Cela dit, à côté de sa voisine Mantoue, Ferrare qui peut s'enorgueillir d'avoir accueilli aussi bien de grands scientifiques comme Copernic que de grands écrivains comme L'Arioste ou le Tasse, sans compter les peintres les plus éminents comme Mantegna, Piero della Francesca, Jacopo Bellini ou Rogier van der Weyden, n'aura conservé dans ses musées comme dans ses églises qu'un nombre relativement modeste des chefs-d'œuvre auxquels elle a donné naissance. La visite du Château Ducal est sur ce point - celui de l'histoire de la Peinture - assez décevante. A mille lieux du Palais de Te et du palais ducal des Gonzague qui sont un pur éblouissement.
Il n'empêche qu'on a toujours plaisir à admirer les restes de la fameuse salle des signes du zodiaque au Palazzo Schifanoïa, imaginé sans doute par Cosme Tura et réalisé par Francesco del Cossa en compagnie de l'énigmatique peintre dit le Maître aux Yeux grands ouverts. Comme on aura plaisir après avoir découvert au Musée archéologique l'existence de l'ancienne cité étrusque de Spina qui du VIème siècle avant J.C. jusqu'au début de notre ère s'étendit dans la Pianure Padana, à découvrir dans la petite salle dite du Trésor, le magnifique plafond peint au début du XVI siècle par Benvenuto Tisi, dit le Garofalo, à l'imitation de la Chambre des époux de Mantegna.
On l'aura compris, flâner dans les rues de Ferrare reste dans cette belle ville un plaisir majeur. Surtout si on l'accompagne en pensée du souvenir des pages lues de Giorgio Bassani qui lui consacra sous le titre du Roman de Ferrare, tout un cycle, disponible en Quarto. Même si la Ferrare de Bassani comme il l'explique lui-même dans les commentaires rassemblés à la fin de l'ouvrage, sous le titre En réponse, est la Ferrare de l'époque fasciste. Une Ferrare "intensément vouée au régime". Et où, "les mêmes juifs ferrarais qui finiraient ensuite en si grand nombre dans les chambres à gaz nazies avaient été en grande partie fascistes". Peut-être est-il simplement réconfortant de pouvoir se dire ainsi que les grands drames de l'histoire ne font sur nous que passer. Et que le meilleur de la capacité de concevoir de certains hommes l'emporte sur le pouvoir que nous avons de nous détruire.
SUR LA FRESQUE DES MOIS :
Réalisées au cours des années 1468 - 1470, c'est-à- dire à peu près à la même époque que celles peintes par Mantegna pour la Chambre des époux de Mantoue, elles sont l'œuvre d'un collectif de peintres réunis pour célébrer l'investiture de Borso d'Este comme Duc de Ferrare par le pape Paul II.
Se développant de droite à gauche en 3 bandes superposées elles occupaient à l'origine l'ensemble des murs d'une salle dont les fenêtres occultées par des panneaux de bois étaient sensées donner l'impression de se trouver au cœur d'un univers à part totalement idéalisé capable de faire concurrence au monde ordinaire du dehors.
La partie supérieure, aujourd'hui la mieux conservée, représente une série de Triomphes inspirée des Triomphes de Pétrarque, mettant en scène la divinité protectrice de chaque mois. Celle-ci installée sur un char tiré chaque fois par des animaux différents, (chevaux mais aussi singes, aigles, cygnes…) est entourée de divers groupes de personnages s'adonnant aux activités rendues propices par le mois auquel elle préside.
La partie centrale est occupée par le signe zodiacal du mois accompagné de 3 personnages énigmatiques dont on pense qu'ils correspondent aux décans.
La bande inférieure constitue quant à elle une sorte d'allégorie du Bon Gouvernement. Borso d'Este y apparaissant au milieu de sa cour et aussi de son peuple dans une atmosphère respirant l'harmonie qui retient aujourd'hui le spectateur par un certain nombre de scènes à caractère pittoresque telles, dans le coin droit du mur est, une mère à moins que ce ne soit une religieuse tendant la main vers un enfant qui si l'on était chez Bruegel serait occupé à manger une gaufre mais qui semble plutôt tenir ici à la main une pomme ou une balle, ou tout à fait sur la gauche du même mur un groupe de paysans adonnés à leurs activités.
Il est miraculeux qu'on puisse aujourd'hui admirer encore au Palazzo Schifanoia, les restes de cette remarquable réalisation dont il semble que les ducs se lassèrent assez vite. Sur les douze scènes présentes à l'origine, une moitié seulement ( des mois de mars à septembre) reste lisible. C'est que cette salle fit office de fabrique de tabac, puis entièrement replâtrée, de grenier et que ce n'est qu'au début du XIX siècle que ses peintures furent remises à jour et en partie restaurées. La partie peinte a fresco ayant mieux résisté que celle peinte a secco qui elle a presque entièrement disparue.
Visiter cette salle un jour gris de novembre, sans y être dérangé par la présence d'aucun autre visiteur, y pouvoir passer près d'une heure à tenter d'en déchiffrer les nombreuses et sans doute pour nous à jamais impénétrables énigmes, est une jouissance rare.
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