Il est toujours difficile de bien se faire comprendre. Sans doute parce qu'on ne comprend jamais tout à fait bien, soi-même, les choses. Ainsi des rapports entre poésie et engagement que certains tiennent pour évidents, tandis que d'autres les récusent absolument. Souvent, les désaccords tiennent moins aux réalités, qu'aux mots que l'on emploie pour les désigner.
Je commencerai donc par une précaution. La poésie n'existe pas. Ou plutôt il n'existe pas une essence de la poésie dont tous les poèmes ne seraient que les illustrations plus ou moins réussies. Il n'existe que des poèmes. Écrits par des individus différents, porteurs d'expériences, de cultures, de sensibilités, de convictions et de projets différents. À cela s'ajoutent des exigences inégalement élevées face à la langue, des capacités de travail variables ainsi qu'une plus ou moins grande résistance à cette tentation permanente qu'est aujourd’hui devenue, le narcissisme.
Tous les claviers, pour reprendre la belle expression de Laforgue, sont légitimes. Dès lors bien sûr que l'on sait en jouer. C'est ainsi que peuvent coexister dans une même histoire de la poésie un Mandelstam, un Celan, une Tsvetaïeva, un Darwich aussi bien qu’un Jammes, un Follain, un Supervielle, un Ponge ou un Breton.

