samedi 18 novembre 2023

RÉÉDITION DE CÂBLE À ÂMES MULTIPLES DE DOMINIQUE QUÉLEN CHEZ LANSKINE.

Plutôt que de nous lancer dans une illusoire tentative d’élucidation de cette œuvre parue chez Fissiles en 2011 et que les éditions LansKine nous proposent aujourd’hui de redécouvrir, pourquoi ne pas tout simplement ou tout modestement nous contenter d’en partager ici le tout premier texte qui sans en rien dire directement en dit déjà beaucoup. Un câble d’acier nous explique un site spécialisé reprenant les définitions du dictionnaire est une machine, un assemblage de pièces qui transmettent forces, mouvement, et énergie les unes aux autres d’une façon prédéterminée et à des fins désirées. L’âme désigne la partie intérieure ou centrale de ce cable autour de laquelle viennent s’enrouler les fils. Mon  bagage technique étant des plus mesurés je ne me risquerai pas à suivre de bout en bout ou jusqu’au bout cette métaphore singulière de l’œuvre. Préférant pour ma part et pour l’instant me perdre dans l’atroce jubilation de voir le grand corps rassurant de mes représentations courantes, découpées, dépiécées, démembrées, remontées, par l’auteur. Un auteur duquel affirmer qu’il est comme une sorte de Docteur Frankenstein tentant de se refaire dans la langue un monde rien qu’à lui, à partir de ses propres ciseaux, gouges, limes, rabots, épissoirs comme barres à mine ou coupes-boulons…, ne m’interloquerait pas.

 


Un livre à système

 

L'œuvre est innervée comme par un assortiment de bâtonnets dc poisson plantés au hasard dans son système, et le sang du réseau principal et du capillaire emprunte un cours nouveau. On pourrait tout aussi bien, sur ce fond de sauce, élaborer une œuvre pétrie d'écueils et de machinations, dont l'ultime effet serait de leurrer le lecteur tant sur l'illusion d'avoir lu que sur l'utilité de la lecture : conçois donc, auteur de ceci, un contrat si fin, si fin qu'il ne soit pas même imaginable d'en dénoncer les termes. Conçois et constate : ce sont des pelotes. Elles le sont par la forme et par la taille. Il tient serrés dans ses poches des animaux, comment dire autrement, qui puent de partout, dont les paupières sont restées soudées la naissance. Ce gars-là, c'est une somme. Il a tout fait, tout essayé sauf mourir. À part mourir, il connaît tout, il est bon en tout. Son idée, c'est qu'à la naissance il a tout perdu et qu'il doit passer sa vie à tout reconquérir. Il cherche une expression moins guerrière. Qu'est-ce qu'il a d'autre à disposition dans la langue. C'est plutôt de l'ordre de l'expérience : tout reconquérir. Avec une sorte de devise : Mène qui te mène. Sois avant lui là où il va et d'où il te hèle et te crie de le rejoindre en te fournissant la ou les raisons de le faire. L'imbécile ! Il ignore qu'il ne faut jamais donner de raison ! Jamais ! Surtout pas ! Cette pensée-là doit rester informulée, le texte compter d'incessants renvois d'un passage à l'autre, n'être fait que de renvois, page après page, au  point que le propos s'y dissolve comme un noeud dénoué, que ce ne soit plus qu'une opération de renvois, qu'ils se succèdent contrarient l'intelligence autant (et surtout dans le même temps) qu'ils paraissent en favoriser les moyens.


 

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