espèce bien sûr est loin d’avoir disparue.

Nos Falempin qui se prénomment désormais aussi bien Joseph que Marie, ne cherchent plus l’entrée du Constitutionnel ou du National. Ils convoitent le festival, la résidence, la table ronde, le salon, qui leur offriront le micro ouvert et le selfie culturel. Tout pourvu qu’on les voie lire et qu’on les sache présents.

Ainsi pour chacune des méchantes pages qu’ils écrivent ce sont dix portraits d’eux-mêmes qu’on trouvera sur les réseaux sociaux devenus le cadre du grouillant Panthéon où ils fabriquent vaille que vaille leur emphatique notoriété, vantant l’ouverture de leur public, l’attention dont ils ont été l’objet, la beauté et la richesse exceptionnelles de leurs rencontres.  

Nadar qui était pourtant photographe rirait encore de ces modernes Falempin : ces créatures trop occupées d’elles-mêmes pour réaliser l’abîme qui les sépare de ceux qui faisant œuvre vraie ne cherchent pas d’abord à se montrer. À occuper la place au milieu du cliché.



[1] C’est elle qui en effet porte le numéro 1. Hugo quant à lui devant se contenter du n° 8 !

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