lundi 4 juin 2018

D’HANNAH. D’AHAN ! SUR OISEAU-MOI D’ÉDITH AZAM. LANSKINE.


Détail d'une toile du peintre Yves Loubeyre

« Assise au bord de l’eau » Edith Azam compose à l’intention d’une qui lui « fait couteau dans le cœur » et qu’elle appelle Hannah, une chanson de Mal-aimée qui retrouvant au passage quelques accents apollinariens secoue par ce qui s’y livre de détresse authentique et d’impuissance à la savoir dire. Toute nue et entière. Par une succession de poèmes aux vers généralement courts et saccadés, d’ahan, elle tente d’arracher son chagrin à sa « langue de terre ». Pour reprendre son vol. Se reconfondre  à cette femme-oiseau partie quelque-part bien trop loin, emportant sa part d’elle. Et ce n’est pas si doux. Et ce n’est pas si tendre, ce désarmé, désaimé lamento d’amante et de poète à qui l’on a rogné les ailes : ce presque chant rompu n’élevant vers le ciel qu’un seul mot.
 Solitude.
 


Hannah la vie :

c'est à hurler

et hurle fort cet oiseau-là

à me tordre les os :

de la tête.

Mon corps

j'en vois l'usine

je vois bien tous ces mots

qui me pèsent des tonnes.

Arrache-moi

arrache-moi Hannah

cette langue de terre !

fais-moi sortir un peu du sol

que tout :

que tout ne soit pas pour la casse

que cette course vers le vide :

m'épuise vers un mieux.

La vie ?

C'est de la paille.

On fait un feu avec

qui ne brûle que pour nous

qui ne nous brûle que nous

et puis après ?

Juste merci Hannah

tu m'arraches les mots

que nul ne sait bien vivre.