Invité à l’occasion du Printemps des Poètes, au couvent des Dominicains de Lille, j’aurai passé cette nuit du premier avril en cellule ! Inauguré en 1957, le bâtiment qui m’accueillait, vaste, entouré d’un parc comptant parmi les plus grands espaces verts qu’offre la ville de Lille qui en la matière reste il est vrai assez pauvre, est le premier bâtiment religieux « Patrimoine du XXe siècle ». Oeuvre des architectes Pierre Pinsard et Neil Hutchinson, il associe briques, béton, avec quoi joue dans un rapport toujours vivant et nouveau, la lumière, celle du jour et des saisons, dans la fraternité toujours changeante aussi des grands arbres qui l’entourent. Et les cellules ici, avec leur plafond incurvé de briques, rouges, leurs grands murs blancs aussi de briques, peintes, sont belles. Simples et belles.
Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.