mardi 9 novembre 2021

REVUE CONTRE-ALLÉES N° 44. POUR UNE POÉSIE JEUNE ET ENRACINÉE.

 

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Il n’y a bien sûr pas que les anciens qui m’intéressent. Ainsi suis-je heureux de faire part de mon plaisir d’avoir découvert grâce au tout dernier numéro de la revue Contre-Allées placée cette fois sous la tutélaire figure de notre ami Nimrod, les textes jeunes d’Anne Barbusse et d’Élise Feltgen, cette dernière apparemment aussi libraire de village au cœur de la campagne bretonne !

JARDINS MERVEILLEUX. LE JARDIN DE LIVIE À ROME.

Les images ne manquent pas sur le net des fameuses peintures de la villa de Livie, dite ad gallinas albas[1], qu’on peut aujourd’hui admirer, comme je l’ai fait, au Museo Nazionale Palazzo Massimo Alle Terme de Rome.  Plus ancien exemple, à notre connaissance, d’une peinture de jardin continue, ces peintures couvrent la totalité des murs aveugles d’une pièce à l’origine souterraine, de quelques six mètres sur douze où la troisième épouse d’Auguste et mère de l'empereur Tibère, projetait vraisemblablement de transporter ses invités dans le monde enchanté d’une grotte sacrée parlant à l’imagination de toute la puissance des formes idéalisées de la belle nature.

dimanche 7 novembre 2021

COMME IL NOUS FAUT EXISTER. COURT POÈME ILLUSTRÉ DE DEUX FRAGMENTS D’UN ROULEAU INSPIRÉ PAR LE PEINTRE CHINOIS MA FEN.

 

POÈTE À DÉCOUVRIR. JOHN CLARE, 1793-1864.

CASPAR DAVID FRIEDRICH, L'ARBRE SOLITAIRE, 1822, BERLIN ALTE MUSEUM.

 Un post Facebook du poète Jean-Pierre Vidal me fait aujourd’hui ressouvenir d’un poète anglais, contemporain de Keats et de Shelley, dont l’œuvre restée chez nous infiniment moins célébrée que celle de ses 2 prestigieux compatriotes, ne mérite pas de rester ignorée. Il est vrai qu’être enterré jeune à Rome après une fin tragique fait plus pour une réputation que mourir lentement dans un asile surtout quand on ne se trouve être au final qu’une sorte d’autodidacte égaré n’ayant comme singularité que d’écrire des vers pas toujours clairement ponctués et de hanter les bois et les campagnes. John Clare puisque c’est de lui qu’il s’agit, vécut presque totalement en marge de la bonne société et la majorité de ses poèmes ne fut publié qu’à titre posthume avant de devenir une référence pour nombre de poètes modernes dont l’un des fondateurs de l’école de New-York, John Ashbery.

jeudi 21 octobre 2021

RECOMMANDATION DÉCOUVREURS. TIROIR CENTRAL DE SOPHIE COIFFIER AUX ÉDITIONS DE L’ATTENTE.

Tiroir central de Sophie Coiffier est de ces livres comme on aime : où la pensée – qui existe – ne se laisse pas – trop – intimider par cette volonté bien française de tout contrôler, de privilégier les contenus aux espaces, les mots à la parole. Bref, de vouloir à toute force se rassurer en affrontant la trouble et broussailleuse indécence des choses en produisant un objet littéraire calqué sur les attentes jardinières des publics prétendus cultivés.

 10 courts textes de quelques pages augmentées de photos au polaroïd, pourraient venir ici consigner la vie de l’auteur en lui proposant leurs cases bien distinctes d’où ressortirait pour elle l’illusion qui pourrait être bienvenue, d’un ordre, d’une maitrise la mettant davantage en conformité avec ce monde enclin à tout cataloguer, tout définir, tout catégoriser mais où nous finissons par n’être plus personne.

 

lundi 18 octobre 2021

POÈME ÉCRIT DANS LA NUIT SUR UNE CORBEILLE DE FRUITS DE PLUS DE 2000 ANS.

 

ÊTRE DANS LA LUMIÈRE ! CONSIDÉRATIONS SANS DOUTE UN PEU VAINES SUR LE MANQUE DE CONSIDÉRATION DONT SOUFFRENT LES POÈTES.

 

Le métier de poète engendre bien des frustrations. Aspirant comme chacun et peut-être un peu plus que les autres, à la reconnaissance, le poète, qu’il soit non édité, mal édité, bien édité mais toujours trop peu lu, jamais invité, ou si peu, sur les grands tréteaux culturels du temps – c’est son lot – ne s’estime jamais à la place, éminente, centrale, à laquelle en son for intérieur, il aspire. C’est que, même si ce qu’il lui arrive de produire se révèle au regard objectif d’un intérêt modeste[1], il est de ceux qui éprouvent au-dedans d’eux cette fameuse « puissance d’art » dont parle Nietzsche, qui l’amène à se persuader, peut-être pas d’ailleurs totalement à tort, qu’il est plus amplement ou profondément vivant que l’immense majorité de ses pauvres semblables.

Certains, comme on le voit de plus en plus, en appellent à la puissance supposée des terrifiants réseaux sociaux pour, de like en like, se donner l’illusion d’être. D’autres, moins naïfs ou moins patients peut-être, se consolent du sentiment de mépris dans lequel ils étouffent, en vitupérant les éditeurs, les lecteurs, le bourgeois, le système, la vie même, quand ce n’est pas tout simplement leurs confrères, consoeurs, supposés n’être, par rapport à eux que de maigres faiseurs. Des imposteurs.

La vague toujours recommencée de cette « poésie bavardage » qui lèche de plus en plus aujourd’hui les plages communément indifférentes de notre lointaine attention ambitionne de faire entendre comme je l’ai par certains entendu dire, le flux d’énergie largement désabusée de notre époque dans la forme décomplexée que lui permet l’accumulation de toutes les licences modernes. Ainsi certains parviennent-ils à faire entendre un peu plus leur voix. Mais force est de reconnaître qu’au-delà de la sympathie que parfois peut inspirer leur auteur, les ouvrages ainsi produits ne produisent d’effets qu’éphémères et superficiels. Et que compte davantage ici l'essence même du discours - posture, caricature et présomption - que l’exigence proprement poétique d’inventer, recomposer, approfondir, à partir du langage, notre relation, à la fois singulière et commune, aux choses auxquelles nous nous trouvons tissés comme au monde sans cesse à redéfinir, qu’obscurs, nous habitons.



[1] Il nous faudrait sans doute admettre plus largement que nous ne le faisons qu’est souvent de peu d’intérêt ce que nous propose une partie de la production poétique actuelle qui comme l’écrit Prigent dans un passage de son Journal de 2020, à lire sur Sitaudis, ne relève que de la réplique narrative des phénomènes, de la déclaration d’opinions, de l’ornement rhétorique et du pseudo-supplément d’âme. J’y ajouterai pour ma part la bouffissure philosophique, la surintellectualisation de la pensée, les diverses formes de surévaluation moderniste rendues le plus souvent possibles par les postures et les positions intimidantes du moment… Mais bon, tout cela n’est peut-être que la conséquence ordinaire d’une démocratisation de la production artistique générale. Lautréamont ne réclamait-il pas que la poésie soit faite par tous. Je revendique moi-même le droit et affirme l’importance aussi pour chacun de mettre des mots qui lui soient propres sur la vie. Une parole. Peut-être alors que ce qui est en question c’est tout ce commerce de valorisation narcissique et de connivence généralisée autour de cette parole, cette grossière manufacture de l’attention et des échanges intéressés, par quoi chacun tente de remédier à l’absence de considération dont il se sent victime dans une société qui, c’est vrai, s’applique de moins en moins, à se montrer ouvertement curieux de l’autre.