jeudi 16 janvier 2025

DÉCOUVRIR UN EXTRAIT D’UN EFFONDREMENT PARFAIT DE JÉRÔME LEROY.

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REDECOUVRIR LIBREMENT COMPRIS DANS LE PAYSAGE.

 


 
Paru en 2010 chez Potentille, un de ces éditeurs dont on ne dira jamais assez ce qu’on leur doit pour continuer, envers et contre tout, à faire un peu reconnaître dans l’espace de nos sociétés ces travaux singuliers de parole, appliqués non seulement à élargir comme à approfondir les possibilités de la langue commune mais à résister comme ils peuvent aux divers formatages dont notre existence fait aujourd’hui de plus en plus l’objet, Compris dans le paysage, ce long poème dont je dis volontiers que c’est avec lui que j’ai enfin compris ce qu’était pour moi la poésie, reparaît sous une autre forme et sans doute avec de nouvelles significations, aux éditions LD.

mercredi 15 janvier 2025

GUIDO DA VIGEVANO : DE RARES IMAGES À PROPOS DE LA PRATIQUE DE LA MÉDECINE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIVème SIÉCLE.

Médecin, anatomiste, ingénieur militaire italien né en Lombardie autour de 1280, Guido da Vigevano ou da Pavia selon ce qu’il aura revendiqué ou ce qu’on lui aura attribué comme lieu de naissance, est de ces esprits ouverts, inventifs qui au cours de leur vie explorent les possibilités de leur époque. On lui doit par exemple la première automobile fonctionnant aux énergies nouvelles (voir) ainsi qu’un projet de sous-marin qui n’aura pas attendu donc son illustre successeur, Léonard de Vinci, pour voir le jour.

Le site du riche et magnifique Musée de Chantilly offre en accès libre le texte intégral d’un manuscrit de 1345 répertorié sous l’intitulé de Liber notabilium Philippi septimi, Francorum regis, a libris Galieni extractus, per Guidonem de Papia où se peuvent découvrir de lui 16 planches en couleur d’une petite trentaine de centimètres de haut, représentant des scènes de la vie d’un médecin chirurgien de l’époque ainsi que quelques rudimentaires anatomies. On y voit comment prendre le pouls d’un patient, l’ausculter et de façon un peu plus effrayante, comment opérer sur lui une trépanation puis une dissection… Il s’agit là d’images parmi les toutes premières, sinon les premières dont nous disposons en matière d’anatomie ce qui nous les rend d’autant plus précieuses. Et explique mon envie de les partager ici.


 

lundi 13 janvier 2025

UN EFFONDREMENT PARFAIT : UN RECUEIL DE PROSES DE JÉRÔME LEROY AUX ÉDITIONS LA TABLE RONDE.


 

Je ne sais ce qui ce matin, alors que je descendais ma rue pour me rendre au marché et m’extasiait de la lumière enfin de retour sur la ville, m’a conduit à penser à cet écrivain dont plus personne aujourd’hui ne parle : Roger Vailland. Celui de Drôle de jeu, certes, mais aussi de la Fête que dans mes propres années 80 je ne cessais autour de moi de recommander. Quelque chose de la personnalité de Jérôme Leroy dont, en vue d’en dire quelques mots ici, sur ce blog, je venais de reparcourir Un effondrement parfait que les éditions de la Table Ronde m’ont adressé il y a quelques semaines, n’est peut-être pas étrangère à la survenue de ce lointain souvenir.

jeudi 9 janvier 2025

NOTE BIEN TROP RAPIDE À PROPOS DU DERNIER LIVRE DE LAURE GAUTHIER, OUTRECHANTER, À LA LETTRE VOLÉE.


 

J’ai reçu outrechanter, le dernier livre de Laure Gauthier, paru à La Lettre Volée. Depuis longtemps j’apprécie le travail de Laure et me réjouis du succès qu’obtient son premier roman, mélusine reloaded dont je viens d’ailleurs de lire une superbe présentation, sur Sitaudis, sous la plume toujours exigeante de Jean-Pascal Dubost.

Dans la postface qu’il donne à outrechanter, Martin Rueff indique que, « du point de vue des motifs et du contenu […] Laure Gauthier se saisit de figures déposées dans l’histoire culturelle par la tradition [1][…] pour les assécher, les essorer afin de les rapporter à leur teneur vitale de douleurs incarnées. Ce détour par la culture est une donnée de la sensibilité. La tradition littéraire n’est pas ici un trésor à respecter, mais conformément aux exigences du modernisme, un matériel, et peut-être même un matériau comme l’est la langue. Cette matière attend sa mise en forme par la sensibilité parlante de la poétesse. Ce que dit la voix pathétique du poème articulé, c’est un savoir de la douleur des corps, de la violence de la séparation et de l’arrachement des existences ».

mardi 7 janvier 2025

VÉRITABLE POÉTIQUE DE L’ATTENTION : PAUL CELAN, SAUVER LA CLARTÉ, DE MARIE-HÉLÈNE PROUTEAU, CHEZ UNICITÉ.

 

Paul Celan, Sauver la clarté, publié aux éditions unicité, se présente comme une sorte de quête littéraire en douze chapitres où par des chemins qu’elle qualifie de buissonniers, Marie-Hélène Prouteau explore la vie et l’œuvre du grand poète de langue allemande qui, né en 1920 en Roumanie, se jettera un lundi d’avril 1970, dans l’eau noire de la Seine. Du haut du pont Mirabeau. Comme elle l’explique dans un Avant-propos (p. 13), « c’est un hasard objectif qui est venu faire étrangement signe. La découverte éblouie de deux fresques-poèmes de Celan. »

La première, qu’elle découvre lors d’un passage à Leyde[1], est l’œuvre de Jan Willem Bruins, le même à qui l’on doit à Paris, la célèbre transcription calligraphique du Bateau ivre de Rimbaud sur un mur de la rue Férou. Elle reprend les trois quatrains du poème Nachmittag mit zirkus und Zitadelle (Après-midi avec cirque et citadelle) tiré du recueil la Rose de personne. La seconde est visible au plafond de la résidence pour étudiants, Concordia, rue Tournefort où habita Celan dans les dernières années de sa vie. Elle est l’œuvre de Giuseppe Caccavale, professeur à l’École des Arts Décoratifs de Paris et reprend un poème, Aus dem moorboden (Du fond des marais) tiré de Partie de neige[2].

lundi 6 janvier 2025

POÉSIE. UNE SÉLECTION DÉCOUVREURS POUR ABORDER 2025.


Il est des habitudes auxquelles on aurait tort de renoncer.

Je ne sais si c’est le fait d’avoir pendant plus d’un quart de siècle proposé à ceux qui la connaissent peu de découvrir la poésie contemporaine à travers une sélection d’ouvrages aux formes diverses et aux tonalités variées qui m’amène en dépit de l’abandon en juin dernier du Prix des Découvreurs à partager encore en ce début d’année 2025 une sélection cette fois de dix ouvrages récents qui à mes yeux sont de nature à porter témoignage de la richesse et de l’ouverture d’un genre que ceux qui en restent à leurs souvenirs scolaires ou universitaires sont bien loin d’imaginer.

dimanche 5 janvier 2025

UN TRIPTYQUE SUR LES RELATIONS ENTRE TRAVAIL ET CAPITAL ! ADOLPH MENZEL À BERLIN VU PAR L’AUTEUR D’ESTHÉTIQUE DE LA RÉSISTANCE.

  

Depuis une dizaine d’années que mon ami Laurent Grisel me l’a fait découvrir, j’incite les personnes de ma connaissance qui me paraissent être en mesure de s’y plonger, car la lecture d’un tel livre pour passionnante qu’elle soit n’en reste pas moins exigeante, à lire l’Esthétique de la Résistance de l’écrivain et dramaturge Peter Weiss. Le théâtre de l’Odéon doit donner en mars prochain une adaptation – encore que je ne sois pas trop sûr de la justesse ici de ce terme – de ce long roman initiatique par le metteur en scène Sylvain Creuzevault. Je recommande à chacun de lire ci-dessous la note de présentation donnée par l’Odéon pour se faire une rapide idée de l’intérêt de cette œuvre réellement exceptionnelle. Et de lire avec attention cet extrait qu’on trouvera à la fin de la première partie de l’ouvrage et qui évoque un célèbre tableau du peintre Adolph Menzel que j’ai eu la chance il y a quelques années de voir à Berlin. L’acuité du regard de Weiss où préoccupation esthétique et revendication politique fondamentale ne font qu’une s’y manifeste à plein.

On nommait généralement ce tableau dont nous vîmes l’original plus tard à la National Galerie, l’Apothéose du travail. L’atmosphère de l’industrie lourde avait été rendue de façon convaincante, témoignant d’une grande connaissance en la matière. La vapeur, le vrombissement des marteaux, le grincement des grues et des chaînes de traction, le mouvement rotatoire des volants des machines, la chaleur du feu, l’incandescence du fer, les muscles tendus, tout cela se ressentait dans cette peinture. Le groupe des forgerons poussait le bloc de métal incandescent depuis la charrette relevée sous le cylindre dans le centre du tableau, à droite, à l’abri d’une plaque de tôle, accroupis parmi les tuyaux et les chaînes, quelques hommes se reposaient, mangeaient à la cuiller dans des écuelles, portaient une bouteille à la bouche et, sur le bord gauche du tableau, le buste nu, les hommes de l’équipe qu’on venait de relever se lavaient le cou et les cheveux. Chaque manipulation, chaque torsion et chaque flexion par-dessus les outils et même la fatigue, l’abattement de ceux qui étaient assis là dans le coin, était un élément constituant de l’immense halle ; se faufilant parmi les tiges et les tringles, la lumière du jour qui ne perçait la fumée qu’à quelques endroits, paraissait inaccessible. La description de cet engrenage sans fin, de ces corps en sueur n’exprimait rien de plus que la dureté du travail qui s’effectuait ici dans une totale soumission. La violence de ce qui était soulevé et brandi là, réglée et dominée, l’instant d’extrême concentration au moment de saisir les tenailles, la vigilance du contremaître barbu près du levier lorsqu’il recevait la pièce laminée, les corps enduits de suie qu’on frottait rudement, les brefs instants où tout s’éteignait, tout cela ne se référait qu’à un seul thème, le travail, le principe du travail et c’était un principe bien précis dont on ne pouvait définir la nature qu’après l’avoir minutieusement observé. Il ne s’agissait pas d’un travail comme celui dont parlait mon père, mais d’un travail accompli pour le prix le plus bas et le profit maximum de celui qui l’achetait.

mercredi 1 janvier 2025

BONNE ANNÉE 2025 !


 

Des traversées, des découvertes, des tentations, des combats parfois disproportionnés, l’impôt toujours à consentir au Prince et la roue de Fortune qui toujours tourne et tournera, avant que nous ne soyons emportés vers on ne sait quel au-delà ou en-deça… formons le vœu que nos belles images continuent d’accompagner encore longtemps nos existences pour les interroger, les mettre en perspective et nous offrir surtout ce souverain plaisir d’art moins inusable que nos vies.