S’inscrivant dans une lignée de voix blessées et lucides, aux côtés de Violette Leduc, Franck Venaille ou Georges Bataille, tous trois convoqués dans le texte comme figures tutélaires du dire impossible, l’ouvrage de Benoit Colboc fait bien du corps, du corps d’enfance dont il lui est presque impossible de se défaire, le véritable théâtre d’une mémoire profondément meurtrie, rendant difficile de vivre. De s’éprouver aussi à part entière, malgré le temps, homme fait.
Mais le temps bien entendu fait son œuvre. Qui peu à peur encore vous encombre de morts. Ces morts qui dans les derniers textes accompagnent l’auteur et dont le souvenir scande ses marches dans la villejolimentriste qui sert de contrepoint au paysage des origines où la parole n’était pas de mise, où rien ne devait se savoir à l’extérieur. Le poème aujourd’hui quand même à sa façon s’y aventure. Qui en demeure un peu cassé. D’une expressivité à la fois crue et sourde. Laissant encore beaucoup à deviner. Et pour les âmes blessées qui le liront, à ressentir et entendre.
Extraits :
peur à l'intérieur
terre retournée qui laisse derrière elle des morts
de l'enfance
fragments de moid'homme
il y a des comptes entre les deux
du pèsemapersonne que
je
ne règle pas
me cache sans oublier
l'enfant qui tue des poules pour épater son amie
c'est moi qui le fais
le presque moid 'homme de 49 kilos qui monte sur sa jument
bride serrée rempart de l'époque et cravache parce qu'il n'a pas
le courage d'être en colère contre lui tout seul
c'est moi qui le fais
à des animaux incapables de se défendre
vulnérables
et peu importe le texte les peurs ma peau de lait je serai
toujours celui-
là qui
fait cela
mal et tue
avec les mains d'aujourd'hui je garde et j'enferme la main
mauvaise sous peur et tremble au présent pour faire taire
le monstre de l'enfance
toujours là
dressé
avec tous ses aguets
dans le corps et dans la tête.
page 33
Les morts au coin des rues
je regarde les sourires
complices
de cette peur nouvelle dont le jeune homme de la vingtaine
s'est si souvent moqué aujourd'hui c'est le corps et plus qui dit
j'ai peur
du corps vers la mort
la peau défaite de son lait pour la laisser chanceler ailleurs dans
l'impasse que seul écrire parfois trembler permettent d'entrevoir
le bout
ne pas mourir écrit le poème pour tenter de vivre et aller boiter
plus loin
d'épuiser le ou des mots pour ne pas les laisser trop s'oublier
dans le bétail depuis ce temps parti en fuite
d'enfance et de ferme
ralenti par les mains du soir et de la nuit de moins en moins
s'arrêtent sur mon épaule passée de lait à vaisseau fantôme d'un
corps qui avance chaque pas davantage vers ces lettres dont
le flou se dissipe la peur aux jambes et leur mise en garde
là où partout commence à s'écrire
attention ne pas approcher
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