Je m’agace souvent de mon incapacité à expliquer clairement les raisons qui me font détester certains des livres ou des poèmes que la curiosité qui m’anime me pousse
par ailleurs à découvrir. Rares sont en effet les œuvres qu’au final j’admire
sans réserve. Ou que simplement j’aime. Plus nombreuses celles dont il me faut
avouer qu’elles m’irritent. Moins d’ailleurs contre leur nature propre que
contre l’auteur qu’elles visent en premier lieu, je crois, à mettre en scène.

Pour éviter de me faire ici-bas des ennemis inutiles, je partirai d’un
poème que la récente lecture d’un livre original et passionnant de l’historien
et archéologue François-Xavier Fauvelle, intitulé À la recherche du sauvage idéal, m’a conduit à rechercher sur le net pour vérifier mes intuitions
concernant l’utilisation faîte un peu partout de la poésie dans le domaine
politique et social. Dans un des chapitres de son livre, consacré à l’évocation
de la figure de Sarah Baartman, la célèbre Vénus hottentote, entraînée hors de son
afrique natale pour être exhibée, à Londres puis Paris, tel un animal de foire,
Fauvelle raconte l’édifiante cérémonie organisée par les autorités du Cap à
l’occasion du retour en Afrique
du sud de ses pauvres restes et de leur inhumation
dans la petite localité de Hankey proche du lieu sensé avoir été celui de sa
naissance.
Le public enfin rassemblé, « officiels
en costume-cravate, personnages en habits traditionnels, policiers blancs en
uniforme, ouvriers agricoles venus des environs », et la cérémonie
officiellement ouverte, voici que «vêtue d'un chemisier à imprimés d'éléphants », une femme monte à la tribune. C’est « une poète », qui dans « les bourrasques de vent [ nous dit
Fauvelle ] qui font claquer les calicots
et emportent les voix », vient déclamer le poème qu’elle a composé
pour celle qu’elle s’autorise, se réclamant des mêmes ancêtres, à nommer
allégoriquement, sa « grand-mère » !