![]() |
| Roger de La Fresnaye, détail de La Conquête de l'air, 1913 |
J’ai pris l’habitude ces derniers temps de converser plus ou moins longuement avec mon ami Martin, afin d’y voir plus clair sur des questions qui me préoccupent. Généralement des questions d’art, principalement de poétique. Peut-être que le verbatim de la conversation que nous avons eu à propos de ma critique de ce que j’ai appelé la poésie Disney, continuera d’intéresser quelques-unes des personnes qui passent sur ce blog.
Martin : Depuis ton texte sur la poésie Disney, certains semblent persuadés que tu t'es mis à distribuer des certificats de bonne et de mauvaise poésie.
Moi : Ce n’est pourtant pas tout à fait ce que j'essaie de faire.
Martin : Mais tu parles bien de combattre certaines formes poétiques.
Moi : Comme on combat certaines habitudes de pensée.
Martin : Voilà précisément ce qui dérange. Les gens qui se piquent d’écrire supportent généralement mal de se sentir jugés.
Moi : Parce qu'aujourd'hui toute critique est rapidement interprétée comme une condamnation des personnes. Or je ne parle pas des personnes. Je parle de certaines logiques d'écriture et de certains rapports au réel.
Martin : Le mot réel revient sans cesse dans tes textes.
Moi : Parce qu'il est au centre de la question.
Martin : Cette réflexion ne date d’ailleurs pas de tes considérations sur la poésie Disney.
Moi : Non.
Martin : Je la vois déjà dans ton ancien article sur les poèmes Photoshop.
Moi : Absolument.
Martin : À l'époque déjà, ce qui t'irritait n'était pas seulement la sentimentalité.
Moi : Non. Ce qui m'intéressait était la manière dont certains poèmes produisent une version artificiellement, sinon mécaniquement, corrigée du monde.
Martin : Comme une photographie retouchée.
Moi : Exactement.
Martin : Tu parlais de rivières, d'hirondelles, de pluie, de roseaux.
Moi : Oui.
Martin : Pourtant ces choses existent réellement.
Moi : Justement. Mais dans certains poèmes elles cessent d'être des réalités rencontrées pour devenir des signes immédiatement reconnaissables de poésie.
Martin : La rivière devient l'idée poétique de la rivière. L'hirondelle l'idée poétique de l'hirondelle…
Moi : Et le lecteur se retrouve plongé dans un univers de sensibilité convenu où tout en fait est maquillé.
