
Je le reconnais bien volontiers.
J’ignore à peu près tout du Japon. De son histoire. De sa géographie. De sa
culture. De ses traditions. Et même de sa littérature. Ou plutôt ce que j’en
sais tient dans le bagage de ce que nous savons tous. C’est-à-dire clichés.
Petits savoirs superficiels. Engouements déclenchés. Enthousiasmes de commande
produits par l’énervante société culturelle à prétention élitiste à laquelle de
force, sinon de gré, je me trouve appartenir. Pourtant Chant du Mont fou ce livre qui par bien de ses aspects se montre
profondément ancré dans les spécificités d’un pays qu’il nous fait attentivement
parcourir nous entraînant d’un lieu sacré ou historique à l’autre, d’un auteur
ancien à l’autre, sans compter les évènements nombreux du passé et les figures
mythologiques ou religieuses qu’il convoque au passage, Chant du Mont fou m’a presque toujours interpelé comme s’il me
parlait finalement de moi-même. De cette difficulté que nous avons à habiter
nos corps. À accepter notre âge. À nous sentir de notre époque. À ne pas nous
perdre dans les multiples voix qui nous habitent. Ne pas constamment chercher
ce qu’au fond nous ne trouverons jamais. Nous inventant des voyages d’humeur,
des fièvres, des colères, des regrets, des peurs... des opéras d’impressions en
fait, dont nous savons bien comme ils sont inutiles. Mais sans lesquels nous
n’aurions pas de vie.