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Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.
mercredi 13 septembre 2017
mardi 12 septembre 2017
RECOMMANDATION : SIDÉRER, CONSIDÉRER DE MARIELLE MACÉ.
![]() |
Cliquer pour lire un extrait du livre |
Ceux qui suivent depuis ses
débuts notre blog gardent peut-être en mémoire la recommandation que nous avons
faîte, lors de sa publication, du beau livre de Sylvie Kandé, La Quête infinie de l’autre rive, qui
avait, entre autre, le mérite de nous faire voir les migrations actuelles non
plus comme des actes de désespoir mais comme affirmations d’être relevant, pour
qui sait les comprendre de l’intérieur mais aussi dans leur histoire, d’une
véritable geste héroïque.
Sans bien entendu recourir au
caractère épique de la poète franco-sénégalaise, l’ouvrage de Marielle Macé nous
amène aussi à considérer autrement ces vies que nous sommes toujours trop
nombreux à recevoir comme « au fond
pas tout à fait vivantes » ou comme l’écrit Judith Butler qu’il cite « comme des non-vies, ou comme partiellement
en vie, ou comme déjà mortes et perdues d’avance, avant même toute forme de
destruction ou d’abandon ». Non !
Répond avec la plus grande énergie Marielle Macé : ces vies sont au
contraire « absolument vivantes » !
Et d’affirmer, comme nous le montre bien encore au passage le livre de Sophie G. Lucas, moujik moujik, que nous nous
réjouissons d’avoir sélectionné pour le Prix des Découvreurs 2018, que « les vies vécues sous condition d’immense
dénuement, d’immense destruction, d’immense précarité, ont sous ces conditions
d’immense dénuement, d’immense destruction et d’immense précarité, à se vivre.
Chacune est traversée en première personne, et toutes doivent trouver les
ressources et les possibilités de reformer un quotidien : de préserver,
essayer, soulever, améliorer, tenter, pleurer, rêver jusqu’à un quotidien, cette
vie, ce vivant qui se risque dans la situation politique qui lui est
faite. »
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Démantèlement par les CRS de la zone sud de la "Jungle" de Calais, le 16 mars 2016 |
Cette reconnaissance ne peut pas aller
sans colère. Colère devant « l’indifférence,
le tenir-pour-peu, par conséquent la violence et la domination […] toutes les dominations,
celles qui justement accroissent très concrètement la précarité. » Et là justement se trouve l’une des vertus
principales du poète, de l’artiste, affirme Marielle Macé qui rappelle Hugo,
Baudelaire, Pasolini et appuie sa réflexion sur l’Austerlitz de Sebald, la relation de Walter Benjamin à sa
bibliothèque, le film de Claire Simon, le
Bois dont les rêves sont faits, les récits attentifs mais dénués de pathos
d’Arno Bertina ou, pour finir, sur le très beau livre de Jean-Christophe
Bailly, Le Dépaysement dont elle
retient l’idée qu’un pays n’est pas un « contenant » mais « une
configuration mobile d’effets de bords » ce qui nous impose de « ne pas enclore chaque idée de vie mais au
contraire de l’infinir et reconnaître
ce qui s’y cultive ».
Car ce qui s’y cultive, souligne
bien Marielle Macé, n’est pas que la pure négativité de la souffrance, du deuil
et de la misère. S’y cultivent aussi l’adaptation, le bricolage, l’invention,
l’utopie, le rêve, … bref tout un système de compétences qui mis en œuvre avec parfois
de formidables énergies vise à organiser ou réorganiser la vie et à lui donner
ou redonner humainement forme. Les preuves n’en manquent pas. Comme ce dont
témoigne le travail du Pôle d’exploration
des ressources urbaines ( PEROU), un collectif de politologues, de juristes, d’urbanistes
d’architectes et d’artistes : l’installation en moins d’un an et dans les
conditions détestables qu’on sait, par les 5000 exilés de ce qu’on a appelé la
Jungle de Calais, de « deux églises,
deux mosquées, trois écoles, un théâtre, trois bibliothèques, une salle
informatique, deux infirmeries, quarante-huit restaurants, vingt-quatre
épiceries, un hammam, une boîte de nuit, deux salons de coiffure. »
Détruire à grands coups de pelleteuse comme le font les « autorités » cet existant, pour en
déloger les migrants ne se réduit pas simplement à réduire par les moyens de
notre technologie, mécanique et policière, des abris insalubres, montés à
partir de matériaux précaires qui défigurent le paysage, c’est surtout démolir
des idées, « des idées de vie, qui
se tiennent tout à fait hors de la vie partagée mais qui disent qu’on pourrait faire autrement et accueillir
autrement. »
Alors, oui, Sidérer, considérer, sous-titré Migrants en France, 2017 est
un livre qu’il faut lire pour, qu’enfin débarrassés de l’écœurante parure de
bons sentiments qui nous amènent à verser des larmes hypocrites sur les
souffrances dont le monde se contente trop souvent de nous livrer le spectacle,
nous nous mettions à reconnaître en chaque démuni une vie qui elle aussi
s’invente et se cherche et a toujours quelque chose à nous dire. Pas seulement
sur ce qu’elle est mais aussi sur ce que nous pourrions être. Avec plus
d’intelligence et surtout de réelle attention envers tous ces possibles que
tellement, malgré tous nos savants discours et nos grandes mais infertiles résolutions,
nous négligeons2.
NOTES :
1.
On
lira à cet égard avec beaucoup d’intérêt les premières pages du livre qui
analysent avec acuité le paysage urbain dans lequel s’est établi le camp de
migrants et de réfugiés dont part Marielle Macé pour lancer sa réflexion sur le
caractère sidérant dans certaines de nos villes des indécents voisinages qui s’y
produisent.
2.
Voir
pour prolonger cette idée de fertilité : http://lesdecouvreurs2.blogspot.fr/2016/09/exoten-raus.html#more
mercredi 6 septembre 2017
À PROPOS DES 2 OMBRES ATTACHÉES DE PIERRE DROGI AUX ÉDITIONS LANSKINE.
Entre l’idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre
Car Tien est le Royaume
Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre
La vie est très longue
Thomas Stearns Eliot, The Hollow
men, 1925
Traduction de Pierre Leyris
Qu’attendons-nous de la lecture
d’un poème ? Ou plus exactement de la lecture d’un livre de poésie. Que
nous ne nous contentons pas de simplement parcourir, feuilleter pour en
produire ensuite quelques lignes qui fassent plaisir à l’ami ou à la connaissance
qui nous l’a adressé. J’avoue que je ne sais toujours pas trop bien répondre à
cette singulière question. Lisant et relisant ces derniers jours les 2 derniers
ouvrages de Pierre Drogi que viennent de publier les éditions Lanskine je
m’aperçois que je balance de plus en plus entre le désir de me sentir ébranlé,
déporté, déconcerté par la puissance de bouleversement d’une parole que je sens
habitée et le besoin tout aussi fort de me trouver accueilli, contenu, relié au
cœur d’une pensée qui fasse pour moi sens et ne me perde pas au cœur de la
forêt.
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La Pudeur Antonio Corradini, Naples |
Les deux Ombres attachées que produit Pierre Drogi me touchent et me
rejettent. J’en comprends bien, je crois, l’impossible projet d’installer par
le poème « une formule d’air »
(I 58) permettant d’étreindre ou du moins
de le tenter l’intervalle existant entre nous et le monde. Entre les mots
et la réalité. Entre nous et les autres. Entre l’auteur et ses lecteurs. Entre
les temps qui nous composent. Et les espaces. Tant nous sommes à cœur et plus
sans doute que les atomes dont nous parle Epicure, faits de distances. Et de
vides. Et je comprends aussi cette volonté de se projeter hors de soi, pour
écouter, regarder, regarder de tous nos
yeux (I 70), nos yeux devant, derrière, la terrible altérité des choses.
Mais quel large filet de paroles, quel artificieux voile de mots (invelato) saura venir un jour enserrer,
épouser, comme dans ces extraordinaires sculptures que j’ai pu admirer tant de
fois dans la chapelle Sansevero de Naples, le corps fuyant, vivant, de la
réalité. Les mots semble nous dire Pierre Drogi ne retiennent que cendres.
Comme ce cadavre de chien qu’il évoque pris par les retombées de l’éruption du
Vésuve (I 72).
mercredi 30 août 2017
S’INCORPORER TOUTES LES BEAUTÉS DU MONDE. ANGÈLE PAOLI À L’ÉPREUVE DE SES ITALIES.
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PIERO DI COSIMO LA MORT DE PROCRIS |
Depuis Stendhal chacun sait bien
qu’un esprit cultivé et sensible ne peut sortir indemne de la contemplation de
la beauté quand elle surgit de plus à foison de certains lieux privilégiés1.
Le beau livre que notre amie Angèle Paoli, vient de consacrer à rassembler ses
souvenirs d’Italie, sous la forme de nouvelles poétiques au caractère un peu
tremblant et lâche2, vérifie une nouvelle fois la troublante et
incontrôlable puissance d’émotion que possèdent certains sites. Certaines œuvres.
L’idée aussi que nous nous faisons de certaines vies prises en certains de ces lieux.
Italies Fabulae, est un livre de voyages. Qui comme tout vrai voyage
mène tout autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de soi. Le lecteur lui-même
voyageur retrouvera sans doute d’abord avec plaisir ces évocations contrastées des
multiples visages de Venise et de sa Lagune, de la riche campagne toscane où se
cache toujours au fond de quelque bourg un reste de fresque dû à quelque
grand peintre renaissant, des anciens combats de Florence pour assurer son
indépendance et asseoir le prestige de sa prétendue République, des splendides
promontoires de la côte amalfitaine, pour ne rien dire de la merveilleuse
histoire qu’il connaît depuis sa lecture de Roger Caillois, de la fontaine
Aréthuse à Ortygie, cette île au bout de l’île, à Syracuse, où se retrouvent si
intimement mêlés époques et continents.

Et c’est cela que je devine en
creux dans les proses intranquilles et traversantes d’Angèle Paoli. Dans sa
reconnaissance de l’infidélité et de la corruption des plus vifs souvenirs. Dans
les troubles jeux de désirs, d’apparition et de disparitions que ses fictions
mettent en scène. Et sa prédilection pour les œuvres inachevées, écartées, effacées,
dont elle s’efforce au passage de ressusciter l’image disparue3.
Il y a toujours quelque part dans un livre, une expression, un mot, à travers lesquels s’organise la vision que le lecteur s’en crée. Ce mot je l’ai trouvé personnellement dans les toutes premières pages. Il n’était à ce moment que le nom pittoresque et paradoxal – l’Écharde - d’une belle et antique propriété destinée à un séjour luxueux de vacances dans la campagne toscane. Mais je l’ai retrouvé plus loin, venu nommer ce pont sur l’Arno, ce pont de la Scheggia, qui permit en 1440 aux troupes florentines de facilement remporter, aux dires de Machiavel, cette bataille d’Anghiari4 dont Angèle Paoli cherche à reconstituer sur le terrain l’histoire jusqu’à la disparition de la fresque que Léonard de Vinci reçut mission d’en réaliser pour orner la fameuse Salle du Grand Conseil (appelée aujourd'hui salle des Cinq-Cents) du Palazzo Vecchio. Étrangement, le retour de ce mot qui aurait pu me renvoyer à tant de vifs et brulants souvenirs de jardins, de campagne, m’a rappelé la célèbre phrase de Saint-Paul évoquant sans plus de précision le mal qui à ses dires l’accompagna tout au long de son existence5 pour me conduire à reconnaître dans l’ensemble des fabulae dont la poète corse compose son ouvrage, la marque de ce subtil agacement d’âme et de sensibilité, la présence de ces touches douloureuses dont s’accompagne l’intime pénétration en soi des images infiniment fantasmées que multiplient la découverte et l’inquiète fréquentation de la plupart des hauts lieux culturels.
Il n’y a pas de jouissance sans
un certain fond de manque et de douleur. Comme l’écrit superbement Baudelaire
dans le Confiteor de l’artiste
« L’énergie dans la volupté crée un
malaise et une souffrance positive. » Je ne dirai certes pas que les
beaux textes d’Angèle Paoli sont l’expression, comme on le voit dans l’œuvre
tellement singulière et habitée d’un Pierre Michon dont à certains égards on
peut la trouver proche6, d’une telle souffrance. À l’inverse du
poème de Baudelaire, ses Italies se
concluent sur un éloge de la sérénité. Mais si l’auteur ne connaît pas ou ne
nous montre pas le déchirement terrible ici de la beauté, elle est loin, assurément de
n’en pas ressentir la secrète griffure. D’en ignorer l’écharde. La sourde, vive
et fulgurante pénétration.
NOTES
1.
Voir le fameux syndrome de Stendhal décrit par ce dernier dans son Rome, Naples et Florence. Paris 1826. « J’étais arrivé à ce point d’émotion où se
rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les
sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur,
la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »
2.
Loin de moi l’idée d’en faire à Angèle Paoli le
reproche. Le caractère particulièrement lâche, distendu de la trame narrative
n’est pas chez elle à proprement parler une faiblesse. Le caractère de nouvelle
qu’elle imprime à ses souvenirs et le flou avec lequel tout particulièrement
dans sa section consacrée à Venise elle passe dans l’emploi des pronoms du
« Je » au « nous » puis au « Ils » et au
« Elles » sont à mettre au compte d’une simple volonté de distance. Justifiée
par le défaut de mémoire dont elle a profondément conscience et qui rend à ses
yeux plus légitime une fiction conçue comme l’indique à la page 10 du livre la
référence à J.B. Pontalis, sur le mode de la rêverie éveillée.
3.
Cela est le plus visible dans le texte intitulé Mocajo qui s’ouvre sur une belle
épigraphe d’Élie Faure : « La
fresque est faite pour fixer l’instant passionnel dans une matière solide comme
la méditation. »
4. Voir WIKIPEDIA :
5.
Voir la seconde épitre de Saint Paul aux Corinthiens :
« Et de crainte que l'excellence de
ces révélations ne vînt à m'enfler d'orgueil, il m'a été mis une écharde dans
ma chair, un ange de Satan pour me souffleter, afin que je m'enorgueillisse
point. »
6.
Voir en particulier Maîtres et serviteurs Verdier 1990, où se trouvent évoquées 3
figures de peintres : Goya, Watteau et Piero della Francesca.
L’illustration de cette note de
lecture a été suscitée par le texte d’A. Paoli intitulé Hécate endormi qui m’a irrésistiblement fait penser à ce si
mystérieux et inoubliable tableau de Piero di Cosimo dont je n’ai pas manqué la
grande exposition que les Offices lui ont consacrée durant l’été 2016.
Je note enfin la belle postface qu’Isabelle
Lévesque aura écrite pour ce livre.
dimanche 27 août 2017
PAUL DE BRANCION. L’OGRE DU VATERLAND. ÉDITIONS BRUNO DOUCEY.
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Illustration de Gustave Doré pour le Chat Botté |
Depuis l’explosion dans nos sociétés narcissiques
de la littérature du moi nous ne
manquons pas d’ouvrages pour continuer d’instruire l’interminable procès des
familles et retracer les combats plus ou moins insidieux que se livrent leurs
membres. Il en est cependant peu à ma connaissance qui atteignent l’originale
efficacité de ceux que le romancier et poète Paul de Brancion, a consacrés en
2011 à la mort de sa mère d’abord puis tout récemment, sous le titre de L’Ogre du Vaterland, à « l’incroyable histoire de Léon Jacques S.»
son père.
Commençons par bien remarquer cela qui
distinguera par exemple clairement cet ouvrage de ceux, particulièrement
violents, qu’un Patrick Varetz aura consacrés avec Bas monde et Petite vie,
à son « salaud de père » et
à sa « folle de mère »1. Dans L’Ogre
du Vaterland, publié en 2017, soit un peu plus de cinq ans après la mort de
son père, l’auteur/narrateur décrivant ce qu’il appelle « les effroyables travers de Léon Jacques »
dont il se reconnaît lui-même « porteur
contaminé mais conscient », ne fait pas que tenter de s’amputer de
cette « gangrène »
psychologique et morale qu’est le prolongement en lui de la monstruosité paternelle. Il brosse pour
nous le tableau effrayant des dessous d’une famille de la grande bourgeoisie de
la seconde moitié du XXème n’hésitant pas à dénoncer ce
qui se cache de petitesse sordide derrière certaines carrières qu’une société
soumise au prestige du nom et de l’argent continue cyniquement à ériger en
modèles. Il y a en effet du piquant à lire les notices nécrologiques qu’on
trouve sur le net des personnes publiques réelles dont nous parle Paul de
Brancion pour les confronter au portrait corrosif des personnages qu’il en fait.
Et l’on ne peut que louer l’auteur d’avoir eu le courage qui ne va pas de soi,
de dégonfler de l’intérieur la baudruche de ces beaux ménages d’héritiers qui
ne tiennent que par l’intérêt. Et qui reportant tout au plan des satisfactions
sociales, génèrent dans leur entourage proche haine et détestation.
vendredi 18 août 2017
DISPARITION DE FADWA SOULEIMANE, PREUVE DE LUMIÈRE ET DE NUIT.
Fadwa Souleimane en intervention en mars 2016, dans un lycée de Boulogne-sur-Mer |
La poète syrienne, Fadwa
Souleimane, qui reçut en mai 2016 le Prix des Découvreurs pour son recueil, A
la pleine lune, vient de disparaître. Elle n'avait pas cinquante ans. La mort
bien sûr, pour elle qui fut des touts premiers combats à Homs, était plus
que familière. Mais c'était vers la paix, la vie, qu'elle était résolument
tournée, toute entière portée par l'amour d'un pays dont elle connaissait mieux
que personne la grandeur et la beauté et dont elle se désolait que les
puissances occidentales pour les raisons économiques et géostratégiques qu'on sait, contribuent
par leur cynisme, à en rendre impossible l'évolution démocratique.
Nos pensées vont aussi
aujourd'hui à son éditrice, Emmanuelle Moysan, à qui nous devons la découverte
de cette femme de courage et de conviction qui aura profondément marqué, je
pense, les très nombreux jeunes gens qui l'ont rencontrée.
Nous reproduisons ci-après la
présentation que nous avons faite en 2015 de son ouvrage.
mardi 4 juillet 2017
ÉDUQUER NOTRE MERVEILLEUSE CAPACITÉ DE PAROLE. LE DOSSIER 2017-2018 DU PRIX DES DÉCOUVREURS.
CLIQUER POUR ACCEDER AU DOSSIER |
Le dossier de l'édition 2017-18 est désormais accessible. Avec les extraits des divers ouvrages sélectionnés, un certain nombre de pistes pour en prolonger la lecture et un nombre important d'illustrations destinées à ouvrir également le regard en direction d'autres formes d'art.
Nous en reproduisons ici l'avant-propos.
Oui. Nous avons besoin de parole. C’est la vie. Et c’est le propre des poètes ou de façon plus générale de ceux qui entretiennent une relation dynamique au langage que de témoigner de cette nécessité profonde. Et cela n’est-il pas merveilleux de réaliser que nous sommes dans tout le vaste univers connu, la seule parmi ces millions et ces millions, ces milliards, peut-être, d’espèces vivantes, la seule à disposer de cette capacité de prolonger notre existence en paroles. Des paroles qui nous survivent. Et que pour les plus abouties d’entre elles et les plus nourrissantes, nous pouvons nous transmettre de générations en générations.
Que la poésie soit une parole avant tout liée à la vie, à cette pression que sur nous elle exerce, chacun en trouvera aujourd’hui la preuve dans cette nouvelle sélection du Prix des Découvreurs. Plus centrés sur la sphère affective, privée ou familiale, que les éditions précédentes, plus facilement abordables par de jeunes lecteurs, plus courts également, les ouvrages que nous présentons à leur active curiosité parlent, dans le langage et les formes d’aujourd’hui, de chagrin, de perte, de solitude, de vulnérabilité et de difficulté à être, mais de désirs aussi, d’amours et de tendresses, dans le monde pas toujours bien facile qui nous est donné à vivre. Un monde où la diversité des origines et des conditions marque profondément les existences. Mais où les réserves d’énergie individuelles, la créativité et la généreuse ouverture de la pensée et de la sensibilité font aussi la différence.
lundi 3 juillet 2017
RECOMMANDATIONS DÉCOUVREURS. ÉTÉ AVEUGLE DE ROSE AUSLÄNDER
Été aveugle
Les roses ont un goût rouge-rance —
un été acide est sur le monde
Les baies se gonflent d'encre
et sur la peau de l'agneau le parchemin se rêche
Le feu de framboise est éteint —
un été de cendres est sur le monde
Les hommes vont et viennent paupières baissées
sur la berge aux roses rouillée
Ils attendent que la colombe leur porte des nouvelles
d'un été étranger sur le monde
Le pont de pointilleuse ferraille
ne s'ouvre qu'à ceux en ordre de marche
un été aveugle est sur le monde
Blinder Sommer
Die Rosen
schmecken ranzig-rot —
es ist
ein saurer Sommer in der Welt
Die
Beeren füllen sich mit Tinte
und auf der Lammhaut rauht das
Pergament
Das
Himbeerfeuer ist erloschen —
es ist
ein Aschensommer in der Welt
Die
Menschen gehen mit gesenkten Lidern
am
rostigen Rosenufer auf und ab
Sie warten auf die Post der
weissen Taube
aus einem
fremden Sommer in der Welt
Die
Brücke aus pedantischen Metallen
darf nur
betreten wer den Marsch-Schritt hat
Die
Schwalbe findet nicht nach Süden —
es ist
ein blinder Sommer in der Welt
Née le 11
mai 1901 à Czernowitz (Autriche-Hongrie ; actuelle Ukraine) et morte le 3
janvier 1988 à Düsseldorf (Allemagne), Rose Ausländer est une poétesse
d'origine juive allemande.
Comme le dit la
belle et longue présentation du regretté Gil Pressnitzer qu’on trouve
d’elle sur le site Esprits nomades, « son histoire semble être le symbole du
naufrage de cette Mitteleuropa, de cette culture de l'Europe centrale qui a
disparu dans les flammes et les camps de la mort ».
Nous ne
saurions trop recommander à nos amis enseignants de se pencher sur les textes
mais aussi sur la destinée de cet auteur qui, injustement méconnue fait partie
comme l’écrit Gil Pressnitzer de ces grands poètes juifs : Paul Celan,
Nelly Sachs, Ingeborg Bachmann qui, pour avoir fait intimement l’expérience de
l’horreur, donnent chair aux choses indicibles.
dimanche 2 juillet 2017
SÉLECTION DU PRIX DES DÉCOUVREURS. MACHINE ARRIÈRE DE SAMANTHA BARENDSON.
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Enfin. Avec
un peu de retard par rapport aux années précédentes nous publions aujourd’hui
le tout dernier dossier d’extraits consacré aux ouvrages sélectionnés pour le
Prix des Découvreurs 2017-2018.
Samantha
Barendson propose avec Machine arrière
– dont on pourra retrouver une présentation plus détaillée dans un précédent
billet - un retour sur les divers événements qui ont marqué son existence, à
travers une succession de poèmes simples, apparemment désinvoltes qui sont pour
elle le moyen de fixer ses souvenirs tout en les maintenant d’une certaine
façon dans la distance que créent par exemple ces anciennes photographies que
nous prenons plaisir à regarder même quand elles renvoient à des réalités qui
ne furent pas toujours plaisantes.
Bonne chance maintenant à tous
les auteurs sélectionnés. En espérant que cette nouvelle édition du Prix des
Découvreurs éveillera la même curiosité que les éditions précédentes.
vendredi 30 juin 2017
SÉLECTION DU PRIX DES DÉCOUVREURS. L’IMMENSITÉ DU CIEL DE JACQUES LÈBRE.
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Nous
présentons aujourd’hui le petit dossier d’extraits du livre de Jacques Lèbre, L’Immensité du ciel, paru à la Nouvelle
Escampette.
Le lecteur
intéressé se reportera à la recension que nous en avons faite en
son temps, sur ce blog.
Le Dossier
final et complet du Prix des Découvreurs sera mis en ligne dans le courant de
la semaine prochaine. Il précisera les modalités très simples d’inscription et
apportera les précisions utiles aux professeurs qui souhaiteraient faire participer
leurs élèves à cette opération dont nous rappelons qu’elle touche chaque année
de très nombreux élèves de diverses académies. Et surtout qu’elle vise à remplir une tâche
éducative majeure : aider les jeunes des écoles à s’inventer eux-mêmes. Dans
leur temps. À se constituer finalement en Sujets
actuels de leur propre parole.
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