Qu’en
est-il des frontières ? Entre les vivants et les morts. Les humains et les
animaux. Les choses et leur représentation. La poésie et le théâtre. Les œuvres
et la vie. Do not cross répondent les esprits scolaires ou
administratifs. Franchissons ! Déplaçons ! Dit une fois encore Hélène
Sanguinetti qui, dans ce dernier livre, continue de maintenir ouverte cette large
circulation entre les êtres, les multiples formes du vivant, les espaces, les temps
et les imaginaires qui fait la réelle singularité d’une œuvre qui depuis plus
de trente ans s’ingénie à montrer que « vivre
[en fait] est partout ».
Emprunté à la
signalétique des interdictions, des périmètres de sécurité et plus précisément
ici celui sensé dans les musées empêcher le public de s’approcher trop près des
œuvres exposées, le titre de l’ouvrage a toute l’apparence d’un défi, voire
d’une provocation, attirant justement l’attention sur ces limites qui travaillent
depuis toujours notre existence aussi bien sociale qu’intime. Subies autant que
transgressées. Jusques à celles aussi qu’on s’impose à soi-même face au grand
déballage soi-disant expressif auquel on assiste aujourd’hui.
Dédiée à trois belles
figures artistiques, Kiki Smith, Germaine Richier et Sylvie Lobato, dont
l’œuvre trouve résonnance à l’intérieur d’elle, ainsi qu’à Claudine Galea
présentée comme femme de l’être, l’ouvrage ne cherche pas à commenter,
encore moins à décrire les œuvres des trois artistes dont il commence par nous
donner une reproduction. Si ces figures sont là c’est en tant que présences,
forces toujours agissantes, inspirantes, que le lecteur familier de leurs
créations ne reconnaîtra que çà et là, à travers des motifs, des silhouettes,
des allusions, des références qui restent en lien toujours avec l’univers
propre, l’histoire personnelle ainsi que l’ardente autant que vulnérable intimité
de l’autrice.