comme l’herbe à nouveau imprime en mon corps sa fragile typographie ouvre la page / champs où l’enfance courait parmi les herbes hautes les ombelles ombrelles flottantes des achillées des ciguës des grandes astrances et la rouille acidulée des oseilles / lorsque les vaches ne louaient pas les prés où / maintenant / poussent lotissements et chalets en forme de pavillons et même d’immeubles route / trois fois élargie et quoi renié sur le bord de laquelle coulaient / pour la première fois / les larmes de l’aïeul chênes et châtaigniers arrachés qu’une autre enfance / bien plus lointaine encore / avait plantés pour ombrer le chemin apprend-on ainsi / à aimer la disparition
son goût de terre craquelée
Oui. C’est une poésie de la participation tout entière de l’être à la physique même abîmée du monde que nous propose François Coudray dans ce recueil que viennent de me faire parvenir les éditions Bruno Guattari. Et c’est dans la conscience douloureuse et tremblante souvent qu’il a du temps, des morts qui le traversent, que progresse l’ouvrage dont le titre marque bien l’intention : celle d’une volonté de résistance contre une triple asphyxie : l’asphyxie écologique d’un monde dit « saccagé », l’asphyxie intime d’une somme de pertes subies, à commencer par celle personnelle de l’enfance, et celle pour finir du langage menacé par l’impuissance comme le trop plein des mots.










