jeudi 8 novembre 2018

RENDRE HOMMAGE ! LA BALLADE À TIBIAS ROMPUS DE RENÉ DALIZE.


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Il était le plus ancien des camarades de Guillaume Apollinaire. Poète mais aussi artilleur durant la première guerre mondiale, c’est sur le plateau de Californie, au-dessus de Craonne, au cours de la célèbre offensive Nivelle, qu’il fut tout d’abord blessé avant d’être mortellement touché par un obus. Enterré à la hâte, sa tombe fut ensuite vraisemblablement pulvérisée par les tirs de ces
minnenwerfer ou mortiers de tranchée, appelés crapouillots par les français, qu’il évoque dans ce poème prémonitoire qu’il fit paraître dans une petite revue du front, Les Imberbes, qu’il réalisa avec Jean Le Roy et qui accueillit le célèbre texte de Guillaume Apollinaire, Du Coton dans les oreilles.



Il nous a paru important de porter à la connaissance d’un plus large public, principalement aussi celui des jeunes des écoles, cette Ballade à tibias rompus où Dalize met des paroles fortes et impressionnantes sur les terribles réalités du front au contact desquelles il se trouve. La saisissante prosopopée par laquelle il raconte de l’intérieur le devenir du cadavre d’un soldat allemand sur le champ de bataille et lui fait exprimer le regret de son existence perdue tourne le dos comme l’écrit Laurence Campa dans Poètes de la Grande Guerre « aux impératifs du réalisme testimonial » pour se présenter « comme une danse macabre qui entraîne dans sa pantomime toute une tradition littéraire, en mêlant les registres élégiaque et humoristique, les décalages rythmiques, les dissonances et la mélodie lyrique, les archaïsmes et le lexique de la guerre moderne». On y retrouvera des échos de Villon, bien sûr, comme ceux d’Une Charogne de Charles Baudelaire ou des Complaintes de Jules Laforgue. Avec en plus une vision totalement désabusée d’un ordre du monde où n’existe même plus la rassurante imagination d’un repos éternel. Où les morts mêmes restent en butte à la folie destructrice qui s’est emparée des hommes et où comme le remarque encore Laurence Campa, les bons vents auxquels notre poète a emprunté son pseudonyme, Dalize*, « lui infligent un inconfort ultime et dérisoire » sous forme d’éternuement provoqué par un coryza.

* Dalize s’appelait en réalité Dupuy. Il s’était engagé avant la guerre dans la marine et comme l’écrit Salmon dans le texte qu’il lui consacra après sa mort, « Il s'était choisi ce pseudonyme de Dalize par allusion à des vents favorables », les alizées.

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