vendredi 14 août 2026

D’UNE CERTAINE POÉSIE COMME FABRIQUE DU MÊME.

SILLY SYMPHONY, WALT DISNEY, FLOWERS AND TREES, 1932

Chaque jour on croit lire de la poésie. Mais ce n'est pas de la poésie, c'est de la décoration verbale. Le sens s'évapore à mesure que les images s'accumulent, et le flou est sommé de passer pour de la profondeur.

Le grand public aime cette poésie de papier peint où le vent feint de souffler, les arbres de frémir et où les sentiments ne sont en fait que des motifs choisis arbitrairement sur catalogue.

Rien là-dedans ne se révèle ou n’interroge vraiment. Collectionnant les effets souvent les plus faciles, prenant l’indétermination pour un mystère et l'arbitraire pour une vision, ces textes réduisent ce qui pourrait être une authentique aventure de langage en quête de son réel propre à une entreprise méthodique de vaporisation du sens.

À cette vaporisation du sens s'ajoute une incessante personnification du monde. Les arbres soupirent, les pierres se souviennent, les saisons sourient, les nuages s'attristent. La Terre parfois s’encolère. Tout y devient familier, expressif, attendri, compatissant, comme si rien ne pouvait exister hors du registre émotionnel humain. C'est alors une forme insidieuse de disneyification du monde qu'entretiennent ces poèmes. Refusant de s'ouvrir à la radicale altérité du réel, ils n'opèrent chez leur lecteur qu'un retour rassurant et faussement empathique au même.

Le succès d’une telle poésie auprès d’un certain public tient précisément à ce qu'elle n'exige presque rien de lui. Nulle épreuve de l'attention, nulle confrontation à l'étrangeté, nulle mise en crise des habitudes de perception. Elle offre les signes extérieurs de la profondeur sans en imposer le travail. Le lecteur s'y sent poète à peu de frais, ému sans avoir été atteint, alerté même parfois, sans avoir rien découvert.


 

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