La peinture, avec Bruegel en particulier, nous l’aura fait comprendre ; les extraordinaires compositions en marge des manuscrits aussi : il fut un temps dans notre lointaine histoire qui ne s’encombrait pas de retenue, ne se souciait pas trop, bien au contraire des règles de la bienséance, ignorait le bon goût, faisait saveur de tout, et confronté à la tyrannie des puissants, les innombrables vices de la nature humaine, les maux de toutes sortes accablant chaque jour potentiellement nos vies, s’inventa des réponses de rire, libéra dans sa parole tout un génie comique témoignant sans doute par là non pas de la grossièreté, voire de la bestialité de son être mais de son irréductible vitalité.
Les lecteurs quelque peu avertis le savent depuis longtemps. Notre littérature dite du Moyen-Âge, écrite en Moyen français, n’est pas qu’une littérature de sermons édifiants sensés nous préparer bien chrétiennement à la mort. Elle n’est pas non plus qu’une littérature héroïque accablant ses lecteurs, à l’époque surtout ses auditeurs, d’exploits époustouflants. Cela fait longtemps que nous aurons appris à aimer, d’abord à travers Joseph Bédier l’histoire romanesque de Tristan et Iseut, puis que nous sommes plus à la lecture des beaux Lais de Marie de France, pouvons réciter par cœur des poèmes de Charles d’Orléans, de Rutebeuf, certains vers extraits des chansons de Guillaume IX d’Aquitaine ou du pauvre Prince de Blaye célébrant son Amor de lonh. Nous connaissons l’existence aussi par exemple de La Ressource du petit peuple, de ce Jehan Molinet originaire de Desvres, à quelques lieues seulement de chez nous, que nous aimerions bien faire lire à tous ces dirigeants voyous qui « perturbent le monde, par guerre immonde et criminels assauts » et qui « tempêtant et terre et mer profonde par feu, par fronde et glaive furibonde » oublient que dans peu de temps, par la mort, puissante égalisatrice, sous terre enfin « ils seront tous pourris ».





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