vendredi 12 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 6. AVEC.

 

SIMON QUADRAT

J’aime bien chez ce peintre anglais, né en 1946 et tout nourri de peinture, la façon qu’il de renvoyer à la vie ordinaire, je veux dire commune, celle que l’on partage avec chacun, dans sa cuisine ou sa salle à manger, en marchant dans les rues pour se rendre au travail ou le dimanche poussant la promenade jusqu’au bord de la mer. Les choses toujours y sont non pas telles qu’on aurait pu les voir réellement ou les photographier, mais comme on peut les sentir dans leur présence toujours prête à s’absenter mais que la peinture retient comme une chose précieuse, touchante, du présent. Peut-être que Simon Quadrat n’est pas le plus grand peintre capable de nous le faire ressentir et que ses toiles nous en remémorent parfois d’autres plus considérables dans leur invention, leur nouveauté, mais l’artiste ici nous rappelle que nous existons bien, non pas immenses et forts ou comme esprits planant bien au-dessus de la réalité des choses, mais de plain-pied avec le monde, ses matières, avec les autres, à nos côtés.


mercredi 10 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 5. CAMPAGNES.



Aujourd’hui, au-dessus du toit des maisons, ce ne sont pas des cheminées d’usines qui se dressent. Les toiles de John Caple né en 1966 dans les Mendips, petite région de collines au sud-ouest de Bath, montrent une campagne profonde.  De maisons fortement blanchies, souvent isolées, au milieu d’arbres noirs, quand la saison s’avance à grands pas vers l’hiver et que diminuent les rouges clartés du jour. La peinture ici ne cherche pas le réalisme. Mais la présence. La présence de quelque chose, qui traverse le temps, nous rappelle, et nous fait habiter l’inquiétante étrangeté d’un moment suspendu bizarrement familier. Dans ces compositions d’apparence naïve, mais d’apparence seulement, c’est l’eau, celle des sources, des mares, des rivières, qui captent toutes les lumières. L’eau seule qui est mobile. Quand de la terre au ciel, les hommes devant leur maison, les fûts et les ramures dépouillées des arbres, et les collines au loin, dans leur ombre, font front. Se dressent. Et nous reviennent. Comme sourdes apparitions.

mardi 9 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 4. PAYSAGES.


 

Ce qui frappe dans les sévères mais élégantes compositions de Maurice Wade (1917-1991)  c’est l’absence totale non de présence humaine car les paysages qu’elles montrent sont des paysages très largement remodelés par l’homme, mais de tout personnage. En ce sens ses toiles ont quelque chose d’abstrait. Mettant en évidence essentiellement des formes stylisées que viennent renforcer des contrastes appuyés en même temps que subtils de couleurs. Pourtant les paysages que l’artiste nous montre sont bien reconnaissables. Ils sont ceux de sa région natale (Stoke-on-Trent) dont on identifie immédiatement les célèbres bottle-kilns (cheminées de poteries en forme de bouteilles ventrues) ainsi que des vues du Trent and Mersey Canal à proximité de Longport par où transitaient les matières nécessaires à l’approvisionnement de la célèbre manufacture de Wedgwood. Cette atmosphère de solitude quelque peu angoissante en même temps que sublimée, recueillie, comme celle d’un jour non pas d’avant mais d’après les hommes, où l’espace s’ouvre et s’offre, se duplique dans ses propres impassibles reflets, comme pour m’aspirer, n’est pas sans m’évoquer la force inquiétante des diverses versions de l’Île des Morts d’Arnold Böcklin.

lundi 8 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 3. TRAINS.


 

Rob Rowland a grandi dans les Midlands où il est né. Son esthétique qui est celle des films noirs et des affiches de cinéma des années 50 et 60 s’attache à exprimer la poésie des paysages urbains des villes populaires du centre industriel de l’Angleterre. Fasciné par les trains son œuvre fait la part belle aux rails, à la fumée des anciennes locomotives. Et me fait souvenir comment moi-même dans les mêmes années nous nous installions en bandes sur la passerelle qui se trouve toujours au-dessus des voies de la gare de Boulogne-sur-Mer pour nous laisser entièrement envelopper par le panache des énormes machines qui grondaient au-dessous de nous. Alors certes, il y a de fortes chances pour que ces toiles de Rob Rowland soient méprisées de ces beaux connaisseurs d’art qu’excitent les grands objets esthétiques et ruineux du moment. N’empêchent qu’elles me parlent et que dans leur distance elles me transmettent ce sentiment de présence et d’émerveillement face à la vie, la vie passée peut-être, dont j’ai toujours eu besoin pour me sentir  davantage être.