Un poème du livre de Nimrod qui peut-être n'est pas le plus significatif de l'ensemble. Mais qui fait écho en moi à bien des choses, avec cette façon qu'il a, autour de la mention d'un paysage qui m'est cher, de rassembler ces mondes qui aujourd'hui plus que jamais affrontent leur puissance...
Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.
vendredi 28 février 2020
vendredi 21 février 2020
GUERRE AUX RESTAURATEURS ? UNE HALTE Á PIERREFONDS.
Cliquer pour accéder au PDF |
Qu’est-ce qui peut bien constituer l’authenticité d’un
monument ? Est-ce principalement comme semble le penser la majorité d’entre
nous, la persistance dans le temps de ses matériaux d’origine. Auquel cas rien,
nous venant des plus lointains passés, ne sera plus authentique bien entendu qu’une
ruine. Ou, comme c’est par exemple le cas pour la tradition japonaise, la forme
qui porte son esprit ou pour mieux dire le modèle immatériel qui aura pu dans
le passé en susciter la construction et par la suite son usage.
Á
ce moment de notre petite histoire nationale où nos responsables politiques auront
à se prononcer sur les suites à donner à l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, ces
questions naturellement se posent. En des termes je veux bien le croire
beaucoup plus complexes encore. C’est pourquoi je ne crois pas inutile de
partager sur ce blog quelques réflexions qui me sont venues à la suite d’une
visite du Château de Pierrefonds qu’on peut finalement considérer comme emblématique d’un
type de restauration penchant plutôt du côté de la conception
japonaise. Viollet-le-Duc n’a-t-il
pas là, dans sa quête du monument perdu situé l’authenticité dans la
reconstruction, à force de plongées dans le passé et d’un inlassable travail d’observation et de connaissance mais à partir aussi des matériaux et des techniques de son temps, d’un modèle idéal de gothique capable de
parler à nouveau à l'esprit.
On trouvera dans ce dossier outre mes réflexions sur le site
et quelques rapides recommandations pour le séjour, deux textes
particulièrement intéressants que je donne dans leur intégralité, l’un d’Anatole
France exprimant ses réactions à la découverte de Pierrefonds juste après sa
restauration, l’autre de Victor Hugo, un pamphlet
magnifique et bizarrement très peu connu, que je recommande vraiment à tous pour sa verve inimitable et pour
les multiples échos qu’il peut faire à notre sombre actualité.
mercredi 12 février 2020
NAGER VERS LA NORVÈGE HIER AU LYCÉE BRANLY DE BOULOGNE-SUR-MER.
Comme toujours grand plaisir d’avoir
hier pu accompagner un nouvel auteur de la Sélection du Prix des Découvreurs au
lycée Branly de Boulogne-sur-Mer. Et d’avoir ainsi pu découvrir moi-même la
personnalité de Jérôme Leroy, un poète à la fois filial - par la reconnaissance
qu’il voue à la riche tradition poétique qui l’a précédé - et singulier - par
la façon qu’il a de savoir faire résonner à partir d’elle la relation intime et
engagée qu’il entretient avec le monde contemporain.
Merci et bravo à l’importante
équipe des professeurs de lettres et des professeurs documentalistes d’avoir pu
maintenir en dépit des difficultés, la plus grande partie des 7 rencontres initialement
prévues.
vendredi 7 février 2020
POÉSIE POUR LES POISSONS ROUGES ? Á PROPOS DE LA RÉÉDITION DU MAURICE BLANCHARD DE PIERRE PEUCHMAURD.
Non, affichés amateurs de poésie chichiteuse, de biographie
chipoteuse, de paquet bien ficelé, rien pour vous dans ce livre ! Car même
si des auteurs s’y montrent et fortement, vous ne les verrez pas. Ne les
entendrez pas. Quand ils diront la liberté. Quand ils diront la vérité. Quand
ils crieront, eux les ratés, qu’ils vous emmerdent. Et ne vous comptent
que pour du beurre. Á fondre dans leur propre lumière.
Ne nous faisons pas d’illusions. Un poète rare, mort, parlant
d’un autre poète, tout aussi rare, tout aussi mort : c’est une drôle
d’idée que les éditions Pierre Mainard ont eue là, de proposer à nouveau, à
l’active incuriosité de leurs contemporains, ce livre que Pierre Peuchmaurd
consacra en 1988, dans la collection des Poètes d’aujourd’hui, dirigée par
Seghers, à ce grand poète si grandement méconnu que fut et que continue d’être,
Maurice Blanchard.
Alors, mes contemporains, si prompts à vous saisir du
moindre prétexte pour vous exciter, vous faire un peu plus exister, sur les
réseaux oiseux, sur les réseaux noiseux qui occupent le monde, oui, vous mes
semblables, triangles, carrés, citrouilles ou pommes de terre, qui vous
regardez « dans des miroirs, géométriques quant à la surface,
rigidement cadavériques dans leur profondeur[…] et vous sculptez ainsi votre
monument funéraire » combien de doigts de la main serez-vous pour reconnaître
les intenses fulgurations, les opéras sanglants, de ces « poètes de
proie ». Qui sont aussi des fêtes. Dont vous ne savez rien.
Pourtant, mi choix de textes, mi biographie supposée, le maurice
Blanchard de Peuchmaurd est de ces livres qui honorent et leurs auteurs et
ceux, lecteurs comme éditeurs, qui leur permettent d’exister. De vivre. De ces
livres porteurs d’incandescentes paroles. De celles qu’on ressent comme si on
avait tout-à-coup mis son doigt dans la prise. De celles qui, assumant, en ce
siècle « d’otages et de copies conformes », leur irréductible
et triomphale marginalité, tracent d’invincibles routes, renversant tout sur
leur passage, et l’indifférence des autres et les traverses des chemins, se
foutant pas mal d’être et surtout n’être pas, comprises. Sinon par les poissons
rouges.
Car, « saltimbanque du non-sens », le poète
y dresse lui-même ses barricades mystérieuses. Fait sa lumière de même. Et
aussi son obscurité !
mardi 4 février 2020
POUVOIRS DE LA POÉSIE.
Pour lire l'ensemble de l'entretien : https://www.facebook.com/olivier.barbarant/posts/10218907281025423
lundi 3 février 2020
ALAIN DAMASIO. UN LIVRE BLEU POLYCHROME. OU LIRE POUR AFFIRMER LA VIE.
Il est réconfortant après avoir enduré les intarissables
et nébuleux bla-bla de certains petits Narcisse institutionnels qui ne
condescendent à aborder les questions qui les dépassent qu'avec l'ironique ou
méprisant détachement qui fera d'eux toujours des goujats de la pensée, de
pouvoir compter, chez soi, sur l'amitié de certains livres. Et de retrouver, auprès
d'un auteur aimé, cet élan vital que le petit cirque culturel et ses
insupportables simulacres semblent en partie conçus pour briser. Le recueil de
nouvelles d'Alain Damasio, Aucun souvenir assez solide est de
ces livres qui, en dépit du tableau des plus manifestement inquiétant qu'ils
brossent de notre situation et de l'avenir que nous nous fabriquons, sont
susceptibles de nous redonner cette force, cette impulsion si nécessaires pour
ne pas renoncer à rester tout simplement vivants.
Il y aurait des pages et des pages à écrire pour rendre
un peu compte du caractère inventif et stimulant de l'œuvre de Damasio. Qui
mûrit ses livres sans être comme d'autres, obsédé par le rythme infernal des
publications. Ce qui donne à chaque fois des ouvrages qui nous travaillent
longtemps et dans les profondeurs. Je considère, pour sa puissance poétique,
bien supérieure à celle de trop nombreux ouvrages réalisés par de purs poètes
et pour la qualité des réflexions vers lesquelles il nous entraîne, sa Horde
du contrevent comme un des romans majeurs de ces dix dernières années
et attends avec impatience ses Furtifs qui devraient paraître
sous peu.*
Ne disposant pas aujourd'hui du temps, ni peut-être du
courage nécessaires pour revenir en détail sur toutes les impressions que m'a
laissées une telle œuvre, j'aimerais cependant quand même partager ici un court
passage d'une nouvelle dans laquelle la figure d'un scribe lancé tout entier
dans l'écriture impossible du Livre, celui qui fera corps enfin avec la vie,
rejoint pour moi idéalement la figure que je me fais depuis longtemps du
véritable lecteur, un lecteur pour qui la dictée du texte et la soumission à
laquelle ce dernier le contraint n'implique aucune perte de liberté,
constituant en fait l'occasion d'un déploiement qui n'a de limites que celles
qu'il se donne lui-même. Loin de tout fantasme de Vérité. D'identité. Délivré
de la tentation d'étouffer le lexique entraînant, rayonnant, de la vie, sa
brûlure, sous la cendre reposée des pensées d'inventaire.
TEXTE d’ALAIN DAMASIO
Il faut comprendre qu'El Levir défendait une vision de la
littérature (et plus encore du Livre, débat nodal) qui malgré la profondeur de
ses travaux et l'ampleur de l'estime que la communauté des érudits lui
accordait, non sans réticence, non sans crachat pour ses calligraphies de plein
air, n'était plus partagée par personne.
Cette vision, indiscutable pour lui, antérieure même à toute
raison, était que la littérature, comme tout art authentique, ne pouvait être
que puissance de vie. Donc que le Livre, s'il existait, ne pouvait qu'incarner,
avec la plus féroce intensité, la vie — et plus profondément qu'incarner, mot
presque statique, la faire fulgurer, siffler, se découdre comme une peau, pour
libérer, par éclats — par écart et petit bond, salto, vague haute déferlée,
rouleau ou ressac — une coulée de sang pur, d'un rouge d'encre longue, que rien
ne pouvait faire sécher, ni vent ni temps, ni le soleil au zénith. Rien,
puisque le rythme capturé-relancé à chaque lecture, à chaque attaque de glotte
placée au premier mot du premier vers, redéfroissait la totalité de la surface
physique du son, lâchait au souffle toute la violence articulatoire des
phonèmes briquetés et découplait, sur la page, la masse d'abord compacte des
lettres aboutées, pour lui déplier à mesure, comme on offre à un enfant une
plage, l'espace où s'architecture l'épars.
On avait toujours objecté, à cette vision, à cette audition,
à ce cri, l'idée que le Livre ne pouvait, s'il était unique, contenir quelque
chose d'aussi peu rigoureux que la vie, d'aussi multiplement déformable et
fluant. Pour une lourde majorité d'érudits, le Livre ne pouvait dévoiler que la
Vérité. La Vérité était une. Il n'y avait donc qu'un Livre. Marmoréen. Porteur
d'une lumière implacable. Lire le Livre était donc accéder à la Vérité de
l'Être, de la Nature ou du Monde (c'était selon la nature des digestions),
autrement dit à Dieu.
L'originalité d'El Levir, à ce titre, n'était pas tant qu'il
ne croyait à aucun dieu mais que n'y croyant pas, il n'eût pas renoncé à
l'espoir du Livre, comme si la Vie, le soleil ivre tournoyant dans le texte
suprême, pouvait jeter, du cœur de l'inscrit, en pleine âme, une couleur
unique. À la vérité, ses plus proches collaborateurs, dont je fus, surent
toujours qu'il n'en était pas exactement (pas du tout) ainsi. La théorie d'El
Levir, par ses ennemis simplifiée à outrance, s'appuyait sur cette
conviction : qu'un texte unique, même court, recelait une potentialité
vertigineuse de sens; que les effets de rythme, dans le plan d'immanence
sonore, pouvaient se démultiplier presque à l'infini, aussi bien par vibration
moléculaire, de proche en proche, que par effet sonar, avec des sons pulsés
dans le vide, sans écho audible, qui apportaient une respiration à même le
bruissement; enfin que le jeu des lettres et des mots, la proximité des
signifiants (par exemple, rappelait-il toujours, cette manière qu'a «nuit»
d'être hantée par son propre verbe, ou « lourd » de vibrer avec lent
et sourd), les anagrammes ou les palindromes (une passion dévorante du scribe)
pouvaient, si l'on en tenait compte «comme de spectres circulant dans l'ombre
blanche de la page», ouvrir au Livre la diversité du vivant. Un Livre unique,
oui, d'une seule couleur, pourquoi pas ? – disons bleu – mais d’un bleu
hurleur, changeant comme un ciel rougit, se violace puis vire soudain au noir.
Un Livre bleu polychrome.
Aucun souvenir assez
solide P. 236 - 238
* Ce billet a été publié pour la première fois le 14 avril 2014
jeudi 30 janvier 2020
TRAVAILLER POUR L’AVENIR. DE LA LUTTE DE JACOB AVEC L'ANGE AU MUSÉE DE LA MINÉRALOGIE DE PARIS !
Quel point commun entre La Lutte de Jacob avec l’Ange
de Delacroix et ce minerai de couleur-brun-rouge appelé coltan, parfois
encore tantalite, dont on nous dit que le sous-sol de la République
démocratique du Congo contiendrait plus des trois-quarts des réserves
mondiales ?
Tout dans l’univers est lié. Nous n’avons que le choix des
parcours. De ceux qui nous font avancer un peu plus dans la connaissance et la
mesure de nos responsabilités. Ou à l’inverse de ceux qui feront de notre existence
qu’elle n’aura servi à rien. Pire ! Qu’elle n’aura fait que contribuer à
précipiter la perte de tout ce qui en nous, autour de nous, constitue la
prodigieuse et fragile beauté de la Vie.
Les choses ne se passent pas trop bien, semble-t-il, ces
derniers temps, dans les établissements scolaires. L’extrême concentration des
esprits sur l’évaluation, le système des notations et le jeu permanent des
contrôles, tendraient selon nos collègues à enfermer les apprentissages dans un
temps administratif bien éloigné de ce qui féconde les curiosités, épanouit
lentement la réflexion, intensifie pour finir la résonance des découvertes qui
transforment.
Alors, un parcours comme celui que nous venons d’accompagner
allant du dernier grand combat d’un des plus grands peintres du XIXème à
la prise de conscience des guerres dissimulées aujourd’hui dans le monde pour
la propriété des terres rares, un parcours qui fait traverser moins d’un
kilomètre des rues parmi les plus richement historiques de Paris, du parvis de
l’église Saint-Sulpice où se lisent encore des vestiges à moitié effacés de
notre grande révolution jusqu’à cette partie préservée de l’Hôtel de Vendôme où
se niche l’un des plus beaux musées de minéralogie du monde, un parcours allant
de la petite histoire à la grande politique internationale en passant par la
science des cristaux et l’art difficile de la fresque, de la petitesse de
l’homme attaché à détruire les traces de ceux auxquels il est opposé à la
grandeur des quelques-uns qui nous débordent par leur travail, leur créativité
ou leur génie, oui, ce parcours pourra-t-il toujours s’effectuer avec les
écoles ou ne restera-t-il que le souvenir d’un simple moment arraché à la
triste routine d’une formation de plus en plus considérée autour de nous comme
un dressage.

Tenons-nous en aux grandes lignes. Pour une bonne trentaine
d’élèves de secondes qui pour la plupart débarquaient pour la première fois dans
notre capitale, la découverte de la célèbre peinture de Delacroix La Lutte de Jacob avec l’Ange fut l’occasion de faire comprendre que toute œuvre est
combat. Que la beauté, le génie ne sont pas donnés d’emblée. Qu’il existe
toujours des difficultés à surmonter. Des matériaux à dompter. Que tout cela,
bien sûr, réclame du temps. Parfois beaucoup de temps. Celui de la formation
d’abord, puis celui nécessaire à la constitution d’une expérience. Et le temps
pour finir de sa conception et de sa réalisation.
Le chemin qui mène de l’église Saint-Sulpice où s’admire
(entre quantité d’autres choses) l’œuvre de Delacroix et le Musée de minéralogie (sis au 60 Boulevard Saint-Michel) passe très heureusement par une
étroite et très courte rue, la rue Férou, qui fournit en raccourci l’occasion
d’évoquer les mille et une richesses que la ville de Paris offre à la considération
du promeneur curieux tout autant qu’averti. Sans négliger l’intérêt qu’il y a à
se pencher quelques secondes sur le coût des offres immobilières exposées en
vitrine de l’agence qui occupe le coin de la rue, et qui remarquons le au
passage a pris la place d’une célèbre librairie, L’Âge d’homme !, on
peut attirer ici l’attention sur le pouvoir d’attraction et de stimulation d’une
capitale qui sur quelques mètres carrés d’habitation et à proximité du célèbre
salon de Madame de la Fayette, accueillit tant d’illustres provinciaux tels Prévert,
Chateaubriand, Renan, Taine, le peintre Fantin-Latour originaire du Dauphiné
sans compter de grands américains comme Man Ray qui y avait un atelier,
Hemingway qui dit-on y écrivit l’Adieu aux armes ou encore Scott
Fitzgerald.
Bien sûr la rue Férou est aujourd’hui davantage célèbre par l’impressionnant
poème mural de 300 m2 réalisé par le peintre calligraphe hollandais
Jan Willem Bruins qui a reproduit sur le mur de l’Hôtel des impôts par quoi
commence la rue, le célèbre poème de Rimbaud, ce fameux Bateau ivre que le jeune Arthur aurait lu
en 1871 dans un café aujourd’hui disparu, situé à quelques dizaines de mètres,
sur la place. Utile nuance à nos propos concernant le vieux Delacroix : la
valeur, comme le fait dire Corneille dans le Cid, n’attend donc pas
toujours le nombre des années. Et c’est sa force aussi que de pouvoir se lancer,
comme le fit Rimbaud et comme le montre son poème, dans l’inconnu et l’aventure
déconcertante aussi des découvertes.
Traversant alors les beaux et classiques jardins du
Luxembourg en profitant pourquoi pas de ses jolies toilettes gratuites (chose
rare !) une photo s’impose avec en arrière plan le grand bassin et la
majestueuse façade du Palais où depuis 1799 siège le Sénat de France. Sur quoi se
fondent donc la grandeur et la magnificence d’un état ? Pas certain que
les jeunes gens qui posent sur la photo se posent cette grave et difficile question.
Une réponse leur sera toutefois en partie fournie au Musée de la minéralogie
maintenant tout proche où les attend le conservateur Didier Nectoux qui, après
leur avoir retracé un rapide historique du lieu, expliqué les nécessités économiques,
industrielles et par voie de conséquences politiques et pédagogiques auxquelles
répond une école comme celle de l’École
des mines dont le musée dépend, leur avoir magistralement fait comprendre pourquoi
la cristallographie allait dès l’an prochain devenir une discipline obligatoire
dans l’ensemble des programmes de première, les avoir aussi laissés s’extasier
devant les merveilles de roches exposées dans ses innombrables vitrines, finit
par leur parler de notre mystérieuse tantalite.
Non, la tantalite n’est pas que ce bloc relativement informe
et pas trop séduisant de roche exposé dans la vitrine. C’est un morceau de
matière dont l’appropriation est devenue aujourd’hui vitale pour les sociétés
qui sont parvenues à rendre indispensables aux milliards d’êtres humains que
nous sommes, ces portables par lesquels nous vivons désormais connectés. Les
découvertes d’abord fondamentales des savants, la puissante créativité des
ingénieurs et le savoir-faire des techniciens et des machines se sont
rassemblés pour qu’autour d’une infime partie de la matière cachée dans cette
roche, matière dotée de propriétés qu’elle est seule à posséder, puissent
fonctionner ces appareils que nous utilisons sans jamais nous poser la question
des ressources naturelles indispensables à leur création.
Le travail de connaissance des savants pour déterminer les
propriétés singulières des éléments, ont conduit depuis l’avènement de l’ère
industrielle, les autorités à s’intéresser sérieusement, méthodiquement, aux
richesses innombrables des sous-sols comme à chercher par tous les moyens
disponibles à se les approprier. Fut-ce par la guerre. Ou la colonisation. De
la vient en partie la grandeur des états. Tous ces cailloux qu’on voit dans les
différentes vitrines sont en fait des richesses dont la possession importe. Et
conduit comme aujourd’hui par exemple au Congo à ces guerres qu’on dit tribales
mais qui cachent en fait des intérêts économiques très puissants.


On ne croyait voir là que des cailloux. De petits blocs de
couleurs informes, au mieux quelques splendides cristaux arrachés quelque part
aux entrailles comme on dit de la terre. On y a vu finalement notre histoire.
Et les défis, formidables, qui nous attendent. Cela n’ira pas sans combat. Dans
lequel il faudra que nos jeunes s’engagent. Chacun dans son domaine. Mais dans
le souci commun de maintenant travailler, mieux que nous, à préserver l’avenir.
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