mardi 9 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 4. PAYSAGES.


 

Ce qui frappe dans les sévères mais élégantes compositions de Maurice Wade (1917-1991)  c’est l’absence totale non de présence humaine car les paysages qu’elles montrent sont des paysages très largement remodelés par l’homme, mais de tout personnage. En ce sens ses toiles ont quelque chose d’abstrait. Mettant en évidence essentiellement des formes stylisées que viennent renforcer des contrastes appuyés en même temps que subtils de couleurs. Pourtant les paysages que l’artiste nous montre sont bien reconnaissables. Ils sont ceux de sa région natale (Stoke-on-Trent) dont on identifie immédiatement les célèbres bottle-kilns (cheminées de poteries en forme de bouteilles ventrues) ainsi que des vues du Trent and Mersey Canal à proximité de Longport par où transitaient les matières nécessaires à l’approvisionnement de la célèbre manufacture de Wedgwood. Cette atmosphère de solitude quelque peu angoissante en même temps que sublimée, recueillie, comme celle d’un jour non pas d’avant mais d’après les hommes, où l’espace s’ouvre et s’offre, se duplique dans ses propres impassibles reflets, comme pour m’aspirer, n’est pas sans m’évoquer la force inquiétante des diverses versions de l’Île des Morts d’Arnold Böcklin.

lundi 8 décembre 2025

POÉSIE DES IMAGES. JOUR 3. TRAINS.


 

Rob Rowland a grandi dans les Midlands où il est né. Son esthétique qui est celle des films noirs et des affiches de cinéma des années 50 et 60 s’attache à exprimer la poésie des paysages urbains des villes populaires du centre industriel de l’Angleterre. Fasciné par les trains son œuvre fait la part belle aux rails, à la fumée des anciennes locomotives. Et me fait souvenir comment moi-même dans les mêmes années nous nous installions en bandes sur la passerelle qui se trouve toujours au-dessus des voies de la gare de Boulogne-sur-Mer pour nous laisser entièrement envelopper par le panache des énormes machines qui grondaient au-dessous de nous. Alors certes, il y a de fortes chances pour que ces toiles de Rob Rowland soient méprisées de ces beaux connaisseurs d’art qu’excitent les grands objets esthétiques et ruineux du moment. N’empêchent qu’elles me parlent et que dans leur distance elles me transmettent ce sentiment de présence et d’émerveillement face à la vie, la vie passée peut-être, dont j’ai toujours eu besoin pour me sentir  davantage être.

dimanche 7 décembre 2025

NOUVELLE RECOMMANDATION DÉCOUVREURS. ROSA DE DENISE LE DANTEC AUX PRESSES DU RÉEL.


 

J’ai salué rapidement lors de sa parution l’ouvrage intitulé Rosa, en hommage à la célèbre révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg. Je sais combien ce livre est cher à cette formidable artiste et poétesse qu’est Denise Le Dantec dont je m’efforce depuis de longues années de soutenir autant que je peux l'œuvre singulière. Rosa n’est pas seulement un court ouvrage de poésie. C’est un livre d’artiste véritable. Pas à l’image de ceux qui de fait ne sont que des livres illustrés et qui se font passer abusivement pour. Ici la page bouge. Et la forme, les signes qui ne sont pas tous de nature verbale, forment concurremment sens. Disant la mort certes. Mais tout aussi puissamment la vie. Ou du moins l’espérance d’une vie autre. En fait le drame plutôt que le tragique, d’une existence forte de toutes les énergies qu’elle contient et aura su assimiler, malheureusement confrontée à ces « méridiens noirs » qui projettent, semble-t-il à nouveau leur ombre sur nos trop oublieuses et égoïstes sociétés. Difficile pour moi de donner ici un extrait de ce livre à la fois poème, tableau et partition. Il me faudrait pour cela être artiste typographe. D’où le montage que je propose, opéré à partir de photographies du livre. Livre très court mais d’une extrême densité. Ce qui surtout ne veut pas dire obscur. Juste qu’il ne cesse d’allumer de partout en nous ses feux.

J’y ai adjoint l’image d’une page de l’Herbier de prison réalisé par Rosa Luxemburg au cours de son incarcération à Berlin durant une partie de la première guerre mondiale.  Herbier que les superbes éditions Héros-Limite ont publié en 2023 avec le concours de Muriel Pic qui en a signé aussi la préface.