Rob Rowland a grandi dans les Midlands où il est né. Son esthétique qui est celle des films noirs et des affiches de cinéma des années 50 et 60 s’attache à exprimer la poésie des paysages urbains des villes populaires du centre industriel de l’Angleterre. Fasciné par les trains son œuvre fait la part belle aux rails, à la fumée des anciennes locomotives. Et me fait souvenir comment moi-même dans les mêmes années nous nous installions en bandes sur la passerelle qui se trouve toujours au-dessus des voies de la gare de Boulogne-sur-Mer pour nous laisser entièrement envelopper par le panache des énormes machines qui grondaient au-dessous de nous. Alors certes, il y a de fortes chances pour que ces toiles de Rob Rowland soient méprisées de ces beaux connaisseurs d’art qu’excitent les grands objets esthétiques et ruineux du moment. N’empêchent qu’elles me parlent et que dans leur distance elles me transmettent ce sentiment de présence et d’émerveillement face à la vie, la vie passée peut-être, dont j’ai toujours eu besoin pour me sentir davantage être.
Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.
lundi 8 décembre 2025
dimanche 7 décembre 2025
NOUVELLE RECOMMANDATION DÉCOUVREURS. ROSA DE DENISE LE DANTEC AUX PRESSES DU RÉEL.
J’ai salué rapidement lors de sa parution l’ouvrage intitulé Rosa, en hommage à la célèbre révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg. Je sais combien ce livre est cher à cette formidable artiste et poétesse qu’est Denise Le Dantec dont je m’efforce depuis de longues années de soutenir autant que je peux l'œuvre singulière. Rosa n’est pas seulement un court ouvrage de poésie. C’est un livre d’artiste véritable. Pas à l’image de ceux qui de fait ne sont que des livres illustrés et qui se font passer abusivement pour. Ici la page bouge. Et la forme, les signes qui ne sont pas tous de nature verbale, forment concurremment sens. Disant la mort certes. Mais tout aussi puissamment la vie. Ou du moins l’espérance d’une vie autre. En fait le drame plutôt que le tragique, d’une existence forte de toutes les énergies qu’elle contient et aura su assimiler, malheureusement confrontée à ces « méridiens noirs » qui projettent, semble-t-il à nouveau leur ombre sur nos trop oublieuses et égoïstes sociétés. Difficile pour moi de donner ici un extrait de ce livre à la fois poème, tableau et partition. Il me faudrait pour cela être artiste typographe. D’où le montage que je propose, opéré à partir de photographies du livre. Livre très court mais d’une extrême densité. Ce qui surtout ne veut pas dire obscur. Juste qu’il ne cesse d’allumer de partout en nous ses feux.
J’y ai adjoint l’image d’une page de l’Herbier de prison réalisé par Rosa Luxemburg au cours de son incarcération à Berlin durant une partie de la première guerre mondiale. Herbier que les superbes éditions Héros-Limite ont publié en 2023 avec le concours de Muriel Pic qui en a signé aussi la préface.
samedi 6 décembre 2025
POÉSIE DES IMAGES. JOUR 2. FOOTBALL.
Dans l’ancienne vallée minière qui s’étend autour de l’actuelle Stoke-on-Trent, le football aura été longtemps pour les populations ouvrières attachées par leur condition à vivre dans un décor industriel d’usines recrachant leurs fumées sur leurs modestes et parfois misérables habitations de brique, l’occasion de se rassembler dans une même fierté, un semblable élan, une commune ambition. Les artistes qui auront vécu dans cette vallée ou l’auront approchée de près n’ont pas manqué de tenter de saisir les divers aspects de cette importante ferveur populaire. Sid Kirkham, originaire de Stoke-on-Trent et mort en 2018 à l’âge de 74 ans y sera sans doute parvenu mieux que quiconque. Me rappelant à travers ses œuvres, les dimanches de mon enfance où en compagnie de mon père, lui-même considéré à l’époque comme une des gloires du club local dont il fut le gardien de but entre 1920 et 1940, accédant à plusieurs quart de finale de la Coupe de France, battu à chaque fois, aimait-il à me dire et redire, par le vainqueur final, je me rendais au stade en traversant la ville où des paquets de supporters faisaient de leur côté route.
Stoke-City lui remporta la League Cup en 1972 par une victoire à Wembley, deux à un, contre Chelsea. A l’époque les cheminées commençaient à cesser de fumer du fait du Clear Air Act de 1968. Aujourd’hui les œuvres de Sid Kirkham font le bonheur des amateurs qui mythifient à leur façon cet important passé dont, comme c’est assez naturel, ils ont tendance à ne conserver en mémoire que ce qui les glorifie.
NOTE
Dans notre composition figurent cinq oeuvres de Sid Kirkham ayant toutes la ville de Stoke-on-Trent pour cadre, notamment une toile célébrant le retour gagnant de l'équipe de Stoke City en 1972. J'y ai adjoint deux oeuvres de L.S. Lowry (coin droit, en bas) aisément je pense reconnaissables.
vendredi 5 décembre 2025
POÉSIE DES IMAGES. JOUR 1.
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| JACK CLARKSON 1906-1986 |
En matière de peinture j’ai des goûts éclectiques. Qui me conduisent à aimer toutes sortes d’images qui m’amènent souvent à percevoir avec plus d’acuité les choses qui m’entourent. À ressentir autrement des atmosphères. La petite enquête que j’ai faite dernièrement à propos de Laurence Stephen Lowry m’a amené à rassembler quantité de ces images, je dis volontairement images[1], produites par des peintres anglais depuis le début du vingtième siècle dont le dénominateur commun est pour moi qu’elles contribuent à m’aider à saisir davantage la poésie du monde. Je m’explique. Le mot de poésie est la plupart du temps utilisé de façon vague. Un mot creux n’ayant qu’une valeur d’adverbe destiné à renforcer l’expression d’un jugement dépourvu d’argument. Si je parle ici de poésie du monde c’est que je voudrais signifier que le regard que nous portons sur ce qui nous entoure, c’est du moins l’expérience personnelle que j’en ai, est fortement nourri d’images qui déterminent et soutiennent son attention. Je me souviens que traversant, il y a bien longtemps, les grandes étendues plates des Flandres belges, de retour de Bruxelles où j’avais fait découvrir à mes enfants la peinture de Brueghel, ce paysage qui jusque là m’avait paru terne et sans charme et sur lequel je ne portais qu’un regard bien distrait, m’est apparu totalement autre. Pour la première fois je voyais les bouquets d’arbres autour des fermes rousses, les cheminées qui fumaient, la pointe bleutée des clochers d’église, les cours d’eau sinueux, les mares, les grandes pièces sombres de terre labourées… Tout s’était animé sous mes yeux. S’était mis à prendre couleur. Se mettait à exister prenant en même temps comme une profondeur historique m’amenant à imaginer, ici un groupe de paysans en sarrau occupés à étêter des saules, un enfant attendant qu’on lui cède une petite part de gaufre, là une troupe d’aveugles en route sur un chemin…
mardi 2 décembre 2025
POUR MORT. CINQ POÈMES TROP COURTS. NE POUVANT M’ARRÊTER.
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