mercredi 27 avril 2016

VINGTIÈME ÉDITION DU PRIX DES DÉCOUVREURS. CONTINUEZ LE VOYAGE !

Sélection 2016-2017 du Prix des Découvreurs

























Vingt ans. On connaît la célèbre phrase de Paul Nizan selon laquelle avoir vingt ans est loin d’être la plus belle chose de la vie. Pour une association comme la nôtre toutefois vingt ans ce n’est plus la jeunesse. Peut-être même plus l’âge adulte. Sans doute le moment de songer à s’effacer pour laisser à d’autres plus vifs et diligents le soin de donner à notre action un nouveau souffle. De fédérer autour d’eux des énergies nouvelles.

Sûrement. Mais si la tentation existe bien de se réserver désormais pour soi, d’abandonner nos combats à d’autres, il est chaque année moins facile, face au succès croissant de nos actions, à l’élargissement régulier des publics que nous touchons, d’interrompre cette dynamique qui fait que nous nous sentons de plus en plus utiles pour ne pas dire nécessaires. D’autant que nous voyons bien qu’ils ne se pressent pas trop ceux qui autour de nous seraient susceptibles de prendre la relève.

jeudi 31 mars 2016

LE PRIX DES DÉCOUVREURS 2016 À LA POÈTE SYRIENNE FADWA SOULEIMANE !

Fadwa Souleimane au lycée Branly de Boulogne-sur-Mer
Ainsi que l’annonçaient bien les premiers résultats qui nous sont parvenus, c’est sur À la pleine lune, le livre de Fadwa Souleimane publié par les toutes jeunes éditions du Soupirail, que se sont très largement portés les suffrages des quelques 2000 lycéens et collégiens qui cette année ont participé à l’édition 2016 du Prix des Découvreurs.

On ne s’en étonnera pas, tant la nature de ce livre et la personnalité de son auteur avaient de quoi retenir l’attention de ces jeunes pour qui la poésie n’a rien à voir avec un jeu gratuit d’esthète ou d’intellectuel avant tout soucieux de distinction. Découvrant À la pleine lune et le parcours si particulier de son auteur ils ont, je crois, compris le caractère profondément vital pour ce dernier de ces poèmes marqués par la guerre et l’exil, par la volonté de ne pas laisser le dernier mot au silence, celui de la défaite et de la résignation.

Habitués à ce qu’on leur parle de poésie engagée et plus familiers certainement du Melancholia de Victor Hugo ou du trop fameux Liberté d’Eluard, que des écrits des poètes d’aujourd’hui qui sont – de par la force actuelle des choses – presque tous des textes de résistance, ils ont ainsi pu comprendre à quelles nécessités répond toujours et en profondeur la poésie de notre temps. Quand elle est animée d’un désir authentique de parole. D’un besoin fondamental de dire.

Comme l'écrit quelque part Ariane Dreyfus, le poème « n’est pas une succession de mots, mais l’élan d’une parole dans la relativité d’un corps ». Et en ce sens il ne peut exister autrement qu’engagé. Surtout si ce corps, appréhendé dans l’exil, ayant perdu son environnement familier, ses racines d’enfance, est condamné à se vivre désormais dans une culture, un espace et une langue autres.


Ce n’est qu’une fois installée en France pour fuir l’arrêt de mort promulgué par le tyran syrien Assad, que la comédienne Fadwa Souleimane a éprouvé pour la première fois la nécessité de retrouver sa langue en se mettant à écrire de la poésie. Tombeau des morts qu’elle a laissés derrière elle, des innocences de la paix saccagée, ses textes tout en désignant clairement les responsables, restent toutefois habités par la volonté farouche de ne rien céder aux multiples formes de violences qui se concurrencent aujourd’hui un peu partout dans le monde. Certaine que les divisions, quelles qu’en soit la nature, ne font aller l’humanité qu’un peu plus vite vers sa perte, Fadwa Souleimane, en dépit de tout, nous invite au chant réconcilié de l’Un.



vendredi 25 mars 2016

DES FORMES ET DES FORCES ! LE PROGRAMME DE NOTRE FUTURE JOURNÉE DE DÉCOUVERTES.

Comme chaque année les Découvreurs proposent, en partenariat avec la Ville de Boulogne-sur-Mer et la DAAC de Lille une journée de découvertes à l’intention de tous ceux qui refusent de se laisser enfermer dans les prescriptions de la machine médiatique soumise de plus en plus aux impératifs marchands.

Nous aurons ainsi le plaisir de découvrir des œuvres originales, lucides, largement ouvertes sur le monde et qui sans complaisance témoignent de la capacité de résistance que certains restent capables de mobiliser face à tout ce qui nous écrase.

Gageons qu’une nouvelle fois, le public sera nombreux à prendre d’assaut les tables de notre libraire partenaire !

mardi 15 mars 2016

REPRENANT LES CHEMINS D’ICI. MAUVAISES LANGUES DE PAOL KEINEG.

EGON SCHIELE AUTOPORTRAIT TÊTE BAISSEE



































Écrire pour
faire du simple avec
du compliqué (ou faire semblant) :
dans un pays sans adresse,

qu’est-ce que je vais encore trouver
en tournant
la cuiller dans le bol de café
(ça ne tourne pas rond).

Oui. C’est bien ce lyrisme en apparence désinvolte et inquiet qui d’abord fait la force, évidente pour moi,  du livre de Paol Keineg intitulé Mauvaises langues. Ici la formule est celle d’une écriture qui, accompagnant les mouvements de la vie la plus quotidienne, située dans le cadre fuyant d’une géographie qui a perdu ses repères, d’un monde qui ne va plus très bien, cherche moins à nous asséner ses vérités particulières qu’à s’étonner de ses découvertes. Chaque fois renouvelées.

vendredi 11 mars 2016

CENDRARS ENCORE ET ENCORE ! UNE ÉTUDE DE LA PROSE DU TRANSSIBÉRIEN PAR COLETTE CAMELIN.

CENDRARS RUSSIE
KANDINSKY, LA VIE MÉLANGÉE, 1907
À la demande des Découvreurs Colette Camelin a accepté de livrer le texte d’une étude consacrée à la Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, publiée en 1913 par Blaise Cendrars et Sonia Delaunay. Occasion pour nous de revenir dans ce blog sur celui qui se disait « un fort mauvais poète ».

Cette étude qui a vocation à éclairer le lecteur « bénévole » sur les multiples aspects de ce texte en bien des points fondateur de la modernité poétique a été complétée par nos soins de diverses références à la peinture de l’époque ainsi que d’images provenant de diverses publications qui permettront aussi de réfléchir sur la guerre russo-japonaise qui tient une place si importante dans la thématique complexe de ce poème initiatique.


mercredi 9 mars 2016

UNE SIMPLE JOURNÉE À PASSER SAINE ET SAUVE ! DOINA IOANID.


Doina Ionaid
Dorothea Tanning Birthday










Mais nous autres, jamais nous n'avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s'ouvrent
à l'infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l'on respire,
que l'on sait infinie et jamais ne désire.

RILKE
Huitième Elégie de Duino, 1922


« Que veulent-elles de moi, toutes ces femmes avec leur ventre de kangourou à peine dissimulé par des tabliers fleuris, leurs cheveux imprégnés d’odeurs moites, pourquoi m’invitent-elles à venir à leur côté, m’attirant avec leurs vies mutilées et pourquoi leurs histoires collent-elles à moi comme de l’huile brûlante, alors que je veux seulement qu’elles me fichent la paix et me laissent aller mon chemin ? »  Dans l’univers bien particulier de la poète roumaine Doina Ioanid, la relation qu’entretient l’être avec le monde est toujours captivante. Je veux dire un peu possessive. Et les frontières que dessinent les identités tout comme les moments successifs du temps se montrent la plupart du temps dangereusement poreuses.

Un mouvement qui n’est pas sans rappeler celui de la ruade du cheval entravé qui regimbe.


jeudi 3 mars 2016

MULTIPLIER LES RENCONTRES. UNE NÉCESSITÉ !

Oui. Je crois de plus en plus à l’importance des rencontres. Notamment en milieu scolaire où il me semble nécessaire de faire comprendre que l’engagement dans l’écriture – principalement poétique - n’a rien d’un jeu factice ou intellectuel mais se trouve indissociablement lié à une affirmation vitale, un besoin aussi de comprendre et de saisir le monde. D’élargir ses horizons. De repousser les limites des représentations qui enferment. Et de trouver la bonne distance par rapport au langage, instrument d’être et de pensée.
Plutôt que de rendre compte de façon factuelle des nombreuses interventions que je viens d’effectuer ou d’accompagner dans divers établissements il m’a paru opportun de redonner ici le texte d’un long entretien que m’a proposé il y a quelques temps Florence Trocmé pour POEZIBAO. Car il importe de fournir à tous ceux qui comme nous s’y impliquent réellement, des fondements réflexifs qui légitiment de plus en plus ces pratiques que certains voudraient continuer à réduire à l’anecdotique, à enfermer dans de simples séances d’animation ne nécessitant aucun investissement réel. Aucune préparation.

Florence Trocmé : Georges Guillain, vous êtes à l’origine d’un prix centré sur la poésie qui a cette particularité d’être décerné par un jury de lycéens. Pouvez-vous nous parler de ce Prix des Découvreurs, nous en redire la genèse, l’idée qui a présidé à sa conception.

Georges Guillain :
Chère Florence, oui. Le Prix des Découvreurs aura bientôt 20 ans. Et touche désormais chaque année quelques milliers de lycéens mais aussi de collégiens de troisième, de Dunkerque à Yaoundé ! Plutôt d'ailleurs que d'idée, je préfère parler de sentiment. Tant au départ, ce qui m'aura guidé et dont je n'ai maintenant qu'un souvenir assez vague, devait sûrement être assez différent des raisons qui aujourd'hui m'encouragent à désirer toujours prolonger et surtout élargir de plus en plus l'aventure. Le Prix des Découvreurs a commencé, en 1996, par un courrier que m'aura adressé l'adjoint à la Culture de la Ville de Boulogne-sur-Mer qui me sachant poète me demandait de réfléchir avec lui à la façon de relancer un Prix de Poésie jadis décerné par la ville et tombé, à juste titre, en désuétude.

"La littérature ne peut plus être considérée que comme objet de culture, renvoyant nécessairement à des vocabulaires datés. Des formes un peu figées. Coupées des ressources nouvelles d'époque. "

samedi 27 février 2016

POUR UNE POÉSIE RÉELLEMENT ENGAGÉE ! CLIMATS DE LAURENT GRISEL.

Non la Terre ne fut pas toujours bleue. Ni toujours habitable. Vieille de plus de 4,5 milliards d’années, notre planète perdue dans l’immensité proprement sidérante de l’univers visible, change constamment de visage, souffle le chaud et le froid, fut orangée comme Titan, blanche comme Encelade. Dépendant de facteurs essentiels tels l’augmentation de la luminosité du Soleil, la tectonique des plaques, les modifications orbitales, son climat possède une histoire complexe et la vie qu’il a rendue pour nous possible résulte d’équilibres chimiques précaires que notre espèce, par son nombre d’abord, par ses choix particuliers de développement ensuite, est en train de menacer.

C’est à la demande de la MEL et de sa Présidente, la romancière Cécile Wajsbrot, que Laurent Grisel a entrepris de se saisir de la question climatique pour alerter à sa manière le public sur les risques que notre insensibilité aux perturbations que nous infligeons à la nature fait courir à l’ensemble de l’humanité. Et c’est la force actuelle de notre poésie que de lui permettre de prendre aujourd’hui la parole pour produire un texte singulier, engagé, surprenant, dont la précision de la documentation, l’ouverture informée au réel ou plutôt à ses multiples composantes, n’altèrent pas l’impact. Ni le retentissement.

Loin du sentimentalisme vaporeux et de l’hermétisme savant



dimanche 21 février 2016

DEUX POÈTES TAÏWANAIS POUR DIRE AUSSI NOTRE HISTOIRE !

GRAVURE DE NELIDA MEDINA
Sans doute qu’il y a quelques années, j’aurais accordé aux deux ouvrages que vient de m’envoyer Neige d’août, une attention moins grande. Moins accompagnatrice. C’est que les poèmes de ces deux auteurs taïwanais que Camille Loivier, l’une des chevilles ouvrières de ces publications, a tenu à me faire découvrir, ne relèvent pas de ces écritures savantes, retournées, interrogeant inlassablement leur relation sensible et longue à la parole, déconstruisant, reconstruisant dans une recherche sans fin de leur identité, une langue dont on sait pourtant depuis bien longtemps qu’elle ne nous appartient pas en propre. Je n’ai évidemment rien contre ces voix intérieures qu’il est dans la nature même de la poésie de pouvoir faire entendre mais à l’heure où l’univers dans lequel nous vivons vient si largement à nous et avec lui son lot de négations sanglantes de la plupart des valeurs sur lesquelles s’est bâti notre hypothétique humanité, j’attends désormais que la voix du poète prenne davantage en charge l’Histoire, ses désastres, ses drames, bref, l’infinité des situations le plus souvent peu enviables que le monde tel qu’il est impose à ses populations.

samedi 13 février 2016

EXPLORATION DE LA VISIBILITÉ


Tête de Telamon, Agrigente
Les éditions Flammarion viennent de sortir le dernier ouvrage consacré par le poète Nicolas Pesquès à  La Face Nord de Juliau à laquelle il semble avoir maintenant consacré la quasi totalité de sa vie littéraire.
Je ne pense pas totalement inutile de redonner dans ce blog l’article que j’ai consacré il y a quelques années dans la Quinzaine Littéraire aux volumes 5 et 6 de cette singulière et magnifique entreprise.


Vigoureusement calé sur sa colline ardéchoise, le travail de Nicolas Pesquès qui fait paraître chez André Dimanche les volumes 5 et 6 de la Face nord de Juliau, se présente comme le récit particulier d’une exploration entamée depuis plus de 20 ans, non de la chose vue, voire d’un paysage fuyant en constante métamorphose mais de ce qu’appelait si bien Maurice Merleau-Ponty dans son dernier grand ouvrage l’Oeil et l’Esprit, un circuit : le circuit ouvert du corps voyant au corps visible.

A l’origine, peut-être, comme la tentative d’épuisement d’un lieu particulier : une modeste colline rêche, râpeuse, couverte de buis, de genêts, de genévriers, à laquelle le regard se trouve quotidiennement confronté. Une colline où sur l’autre face, au sud, aura vécu et écrit en son temps le poète Jacques Dupin auquel Nicolas Pesquès a d’ailleurs consacré en 1994, chez Fourbis, un bel ouvrage écrit dans l’amitié de la voix.

lundi 8 février 2016

RENCONTRES AVEC FADWA SOULEIMANE.

Dans le cadre de l’édition 2015-2016 du Prix des Découvreurs, nous venons d’accompagner la poète syrienne Fadwa Souleimane dans deux grands lycées de Boulogne-sur-Mer, les lycées Mariette et Branly. Nous reviendrons sur ces rencontres qui seront suivies prochainement par des interventions dans d’autres établissements de l’Académie de Lille, notamment à Calais, Denain et Valenciennes.

Disons simplement ici que ces interventions ont particulièrement touché les nombreux jeunes qui ont eu la chance de rencontrer celle qui s’est surtout présentée comme une porte-parole du peuple syrien victime d’une guerre qui dépasse largement les enjeux de politique intérieure auxquels certains voudraient la réduire.

Tout comme le public, venu rencontrer l’auteur à la librairie l’Horizon, chacun a pu se rendre compte de la forte personnalité de Fadwa Souleimane, une femme artiste qui après  s’être engagée au service d’une révolution pacifiste n’a rien renié de ses idéaux et continue, envers et contre tout, son combat de justice et de fraternité.

samedi 30 janvier 2016

POÈMES À LYRE. DE L’ODE À LA MÉLODIE.

POESIE LYRIQUE Charles de la FOSSE
Antoine Houlou-Garcia, nous a adressé il y a quelques semaines un texte consacré aux relations étroites que la poésie, depuis son origine, entretient avec la musique.

Nous en proposons ici la lecture qui ne manquera pas d'intéresser plus particulièrement ces classes auxquelles nous rappelons régulièrement que la poésie est un art qui réclame une intelligence sachant ne jamais se découpler d'avec la sensibilité.

lundi 25 janvier 2016

DE LA VIE PLEIN LA VOIX. HOMMAGE À LUDOVIC JANVIER.


LUDOVIC JANVIER LORS DE LA REMISE DU PRIX DES DECOUVREURS 2002
Notre ami Ludovic Janvier vient de mourir à Paris, à l’âge de 82 ans. Depuis plusieurs années il luttait contre la maladie en continuant d’écrire, de voyager, de se baigner dans les eaux de la Méditerranée, d’arpenter les rues du beau Paris auquel il consacrait un livre. C’était un être profondément vivant. Que sa grande culture, sa puissante sensibilité, qui n’allait pas sans tristesse, n’empêchait pas d’être drôle.
Volontiers critique, il s’intéressait aux gens. Se moquait volontiers de lui-même. Tout en régalant par sa conversation qui pouvait porter sur tout. De Beckett bien entendu dont il fut, tôt, le traducteur et l’ami. De musique - plus particulièrement de jazz - et de peinture – il adorait Bonnard – mais aussi de football, de cuisine, de politique et de famille. Il parlait souvent de ses enfants. De son enfance aussi et de sa mère avec laquelle il semblait, bien après sa disparition, ne pas avoir clos une relation difficile.
L’homme qui vient de disparaître fut à nos yeux un de nos plus grands poètes. Quelqu’un qui, tout en ayant assimilé les conquêtes de la modernité et bien au clair sur son époque, savait toujours s’inscrire dans l’espace millénaire d’une poésie dont il connaissait parfaitement les origines et les plus secrètes puissances. 
L’homme qui vient de disparaître fut un vivant magnifique.
De la vie plein la voix. 

Les éditions Gallimard publieront son dernier recueil, Apparitions, dans la collection blanche.
Pour ceux qui voudraient découvrir cet auteur voir dans ce blog ce poème magistral qu’est Grand Stade. Avec un très bel article de Charles Dobzynski sur Doucement avec l’ange, Prix des Découvreurs 2002.
Voir aussi dans nos Dossiers les 2 articles que nous lui avons consacrés dans la Quinzaine Littéraire.

dimanche 24 janvier 2016

IMMENSITÉ DES PLUS HUMBLES MATIÈRES !

JARDIN DE MOUSSES KYOTO
De retour d’une rencontre avec des élèves d’une classe de premières du lycée Berthelot de Calais je voudrais leur dédier ce billet que j’ai consacré il y a deux ou trois ans déjà à l’ouvrage de Véronique Brindeau, Louanges des mousses.

Il y a un usage du monde qui permet chaque jour de l'inventer davantage. Les vrais livres, nés d'une connivence profonde avec les choses de la vie et capables d'exprimer avec une même profondeur, la jouissance, l'émotion mais aussi la sagesse que son auteur en a retirées, nous éclairent ainsi de fenêtres nouvelles. Diffusant leur lumière, avec plus ou moins d'éclat. Et de retentissement. Louange des mousses de Véronique Brindeau appartient à la catégorie des ouvrages discrets, modestes mais dont la découverte ouvre paradoxalement sur des horizons de pensée vastes. Sinon illimités. Ce qui n'est pas sans rappeler les propos de Witold Gombrowicz dans Cosmos, "J'ai dû, vous le comprenez, recourir toujours davantage à de tout petits plaisirs, presque invisibles. Vous n'avez pas idée combien, avec ces petits détails, on devient immense, c'est incroyable comme on grandit".


Nous ne disposons pour distinguer les quelques trois cents variétés de mousse que de trois mots !

samedi 23 janvier 2016

KATRINA. ISLE DE JEAN CHARLES, LOUISIANE. FRANK SMITH. CES LIEUX QUI SONT AUSSI DES FORCES !

Habitation Isle Jean Charles




















« Il faut s’exercer au lexique de l’écart, de l’éloignement, de la dispersion. Pointer du doigt les formes de l’effacement. L’abandon et l’abolition s’ajoutent à la liste. On lutte contre l’anéantissement, c’est toujours ce que l’on entend au sujet des Indiens. »

Je ne me lancerai pas ici dans une analyse du beau livre que Frank Smith  a consacré au sort de cette terre de Louisiane aujourd’hui noyée dans l’éparpillement, à laquelle, malgré ouragans et cyclones, malgré les féroces dégâts occasionnés par l’exploitation pétrolière, continuent de s’accrocher quelques descendants d’Indiens Biloxi-Chitazmacha-Choctaw qui semblent y avoir mené, dans le vieux temps, c’est-à-dire au moins jusqu’au milieu du siècle dernier, une vie relativement protégée. Je ne ferais assurément pas mieux que l’excellent compte-rendu de Jean-Philippe Cazier, intitulé Poétique de la circulation, qu’on pourra lire en accès libre sur MEDIAPART.

Je ne suis pas familier de l’œuvre de Frank Smith et suis même généralement sceptique sur l’intérêt, pour moi, des livres que défendent a priori quelques-uns de ces artistes intellectuels proclamés d’avant-garde qui semblent lui vouer une certaine admiration. L’agacement que provoquent chez moi la multiplication, dans la création contemporaine, des listes, son refus assez systématique de l’élaboration rythmique et syntaxique, la platitude assez générale de la langue et ses copiés-collés de la soi-disant réalité, aurait dû même me détourner de m’intéresser à un ouvrage où ces choses, à première vue, se découvrent.

Me retiennent pourtant et fortement dans ce livre, non seulement le tableau déprimant de notre monde de plus en plus abandonné aux puissances technologiques, matérielles et financières qui le défigurent et en réduisent toujours davantage la belle et giboyeuse diversité humaine et naturelle. Non seulement encore le dispositif ouvert choisi par Frank Smith pour rendre compte de son empathique relation avec la micro-nation indienne par laquelle il est parvenu à se faire accueillir. Me retient en premier lieu la disposition d’un authentique écrivain qui dans ce livre semble presque totalement renoncer à cette position d’autorité que lui confère en principe sa qualité d’auteur.

                                           Un délestage de soi-même


dimanche 17 janvier 2016

POÈMES POUR QUELQUES-UNS. CINÉ-PLAGE D’ETIENNE FAURE.

THESEE ET PROCUSTE
J’aime la poésie d’Etienne Faure. Comme j’aime la poésie de Jude Stefan dont je la sens, peut-être à tort, souvent très proche. Et cela me peine de savoir que ce type d’écriture sensible, intelligent, attentif et savant, tout habité de loin et de longtemps, n’est plus en mesure aujourd’hui de retenir qu’une maigre poignée de lecteurs, tant l’époque imbécile n’y entend plus qu’ « un cri de vieille poulie rouillée de bateau qui grince [...] envoyé par le fond ».

Ce n’est pas que la poésie d’Etienne Faure s’élève à d’inaccessibles hauteurs, qu’elle entretisse d’impénétrables spéculations qui ne pourraient qu’en écarter le vulgaire. Loin de là ! Cette poésie ne nous parle que de nous. De nos vies quotidiennes. Saisies à hauteur de notre regard d’homme. À travers les plus communs de nos affects : regrets, nostalgies, éblouissements, espérances... l’égarement surtout que nous ressentons d’être là face à la vie, les vies, puis la nôtre, qui passent.

mardi 12 janvier 2016

L’INDICIPLINE DE L’EAU. JACQUES DARRAS.



C’est avec le plus grand plaisir que nous saluons aujourd’hui la sortie dans la collection Poésie / Gallimard de l’anthologie personnelle de Jacques Darras, L’indiscipline de l’eau.

Ce volume dont nous avons rédigé la Préface, paraît à l’occasion du cinquantième anniversaire de cette prestigieuse collection qui avec ses plus de cinq cents titres publiés, pris à l’ensemble des littératures du monde, s’attache à mettre en résonance les poèmes d’aujourd’hui avec ceux de tous les siècles passés.

Nul doute que la poésie « illimitée » de Jacques Darras n’ait sa place au sein d’une telle entreprise.

Comme nous le rappelons dans notre préface, « le propre de la poésie pour Jacques Darras, n'est pas de définir les contours de Vérités arrêtées. Assénées. Le propre de la poésie pour lui est de lier. D'ouvrir. D'embrayer les organes moteurs du vers à la façon, pourquoi pas, des méta-mécaniques de Tinguely, pour nous mettre tout entier, corps et esprit, en mouvement. La poésie, comme il le dit dans sa Transfiguration d'Anvers , est par excellence l'art de la proximité et de l'inachèvement. Proximité avec la totalité toujours plus à explorer de l'Univers. Et du spectacle des bulles s'élevant à l'intérieur d'un verre de Champagne qui peut ramener aux profondeurs géologiques des temps où les plaines de la Marne, de l'Aube et bien sûr de la Vesle étaient encore recouvertes par la mer, jusqu'à celui des étoiles qui parlent de ces milliards et milliards de galaxies qui composent aujourd'hui notre ciel, certes, elles ne manquent pas les provocations qu'adresse la réalité, heureusement, à nos imaginaires. Car, nous le redit à chaque ligne toute l'œuvre de Jacques Darras, le caractère inachevé, dérisoire peut-être aussi, de notre propre construction humaine ne doit pas nous désespérer. Mais être considéré avant tout comme une chance. Puisque c'est de là que s'éprouve la vie. La possibilité pour elle de se nouer amoureusement, dynamiquement à l'autre. De relancer incessamment les images1. Par quoi "prennent forme les poèmes, les voyages, les projets proportionnés aux dimensions […] de l'univers".

Note : En cela Jacques Darras se montre d’ailleurs très proche de ce que nous avons évoqué dans l’un de nos tout derniers billets à propos du Noé  de Giono
Voir aussi notre document à télécharger


lundi 11 janvier 2016

DE L’AIR ! DE L’AIR ! DE L’AIR ! AVEC OUF DE LAURENCE VIELLE.

VALLOTTON
FELIX VALLOTTON LE BALLON 1899





Oui. Il y a quelque chose. Il y a vraiment quelque chose dans les poèmes et dans la façon surtout qu’elle a de les dire, de la comédienne et poète belge Laurence Vielle. Une dynamique de la parole accrochée à la vie ou de la vie accrochée à la parole y rejoint une part de notre laborieuse humanité en route sur la terre, s’émerveillant, dénonçant, s’essoufflant, repartant... pour emporter le lecteur/auditeur/spectateur loin loin loin, dans ce qu’il a pourtant de plus proche et le touche au plus profond.

Parente à certains égards de celle toujours renouvelée, libre et joueuse d’un Prévert, la poésie de Laurence Vielle n’a rien d’intellectuel. De philosophique. Encore moins d’hermétique. Si elle est travaillée, ce n’est pas dans le sens d’une complication métaphorique ou de la recherche d’une certaine originalité d’images ou de vocabulaire. D’un retardement voire d’une suspension de sens. Elle surgit au contraire, tout entière d’allant et d’évidence. Pour coller à la vie ordinaire dont elle mélange les histoires sans jamais les enfermer dans leurs pseudos vérités naturalistes.

samedi 2 janvier 2016

L’ÂME DU JARDIN PAR FLORA GUILLAIN, PAYSAGISTE.

Jardinier
Martyrologe de Wandalbert de Prüm, IXe siècle. Saint-Gall
Depuis longtemps nous apprécions les jardiniers. Les paysagistes. Ce début d’année nous paraît du coup propice à relancer le lien avec tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, contribuent à jardiner cette terre où nous savons aujourd’hui notre habitation, précaire. Du moins fragilisée. Le jardinier, s'il ne conçoit pas - comme on pouvait le faire à certaines époques de foi - son action à la manière d'un combat meurtrier entrepris contre le Mal ou les ténèbres, a beaucoup à nous apprendre. Pas seulement au plan pratique. Mais à des niveaux essentiels. Freud lui-même n’affirmait-il pas à la fin de sa vie qu’il lui semblait avoir perdu son temps et que la seule chose importante était le jardinage !
Nous ne rappellerons pas ici l’étymologie du mot homme qui accorde fondamentalement ce dernier à la terre. Le dossier que nous donnons à lire, que nous devons à une jeune paysagiste, y reviendra en détail et, outre de nombreux aperçus littéraires et philosophiques, donnera à tous ceux qui cherchent à refonder avec le monde des alliances à la fois durables et profondes, des pistes bien enrichissantes.

L’ÂME DU JARDIN :  un dossier illustré de plus de 40 pages établi par Flora Guillain