mercredi 4 février 2026

SUNT LACRYMAE RERUM. AUTOUR D’UN LIVRE DE VERONIQUE BERGEN : LE COLLECTIONNEUR AUX ÉDITIONS ONLIT.


 "Chaque tableau a son histoire séparée de meurtre, de rapine et de sacrilège"
Walter Scott

De quelles larmes sont capables les choses ?[1] Les choses de l’art en particulier. L’œuvre que nous contemplons garderait-elle la mémoire non seulement des êtres, des paysages, des actions de toutes sortes qu’elle évoque ou représente mais aussi des tribulations auxquelles l’Histoire peut-être l’aura obligée ? Il me plaît que dans un des récents ouvrages de Véronique Bergen, Le Collectionneur, les tableaux soient des êtres vivants, capables de tristesse. De colère aussi. Et d’attachement. Eux que notre romancière envisage dans leur déplacement du point de vue d’une des plus terribles tragédies de notre histoire, la tentative de génocide du peuple juif et de l’entreprise parallèle de spoliation par les dignitaires nazis des biens, principalement les œuvres d’art, dont les plus fortunés et les plus avertis de ses membres étaient propriétaires[2].

Âgé d’une quarantaine d’années, Andreas[3], le personnage principal de l’histoire, reçoit en héritage de la part de son oncle, Rainer, grand marchand de tableaux autrefois au service du Reich et plus précisément du  Reichsjägermeister Göring, une extraordinaire collection d’œuvres arrachées au cours de la guerre à leurs possesseurs légitimes. Se pose alors la question pour lui de leur restitution. Peintre amateur lui-même et amoureux fou d’art et de tableaux, Andreas hésite à se séparer de ces toiles dont il s’imagine d’ailleurs qu’elles se plaisent à sa présence et sont heureuses de l’attention qu’il leur porte. Finira-t-il par céder à l’obligation de justice ou se réservera -t-il le droit de conserver ces toiles avec lesquelles de jour en jour il tisse un lien affectif particulier.