mercredi 8 décembre 2021

BONNES FEUILLES. LE MISSISSIPPI DANS LA PEAU D’EDDY L. HARRIS AUX ÉDITIONS LIANA LEVI.

« Un jour, on arrive dans un lieu comme le lac Itasca et toutes les merveilles humaines rapetissent devant la complexe simplicité d’une feuille, les milliers de milliards de feuilles qui ensemble composent un arbre et une forêt, le lac qui fend la forêt, le fleuve qui déborde du lac et traverse un continent créant, détruisant et recréant sur son passage. La forêt est une cathédrale de pins et de bouleaux majestueux, et le lac, un baptistère à l’eau vivifiante. À l’étroit exutoire où naît le fleuve, le lac s’écoule sur les rochers comme l’eau bénite sur la tête d’un bébé qu’on baptise. »….

Cliquer dans l’image ci-contre pour découvrir d’autres extraits.


 

NOUVELLES RENCONTRES AVEC EDDY HARRIS.


 C’est devenu un rituel. Comme chaque année le lycée Berthelot de Calais a accueilli pour une série de rencontres principalement destinées à ses classes d’anglais, l’écrivain américain Eddy L. Harris qui vient de sortir chez Liana Levi, après le succès de Mississippi Solo, chez le même éditeur, Le Mississippi dans la peau qui évoque, entreprise une trentaine d’années après la première, sa seconde descente du fleuve en solitaire à bord d’un simple canoé. Regards sur l’Amérique, ses mutations, sur l’aventure individuelle bien sûr et méditations sur la fuite du temps, nos relations à l’autre, à la famille et à l’éducation, sans oublier bien entendu inspiré par les riches paysages traversés, sur la beauté, celles de la nature, celles aussi de la culture voilà ce que la venue d’Eddy Harris a pu offrir à plusieurs centaines de jeunes gens auxquels il aura aussi permis de réfléchir à cette taraudante question de l’importance ou pas à accorder à la couleur de peau. 

 VOIR NOS EXTRAITS

mardi 7 décembre 2021

PASSAGES CHOISIS DANS GLACIS DE GUILLAUME ARTOUS-BOUVET. ÉDITIONS LA RUMEUR LIBRE.

 

 

 Le Père Goriot et le Renardin : deux tentatives de G. Artous-Bouvet pour évoquer dans ses propres raccourcis de langue deux oeuvres qui ambitionnent aussi chacune à leur manière de refléter le monde.

Cliquer dans l'image ci-contre pour découvrir ces textes au format PDF.

POURSUIVRE L’ESPÉRANCE. VIE DE Mlle. AMANDINE DE JEAN GIONO.

J’ai mis longtemps à m’attacher à l’œuvre de Giono. Que je considère désormais comme un auteur majeur pour notre temps. J’ai relu récemment certains des textes de son recueil l’Eau vive et me suis arrêté en particulier sur un court récit composite à ma connaissance trop rarement évoqué, Vie de Mlle Amandine, dont les 3 parties écrites, semble-t-il, entre 1932 et 1934, auront été isolément publiées dans diverses revues avant d’être rassemblées dans un tout. C’est beau. C’est fort. Et j’aurais très envie d’en tout citer ici, qui redonne espérance sans jamais rien nous cacher des tristesses et des lourdeurs de la vie. Ah ! ces passages sur la poussée de la graine et celle imaginée « plus terrible sans doute, à cause de la masse, de la force, du temps accumulé dans le moindre geste », de la pierre…

lundi 6 décembre 2021

FORCES DU TRAVAIL POÉTIQUE. NOTE SUR GLACIS DE GUILLAUME ARTOUS-BOUVET.

Sûrement m’aventuré-je mais me vient l’idée, plongé que je me suis récemment trouvé dans la contemplation des natures mortes de Soutine, que les textes si particuliers de Guillaume Artous-Bouvet, spécialement dans son dernier livre, que je n’ai fait, certes, jusqu’ici, que feuilleter, pourraient être en littérature comme un travail comparable à celui de ce peintre[1]. Travail où la figure, progressivement, se construit à partir de la puissance de gestes – ici de divers traits suggestifs autant qu’audacieux de langue – qui peu à peu redonnent à voir ce qu’on pensait avoir vu, mais n’existait plus en nous que, comme dirait Giono, « une peinture sur la pierre qui emmaillote ». Ainsi de son évocation du Père Goriot ou du Chat qui pelote, qui spectrographient, si je puis dire, tant le visible que l’invisible remontant du célèbre incipit de ces œuvres. Et de ses « tableaux » d’animaux qui, par successives et brillantes condensations, et sans en négliger l’apparence reconnaissable, ouvrent, non seulement à des profondeurs intimes, mais touche après touche, techniquement, et d’orbe en orbe, sensiblement, élargissent l’attention jusqu’à crever la toile.



[1] On sourira sans doute de ce rapprochement entre « el pintre brut », le peintre sale, pour qui passait Soutine aux yeux des gens qui le croisaient et un jeune et sans doute brillant professeur d’Université, bien installé dans sa carrière. Mais ceux qui pour commencer liront la quatrième de couverture de ce livre, Glacis qui fait bien entendu référence à la peinture – bien qu’à mes yeux une certaine relation à l’art des fortifications ne soit pas à exclure – ne manqueront pas de ressentir les échos que ces lignes et leurs couleurs entretiennent avec les fortes réalisations que constituent les natures mortes animales du peintre.


 

samedi 4 décembre 2021

NOUS VIVONS UNE ÉPOQUE FORMIDABLE. DEUX POÈMES DE FLORENT TONIELLO.

Si les textes de Florent Toniello apparaitront à certains loin de cette sorcellerie évocatoire, de cet affrontement sensible à l’indicible en quoi ils reconnaissent le propre de la poésie, on ne manquera pas d’apprécier la flegmatique et perverse ironie avec laquelle ils croquent la manière dont nous – je veux dire les petits bourgeois narcissiques et romanesques que nous sommes – habitons notre époque. La poésie fait aussi ça, de nos jours. En quoi on ne peut l’accuser quand même de se montrer moins utile que l’ensemble des modes, les populations de gourous, de coaches, de thérapeutes intéressés, à quoi nous nous raccrochons pour donner plus de plénitude et de confort à notre pauvre vie…

ILLUSTRATION : 2 poèmes choisis dans Vidée vers la mer pleine, éditions PHI, 2021.