samedi 18 juillet 2026

AVEC LES DÉCOUVREURS, UN TEMPS PEUT- ÊTRE QU’ON N’AURA PAS TOUT À FAIT PERDU.

Absent au cours de ces derniers mois, je n’ai pas rendu compte ici du bien sympathique éloge que le poète François Coudray a fait dans En attendant Nadeau du blog des Découvreurs. Cela fait toujours bien plaisir de voir son travail reconnu à l’extérieur des étroites limites de son cercle local ou régional et de le voir légitimé par des personnes et des institutions dont l’autorité ne souffre pas la discussion.

Depuis la parution de cet article, le blog des Découvreurs a passé le cap du million de vues, franchi assez régulièrement celui du millier de visites par jour et s’est enrichi de quelques nouveaux billets consacrés à des poètes majeurs comme Ariane Dreyfus ou Camille Loivier.

mercredi 15 juillet 2026

À PROPOS DES UTOPIQUES, 3 DE GILLES JALLET À LA RUMEUR LIBRE. LE LIVRE COMME PROMESSE D’ÉTERNITÉ.


 

J’aime quand un livre, surtout de poésie, m’amène à me tourner vers des domaines de connaissance dont jusque là j’ignorais tout. On sépare trop la poésie du savoir. La réduit trop au seul sentiment. Au sensible. Alors qu’on sait bien qu’elle a depuis toujours partie liée avec ce que j’appellerai la science réfléchie et interrogeante du monde. Voici plus d’une dizaine d’années que je passe chaque matin entre une Barque des morts et une pyramide pour longer sur quelques mètres ce petit Nil que des jardiniers paysagistes ont figuré juste à côté de chez moi pour célébrer dans le jardin qui porte aujourd’hui son nom, mon ancien compatriote, le grand Mariette Pacha qui, dans la seconde moitié du XIXème siècle, en Égypte, mit à jour quantité de sites, fouillant plus de 300 tombes, exhumant plus de 15000 objets dont ce fameux Scribe accroupi qui fait aujourd’hui l’une des fiertés du département d’égyptologie du Louvre. Je vis à proximité d’une image de l’Egypte ancienne et ne sais pourtant rien, moi qui me crois cultivé, de son exceptionnelle littérature. Une littérature dont on peut dire qu’elle fut pourtant la première dans la longue histoire de l’humanité à tenter d’éclairer le monde.

dimanche 12 juillet 2026

RÉÉDITION PAR LE CASTOR ASTRAL D’UNE HISTOIRE PASSERA ICI, UN SUPERBE RECUEIL DE POÈMES WESTERN D’ARIANE DREYFUS.

Les éditions du Castor Astral viennent d’avoir la bonne idée de nous proposer la réédition d’Une histoire passera ici, un ouvrage d’Ariane Dreyfus autrefois publié dans la célèbre collection dirigée par Yves Di Manno chez Flammarion. Je me souviens d’autant mieux de cet ouvrage que c’est en en rendant compte en juillet 1999 dans la Quinzaine littéraire, avec laquelle j’entamais une collaboration qui allait durer jusqu’à sa disparition une grosse dizaine d’années plus tard, que j’allais progressivement me mettre à consacrer de plus en plus de temps à cette activité critique de présentation et de partage que je poursuis toujours aujourd'hui avec les Découvreurs.

Relisant cet article, à la lumière bien sûr de tous les livres d’Ariane que j’ai pu lire par la suite, de ma connaissance aussi devenue plus large de la poésie contemporaine et de ses principaux enjeux, je me dis que j’aurais sûrement dû davantage insister sur l’aspect chorégraphique de cet ouvrage où l’homme, la femme, le personnage, l’auteur, tour à tour comme en même temps, nous apparaissent au principe des différents moments de vie qui se voient évoqués, sur la manière aussi dont ce livre entreprend concrètement de faire éprouver l’intérieure musique des êtres, principalement à travers la nudité des gestes et des visages, le silencieux autant que sensuel mouvement qui les relie non seulement entre eux mais à ces diverses et muettes présences composant avec eux tout le vivant immense. Je me rends également compte que j’aurais pu quand même un peu préciser la nature de ces montages auxquels recourt l’art singulier d’Ariane, faits principalement de notations sensibles, d’images brèves, d’interrogations fulgurantes, de pensées traversantes qu’elle fait se succéder souvent de façon syncopée préférant toujours dans ses changements de plans ou de focales opérer par transition affective ressentie plutôt que par enchaînements logiques.  Plus un livre est riche et profond, c’est vrai, plus il y a de risques d’en laisser bien des aspects dans l’ombre. Finalement ce n’est pas si grave s’il se trouve malgré tout des lecteurs qu’on aura quand même engagé à y aller de leur côté voir. Et s’en nourrir à leur façon.

mercredi 8 juillet 2026

HABITER POÉTIQUEMENT UN LIEU : LIGURIE- POÉSIE, UN BEAU TEXTE DE SYLVIE DURBEC ADRESSÉ AUX DÉCOUVREURS.

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Il y a quelques semaines, alors que je continuais à memployer à transformer en jardin ma petite oliveraie à quelques kilomètres au-dessus de San Remo, Sylvie Durbec ma confié un court texte à propos de ce qui lattachait quant à elle à lensemble de cette Ligurie dont elle lit et parfois aussi traduit, depuis bien longtemps, les poètes.

Forme assez singulière de cartographie littéraire, ce texte convoquait les voix de Montale, Caproni, Sbarbaro, Campana, Calvino, non comme des références savantes mais dattachants compagnons de route, chacun éclairant pour notre autrice une certaine manière dhabiter le monde.

Ce texte très personnel ma touché et jai trouvé bon de le partager sur ce blog. On y verra comment un territoire géographique par lintermédiaire de sa poésie peut devenir un espace de résonances où se croisent souvenirs, mythologies familiales, hypothèses généalogiques, et rêveries dappartenance. Bref un nouvel espace de langue et de filiation.

Les poètes quévoque rapidement ici Sylvie Durbec sont assez mal connus de nous. Comme est généralement aussi méconnue cette région d’Italie que les touristes réduisent à ces fameuses Cinque Terre quils contribuent dailleurs par leur affluence massive à rendre aujourdhui infréquentables. Merci donc à elle pour ce que son texte propose en profondeur à la découverte. Et de nous rappeler que le vrai lieu de notre habitation ne se confond pas toujours avec notre adresse postale.

samedi 4 juillet 2026

UN RECUEIL DE SYLVIE DURBEC ET DE CLARA REGY AU CHAT POLAIRE : DANSENT BOLS ET SEAUX AVEC ILLUSTRATIONS DE GWEN GUÉGAN.


 

Depuis longtemps j’apprécie chez Sylvie Durbec autant que chez Clara Régy l’inventive liberté avec laquelle elles jouent des formes, des mots et des images pour produire à partir de leur vécu, de leur relation aux lieux, en particulier de l’enfance, leur attachement aussi aux figures littéraires et parentales, un art subtil et toujours un peu décalé de la suggestion.

jeudi 2 juillet 2026

QUAND LA POÉSIE TIENT LA BALANCE DU JUGEMENT : LE LIVRE DES AMIS ET DES ENNEMIS DE CLAUDE MINIÈRE AU DERNIER TÉLÉGRAMME.

Les véritables amateurs de poésie connaissent l’œuvre de Claude Minière, dont les éditions Dernier Télégramme republient aujourd’hui un texte paru en 2020 : Le Livre des amis et des ennemis. C’est un mince volume d’une trentaine de pages, composé de 102 courts poèmes, le plus souvent formulés sous forme d’assertions définitives. Associées à l’exergue[1] empruntée au Livre des morts de l’ancienne Égypte, ces propositions confèrent à l’ensemble un caractère quasi sapientiel, qui ne manquera sans doute pas de tenir à distance les poétaillons d’estrade et de salon.

« Que les médiocres aient le plus grand succès / voilà qui est normal / je combats la tentation de glisser à cette adhésion / Ne m’y soumets pas ».

C’est en gardant à l’esprit le parcours de Minière — de sa participation aux avant-gardes des années 70 à son dialogue constant avec les grandes œuvres classiques, de sa pratique du poème à son intérêt pour les arts plastiques et la philosophie — qu’il convient d’évaluer le poids de cette parole exigeante, qui entreprend de tracer les contours de sa Vérité et d’en partager l’enseignement.